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De Bérenger à Subron, le silence de Ramgoolam

4 avril 2026

SI la démission du leader du MMM – qui siègera désormais comme backbencher indépendant aux côtés de Baboolall et de Joanna Bérenger – a provoqué des remous au sein de la famille mauve, elle aura au moins eu le mérite de réveiller les partenaires de l’Alliance du Changement.

Sans ce coup d’éclat de l’ancien Deputy Prime Minister, Rezistans ek Alternativ aurait-il réclamé, lors de sa rencontre avec le Premier ministre, une réorientation vers une politique plus sociale, écologique et solidaire ? Au fond, la prise de position de Subron ne vient-elle pas, d’une certaine manière, donner du crédit aux critiques de Bérenger lorsqu’il évoque la nécessité d’un recadrage du gouvernement ?

Quand le leader de Rezistans ek Alternativ dénonce la corruption de «bann profiter ki gravit tou letan otour leta», met en garde contre les trafics d’influence de certains lobbys ou appelle au respect de l’accord gouvernemental à travers des mesures qui tardent à se concrétiser, son message fait étrangement écho à celui d’un Bérenger démissionnaire, jetant l’éponge après 15 mois au pouvoir.

Ramgoolam, resté inflexible face aux demandes du leader du MMM, sera-t-il plus attentif aux arguments de Rezistans ek Alternativ qui tente de recentrer sa présence au gouvernement en respectant sa philosophie d’une politique de gauche avec des propositions susceptibles de séduire la classe ouvrière : semaine de 40 heures, projet de loi sur les pluies torrentielles pour éviter les inégalités entre travailleurs, refus des coupes budgétaires…

Au final, ces secousses politiques replacent le Premier ministre au centre de l’échiquier, chacun guettant des décisions majeures ou une prise de parole urgente de sa part ! Si un plan était attendu après le Conseil des ministres de ce vendredi pour faire face aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient, aucune mesure concrète n’a été annoncée dans l’attente d’un prochain comité de crise qui siègera sous la présidence du Premier ministre le 8 avril prochain.

Entre-temps, l’inquiétude grandit et les Mauriciens redoutent une série de hausses de prix, après celle du gaz ménager, sur fond de possibles augmentations du coût des carburants et de l’électricité. Et nos dirigeants, sans une feuille de route claire autour de la marche à suivre, renvoient l’image d’une équipe hésitante tandis que les propos du ministre Assirvaden, évoquant dans la presse une crise «comparable au Covid-19», non sans affirmer que «bien dir seki pe vini divan», ne font qu’accentuer la nervosité collective au lieu de rassurer la population.

Un autre partenaire du gouvernement, le député Lobine, leader des Nouveaux Démocrates, a également fait entendre sa voix en appelant à une réponse rapide et responsable face à la crise mondiale. Celui-ci propose notamment une réduction temporaire et ciblée des taxes sur l’essence et le diesel afin de protéger le pouvoir d’achat, tout en citant l’exemple de plusieurs pays ayant déjà eu recours à des mécanismes de plafonnement pour contenir les tensions inflationnistes. Est-ce que sa voix sera prise en compte ?

Alors que la situation de crise exige des sacrifices et une gestion rigoureuse, alors qu’un gouvernement élu à hauteur de 60-0 est au pouvoir pour mener une politique de rupture et de changement, on découvre progressivement que tout le système n’est qu’une continuité des pratiques du passé. Ainsi, apprend-on de l’Assemblée nationale, le Premier ministre s’est entouré d’une vingtaine de conseillers, dont trois rattachés au ministère des Finances.

Ramgoolam a-t-il réellement besoin d’un tel entourage financé par les fonds publics ? Et surtout, quels conseils en tire-t-il, quand certaines nominations s’apparentent davantage à des récompenses politiques qu’à des choix stratégiques ?

Doucement, mais sûrement, l’Alliance du Changement semble marcher dans les pas de ses prédécesseurs...

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