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En attendant l’élaboration d’une politique nationale sur la réhabilitation et la réinsertion des toxicomanes

De l’ombre à la lumière, les parcours bouleversants de Jessca et Kunal

3 avril 2026

Le Dr Nitish Sunt, coordinateur au Treatment and Rehabilitation Division de la NADC, lors du workshop avec les ONG engagées dans la réhabilitation et la réinsertion des toxicomanes.

La National Agency for Drug Control (NADC) a organisé un workshop sur le «National Program on Rehabilitation and Reintegration of persons who use drugs» à son siège, à Ébène, le 2 avril. Animé par le Dr Nitish Sunt, coordinateur au Treatment and Rehabilitation Division, il réunissait les ONG engagées dans la réhabilitation et la réinsertion. En attendant l’élaboration d’une politique nationale, deux toxicomanes en cours de traitement partagent un récit bouleversant.

Jessca, 48 ans : «Ladrog zis enn move souvenir pou mwa zordi»

Elle incarne l’image d’une battante ; une vraie guerrière qui n’abandonne pas. Son récit mérite d’être entendu, non pour attirer l’attention, mais pour éveiller les consciences. Jessca, 48 ans, est en réhabilitation au Centre Chrysalide depuis cinq mois. Elle raconte avoir sombré dans l’enfer de la toxicomanie pendant 22 ans. Un chemin obscur qui a commencé avec sa première cigarette à l’âge de 11 ans. C’est lorsqu’elle est allée vivre en Italie – où elle est restée sept ans – qu’elle a commencé à consommer de la drogue, de la cocaïne précisément. «Je n’ai jamais aimé le gandia. Je prenais de la cocaïne on and off, juste pour le fun», confie-t-elle. À cette époque, son mari et elle menaient une vie paisible et joyeuse avec leurs trois enfants.

À leur retour à Maurice, Jessca dirige un magasin et une boîte de nuit. Mais le divorce survient rapidement. «Mes enfants étaient avec moi, mais j’ai donné leur garde à mon ex-mari, qui est aujourd’hui décédé. Ma vie a basculé lorsque j’avais une discothèque. Certains clients fréquentaient des réseaux de drogue. Souvent, mes amis fumaient un peu de gandia. Je n’aimais pas l’odeur. J’ai commencé à fumer du brown en pensant que c’était comme la cocaïne, sans en comprendre les dangers. Je ne me contentais pas de consommer : je vendais aussi. Parfois, je fumais jusqu’à Rs 5 000 par jour, et même davantage, car je prenais jusqu’à deux grammes», dit-elle. Pendant ces années, Jessca fait plusieurs overdoses et tente de se suicider à trois reprises. Son premier passage au Centre Chrysalide date de 2008.

Aujourd’hui, elle en est à son cinquième séjour, et elle est déterminée : «Cette fois, c’est la bonne. La thérapie est essentielle, tout comme la réhabilitation et la réinsertion. Il ne faut pas laisser notre conscience mourir, même si la rechute fait partie de la vie quand on est dans la drogue. Ladrog li zis enn move souvenir pou mwa zordi.»

Entre-temps, Jessca s’est remariée et a tenté de reconstruire sa vie : «J’avais une belle maison, mais j’ai tout perdu en un jour. Il faut une grande force mentale pour sortir de l’enfer de la drogue. J’ai même été en prison pour vol. J’ai passé quatre mois en détention, puis 58 jours de condamnation. La prison m’a rendue plus vulnérable : c’est plus facile de trouver de la drogue là-bas. La réhabilitation et la réinsertion sont cruciales, ainsi que le suivi psychosocial.»

Ses enfants, aujourd’hui âgés de 28, 26 et 24 ans, restent proches d’elle. «Je suis toujours en bons termes avec eux. Je n’ai pas eu d’enfant de mon second mariage», confie la quadragénaire. Jessca souligne le rôle vital du Centre Chrysalide, qui lui offre «enn bon ankadreman». Elle figure également parmi les bénéficiaires du Half Way Home Project, une passerelle vers la réinsertion pour les femmes en reconstruction «ziska mo gagn enn ti kwin pou mwa».

Kunal, 31 ans : «Mo ti pe viv dan sime lamor»

Il fait partie de ceux qui ont eu le courage de dire stop après une prise de conscience profonde sur sa vie. Kunal, 31 ans, originaire d’un faubourg de Port-Louis, est aujourd’hui en cure au Addiction Centre de la Hindu House. Et il est fier de dire qu’il est sobre depuis un an. Son parcours dans l’enfer de la drogue a commencé tôt. Fumeur de cigarette depuis l’âge de 14 ans, il prend son premier joint à 20 ans, influencé par des amis. Il tient toutefois à préciser : «Bann-la pa ti met dan mo labous.» Sa vie bascule véritablement lorsqu’il commence à «fim brown» ; ce qu’il fera pendant six ans. «Mo ti pe depans anviron Rs 3 000 a Rs 4 000 par zour dan brown», raconte-t-il. Les années suivantes sont encore plus sombres.

Kunal poursuit son douloureux récit : «Monn koumans pike ek monn fer sa pandan 4 an.» Une période qu’il décrit aujourd’hui comme un véritable «sime lamor». «Mo ti pe viv dan sime lamor. Mo fime ek pike tan ki ena kas dan pos, mo res aste mem. Monn vann tou seki mo ti gagne dan lakaz. Monn kokin bann bizou mo mama ek lezot zafer ziska perdi plas travay ek gagn case lapolis pou vol ek ladrog ousi. Monn retrouv mwa travay dan enn car wash. Pa bizin sertifika moralite pou travay laba. Ena zour mo ti pe res andeor lakaz kot trasman bate. Se zis gagn kas pou kas yen ki ti pli inportan sa lepok-la. Kan ou dan lanfer ladrog ou perdi kamarad ek 35 kan ou pena kas.»

En tentant de fuir cet enfer, Kunal s’enfonce encore plus et commence à «fim simik», car «li ti pli bomarse». Il explique que le prix des drogues synthétiques est bien plus abordable : *«La dose se vend à Rs 100. Celle du brown se vend, elle, à Rs 400 alors celle de l’héroïne est disponible à Rs 200.» *

Le véritable déclic survient lorsque son frère part pour l’Australie. C’est là qu’il se rend compte à quel point il fait souffrir ses parents. «Samem kinn fer mwa desid pou sanz mo lavi. Mo ti nepli kapav trouv mo mama ek mo papa soufer. Zordi gras a zot soutien monn resi sorti. Monn pas par Hindu House. Zordi mo travay pou zot mem», souligne Kunal. Sa mère Mala, toujours présente à ses côtés témoigne avec émotion : «Toulezour mo ti pe plore. Mo ti pe res koz ek li, me zame mo pann rezet li mem si li ti e kokin dan lakaz. Zordi mo fier mo garson inn bien sanze. Linn resi aste enn motosiklet pou li al travay. Linn resi repran so lavi dan so lame.»

Aujourd’hui, Kunal suit un traitement à base de Méthadone et se reconstruit progressivement. «Avan mo pa ti pe trouv lot sime pou mo soulaz mwa», dit-il. Mais la détermination, le soutien de sa famille et un bon encadrement au niveau de la Hindu House lui ont permis de sortir de l’enfer de la drogue.

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