Joe Lesjongard,leader de l’opposition : «Complètement déconnecté…»
«C’est un Budget complètement déconnecté de la souffrance de tous les jours de la population de ce pays, mais aussi des petites et moyennes entreprises. Il y a des mesures qui figuraient déjà dans le Budget de l’année dernière, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle, mais 90% de ce qui avait été annoncé n’a jamais été mis en pratique. Les grands pays disent aujourd’hui qu’il faut un cadre légale avant de se lancer dans l’IA, mais nous n’allons pas dans cette direction. Il dit que c’est un Budget pour la relance, mais on demande encore une fois à la population de se serrer la ceinture.»
Joanna Bérenger, députée : «Un Budget bat-bate»
«C’est un Budget bat-bate. Il y a beaucoup de déception, beaucoup de réchauffé. Le congé parentalité a disparu. Il y a un an de congé de maternité et six semaines de congé paternité. J’ai toujours milité pour un congé de parentalité parce que ce sera un game changer dans l’accessibilité à l’emploi pour les femmes. J’avais demandé une solidarité de la part des élus car l’exemplarité inspire la confiance et motive la population. On ne peut pas demander à la population de faire des sacrifices sans une solidarité des dirigeants. La seule chose qu’on a entendu cette fois, c’est qu’un parlementaire aura droit à une voiture duty-free chaque trois ans alors que c’est déjà le cas.»
Patrick Belcourt d’En Avant Moris : «Pas de passerelles»
«Ce Budget se contente de gérer le présent sans préparer l’avenir. Les technocrates ont oublié le concept de dette vertueuse : investir aujourd’hui dans des projets rentables à moyen et long termes pour transformer positivement la société mauricienne. Ce Budget ne crée pas de passerelles, il renforce les barrières. Sans investissements massifs dans l’humain et l’avenir, il ne fera que reproduire les mêmes mécanismes d’exclusion sociale.»
Ashvin Gudday, négociateur syndical de la General Workers Federation : «Le ciblage demeure une méthode discriminatoire»
«Les travailleurs sont restés sur leur faim. Aucune mesure phare n’a été annoncée pour soulager la cherté de la vie, surtout avec la suppression progressive des aides sociales. D’un autre côté, le nouveau mécanisme de pension fraîchement annoncé, à savoir la State Age Pension, sonne définitivement le glas de la pension universelle, car le ciblage demeure une méthode discriminatoire. Chaque citoyen contribue, du berceau à la tombe, aux caisses de l’État à travers la taxation, et pourtant, beaucoup ne bénéficieront pas pleinement d’une retraite paisible.»
Reeaz Chuttoo de la CTSP : «Sans surprise»
«C’est un Budget sans surprise. Le désengagement de l’État continue. C’est un discours retapé sur plusieurs points dont l’économie bleue et l’AI dont ils avaient déjà parlé l’année dernière. Par contre, il y a deux contradictions majeures dans ce Budget. D’abord, quand le Premier ministre parle d’une éducation de qualité alors qu’il y a à peine quelques jours le Cabinet ministériel a pris la décision de faire payer l’éducation pré-primaire. Que le Maternity Leave passe à 12 mois très bien, mais est-ce que ça veut dire que les Mauriciens feront plus d’enfants pour autant ? Aujourd’hui, il faut un minimum de Rs 10 000 par mois pour un enfant. Cela ne va pas répondre à notre problème démographique.»
Jayen Chellum de l’Association des consommateurs de l’île Maurice : «C’était attendu…»
«D’un point de vue du consommateur, il y a quelques baisses qui ont été annoncées. Le Price Stabilisation Fund de Rs 2 milliards était attendu puisque ç'avait déjà été annoncé. Ils remettent une taxe sur les produits sucrés alors qu’ils l’avaient fait l’année dernière. Quelle étude a démontré que toutes ces taxes ne servent pas à faire des campagnes pour réduire la consommation ?Cela fait des années que le ministère de la Santé a préparé le Front of Pack Labelling. Pourquoi est-ce qu’on ne l’utilise pas ?»
Prisheela Yusha Mottee de Raise Brave Girl : «Une étape importante vers une plus grande égalité entre les sexes»
«Donner un jour de congé menstruel par mois pour les femmes souffrant de fortes douleurs menstruelles est un moyen de reconnaître l’impact réel que les troubles liés à la santé menstruelle peuvent avoir sur le bien-être, la dignité et la productivité des femmes. Cette avancée historique est le fruit de 10 années de plaidoyer, de sensibilisation et de dialogue politique menés par Raise Brave Girls et ses soutiens. Il s’agit d’une étape importante vers une plus grande égalité entre les sexes, une meilleure inclusion sur le lieu de travail et une reconnaissance accrue des besoins des femmes en matière de santé à Maurice.»
