«Je suis vraiment découragée. Je ne sais plus quoi faire», confie Amiirah, la veuve d’Iqbal Toofanny, la voix cassée. Dix ans après le drame, la douleur reste vive pour cette habitante de Vacoas : «Mon époux était en bonne santé au moment de son arrestation.» Son mari, arrêté le 2 mars 2015 à La Balise Marina, à Rivière-Noire, lors d’un contrôle routier, est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital, victime d’un œdème pulmonaire aigu lié à de multiples blessures.
Trois policiers avaient été poursuivis pour torture entraînant la mort, mais la présidente de la Cour intermédiaire avait estimé que «les faits reprochés aux répondants ne pouvaient être établis hors de tout doute raisonnable». Le jugement notait que si «la corroboration n’est pas obligatoire, les circonstances auraient justifié des preuves supplémentaires», mais aucune preuve ne permettait de relier directement les prévenus aux violences subies par Iqbal Toofanny.
Le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Chief Police Medical Officer, avait confirmé que les ecchymoses étaient récentes, apparues dans les 24 à 48 heures précédant le décès, mais qu’il était impossible de déterminer l’heure exacte des coups. Selon la Cour intermédiaire, «aucune preuve indépendante ne venait corroborer la présomption avancée par le ministère public». Le DPP contestait ce jugement, arguant que les preuves circonstancielles et médicales suffisaient à établir la culpabilité.
La Cour suprême a cependant rejeté son appel le jeudi 2 octobre, confirmant l’acquittement des trois policiers : Vikash Persand, Jean François Numa et Joshan Raggoo. Les juges Ohsan-Bellepeau et Naidoo ont validé l’analyse de la Cour intermédiaire, estimant que le dossier reposait sur des incertitudes que l’accusation n’avait pas levées.
Les témoins avaient confirmé qu’Iqbal Toofanny semblait en bonne santé avant 5h30 et des incohérences dans les relevés médicaux avaient fragilisé la version de la poursuite, à l’époque. La présidente de la Cour intermédiaire avait rappelé que le doute bénéficiait aux policiers : leur silence et l’absence de preuves corroboratives ne suffisaient pas à établir leur culpabilité au-delà de tout doute raisonnable.
Pour la famille, cette décision est un nouveau coup dur. «Cette douleur ne s’effacera jamais», dit la veuve, entre larmes et résignation. «Ma dernière fille était encore bébé quand son père est mort. Aujourd’hui, elle prépare son School Certificate.» Dix ans après, Iqbal Toofanny reste dans les mémoires, symbole d’une injustice ressentie et d’une douleur intacte pour sa veuve et ses trois filles.