La question du cannabis à Maurice entre dans une nouvelle phase de réflexion. Toujours interdit en vertu du Dangerous Drugs Act, le gandia fait aujourd’hui l’objet de débats croissants autour de trois approches souvent confondues : la dépénalisation, la décriminalisation et la légalisation.
Intervenant lors d’une récente rencontre avec la presse, le Dr Fayzal Sulliman, CEO de la National Agency for Drug Control (NADC), a confirmé que des consultations publiques seront prochainement organisées afin de recueillir les avis des différentes parties prenantes avant toute décision sur une éventuelle réforme.
Dans cette optique, un Technical Working Group, mis sur pied dans le cadre de la Cannabis Reform Policy, a déjà tenu huit réunions pour examiner ces trois axes. Une démarche qui témoigne d’une volonté des autorités d’aborder ce dossier sensible avec prudence et méthode.
De son côté, Me Satyajit Boolell, ancien Directeur des poursuites publiques (DPP), rappelle que le cannabis demeure un sujet délicat à Maurice. Il plaide en faveur d’une approche pragmatique, notamment à travers la dépénalisation, qui consisterait à supprimer les peines d’emprisonnement pour possession de petites quantités destinées à un usage personnel au profit d’amendes ou de programmes de réhabilitation.
Selon lui, il est essentiel de privilégier des mesures alternatives à l’incarcération, telles que les programmes de traitement et de suivi, afin d’éviter d’aggraver la situation des consommateurs. Une position qui s’inscrit dans une vision plus axée sur la santé publique.
La décriminalisation, quant à elle, irait plus loin en retirant à l’usage du cannabis son caractère criminel, tout en maintenant son interdiction. Cette approche mettrait davantage l’accent sur la prise en charge sanitaire et la distinction claire entre consommateurs et trafiquants. Me Boolell insiste également sur la nécessité de renforcer les moyens des ONG et des services de prévention, tout en intensifiant la lutte contre le trafic, notamment aux frontières.
Enfin, la légalisation impliquerait un encadrement complet par l’État de la production, de la distribution et de la consommation. Un modèle qui existe déjà dans certains pays, notamment pour le cannabis à usage médical, mais qui nécessiterait, à Maurice, un cadre réglementaire strict et bien défini.
Depuis 2022, une réforme a déjà introduit une approche plus souple envers les consommateurs, ainsi qu’un cadre pour le cannabis médical, bien que son application reste encore limitée.
Alors que les travaux du comité d’experts se poursuivent, les autorités cherchent à concilier enjeux de santé publique, impératifs sécuritaires et réalités sociales. Si une évolution vers une politique moins répressive semble se dessiner, la ligne reste ferme face au trafic et à la distribution illégale.
En attendant d’éventuels changements législatifs, le cannabis demeure interdit à Maurice. Mais une chose est certaine : le débat, lui, est désormais pleinement lancé.