Nando Bodha, leader de Rassemblement Mauricien : «Tout le monde est embrouillé»
«Les Mauriciens s’attendaient à un soulagement, un développement, un progrès, une relance économique. On sait tous que la population passe par des moments difficiles. Aujourd’hui, on se retrouve avec un Budget bien fade avec un beaucoup de confusion, surtout en ce qui concerne ce ciblage autour de la pension. Je pense qu’il faut venir expliquer clairement au Mauricien combien il va toucher comme pension. Pourquoi ne pas avoir mis en place ce comité avant de prendre cette décision ? Il essaie de venir corriger son erreur, en vain. Un an après le traumatisme de l’année dernière, tout le monde est embrouillé.»
Samuel Carriapen, travailleur social : «Une volonté de renforcer le système éducatif»
«Monad Charity accueille favorablement les mesures annoncées dans le Budget en faveur de l’éducation, de l’inclusion, de l’intervention précoce et du soutien aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage ou des besoins spécifiques. Ces annonces démontrent une volonté importante de renforcer le système éducatif mauricien, particulièrement pour les enfants qui, trop souvent, passent entre les mailles du filet parce que leurs difficultés ne sont pas identifiées assez tôt. Ces mesures reconnaissent officiellement que l’éducation ne peut plus être pensée uniquement en termes de programme scolaire général.»
Dhaneshwar Damry : «90 % de la population éligible à la pension touche moins de Rs 50 000»
Au lendemain du Budget 2026-2027, Dhaneshwar Damry, Junior Minister aux Finances, est venu apporter plus de précisions sur les mesures annoncées. C’était lors d’une émission spéciale, le Post-Budget Breakfast Show, organisé par Radio Plus à l’hôtel Labourdonnais ce samedi 20 juin. Un événement qui a réuni la presse, des cadres du secteur privé, du corps parapublic, des membres de la société civile, des syndicalistes et des représentants d'ONG.
Alors que la nouvelle réforme de la pension suscite de vives réactions depuis vendredi, Dhaneshwar Damry estime qu’il est important de «dépassionner» et «dépolitiser» le débat sur le sujet. «On a essayé de trouver un meilleur système et c’était la mission des deux comités que nous avons mis sur pied. Ce qui est le plus important pour la confiance dans une économie, dans les finances publiques, c’est la stabilité macroéconomique et pour y arriver, il n’y a pas de magie. Il faut avoir une dette soutenable, allouer des ressources aux besoins de développement et savoir balancer tout ça de manière durable.»
En ce qui concerne la confusion autour de la State Age Pension, qui sera gérée, dit-il, par la MRA, le Junior Minister a tenté d’apporter quelques précisions : «Si quelqu'un a un dépôt à la banque et perçoit des intérêts, cela n'entre pas dans le chargeable income. Il en est de même pour une pension contributive ou un fonds de pension privé : si vous retirez votre capital sous forme de lump sum, celui-ci n’est pas pris en compte. Les dividendes ne sont pas concernés non plus. En revanche, si vous avez un business, avez un salaire, percevez une rente ou si vous avez choisi de recevoir un versement mensuel plutôt qu’un lump sum, tous ces revenus sont considérés comme un income.»
S'appuyant sur des chiffres, il a expliqué qu’aujourd’hui 263 200 personnes sont éligibles à la pension. Parmi, 207 300 touchent moins que Rs 14 000 par mois. Entre Rs 14 000 et Rs 50 000, il y a 47 300 personnes et au dessus de Rs 50 000, 8 600 personnes sont concernées. «75% personnes des plus de 60 ans touchent à ce jour moins de Rs 14 000. 90 % de la population éligible à la pension touche moins de Rs 50 000 aujourd’hui. Vous savez combien de personnes âgées de moins de 60 ans touchent moins de Rs 25 000 par mois ? C’est là le véritable défi auquel nous devons nous attaquer.»
S’agissant de l’état de l’économie, Dhaneshwar Damry a soutenu que certains indicateurs témoignent d’une certaine amélioration de la situation. «Il faut regarder la dette publique, qui a baissé pour atteindre 87,8 %. Le déficit budgétaire est passé de 9,3 % à 6 %. Si nous avions bénéficié des revenus des Chagos, ce chiffre aurait été ramené à 4,9 %. Il faut se concentrer sur ces deux indicateurs. Après les mesures que nous avons prises l’année dernière, l’économie était sur la bonne voie. Mais il y a ensuite eu la guerre, et cela échappe à notre contrôle», a-t-il déclaré.