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Par Yvonne Stephen
5 mars 2026 11:02
Au creux de vous, la vie grandit. Au cœur de vous naissent la joie, l’attente, mais aussi les questionnements et l’angoisse. Des vagues d’émotions complexes, et pas toujours heureuses, qu’il n’est pas aisé d’accueillir avec sérénité. La psychologue Dr Anjum Heera Durgahee le rappelle : «La grossesse est souvent décrite comme l’une des périodes les plus heureuses de la vie d’une femme. Les images de mères rayonnantes, d’attente joyeuse et d’épanouissement émotionnel dominent le discours public. Cependant, ce qui est moins abordé – et pourtant tout aussi important –, c’est l’impact psychologique et émotionnel profond du premier trimestre de grossesse.» Surtout «pour les femmes souffrant d’hyperémèse gravidique, une forme sévère de nausées et de vomissements liés à la grossesse». Ces premiers trois mois, c’est le début du reste de votre vie. Vous le devinez, certainement. Pour mieux appréhender ce qui vous arrive, la psychologue estime qu’il faut parler «ouvertement de cette phase précoce de la grossesse» : «Non pas pour susciter la peur mais pour créer de la compréhension, de la compassion et du soutien.»
Grossesses planifiées et imprévues : des réactions émotionnelles diverses. «Certaines grossesses sont planifiées avec enthousiasme et préparation, tandis que d’autres surviennent par surprise. Ces deux expériences ont un impact émotionnel important. Même dans le cas d’une grossesse planifiée, les femmes peuvent se sentir dépassées lorsque la réalité s’impose : des questions sur leur préparation, leurs responsabilités et les changements de vie qui en découlent surgissent souvent. Dans le cas d’une grossesse imprévue, les émotions peuvent être mêlées, allant de la joie et de l’espoir à l’anxiété, la peur ou l’incertitude. Ces réactions émotionnelles sont normales et légitimes, pourtant de nombreuses femmes se sentent obligées de les réprimer en raison des attentes sociales selon lesquelles la grossesse ne devrait apporter que du bonheur. Un conflit émotionnel non reconnu en début de grossesse peut accroître la vulnérabilité au stress, à l’anxiété et aux troubles de l’humeur.»
Pourquoi le premier trimestre est particulièrement éprouvant. «Le premier trimestre est souvent la phase la plus exigeante physiquement de la grossesse. Les changements hormonaux rapides peuvent entraîner des nausées persistantes, des vomissements, de la fatigue, des aversions alimentaires, des troubles du sommeil et une hypersensibilité émotionnelle. Chez certaines femmes, ces symptômes sont extrêmes. L’hyperémèse gravidique va bien au-delà des nausées matinales typiques et peut inclure des vomissements continus, une déshydratation, une perte de poids importante et la nécessité d’une intervention médicale ou d’une hospitalisation. Cette affection peut laisser les femmes physiquement épuisées et émotionnellement démunies. Cette détresse physique affecte souvent le bien-être mental. De nombreuses femmes rapportent une baisse de l’estime de soi et de la confiance en elles, des difficultés à accepter les changements de leur image corporelle et une perte soudaine de contrôle sur leur fonctionnement quotidien. Des sentiments de culpabilité, de frustration, d’irritabilité, d’anxiété et de déprime sont fréquents, surtout lorsque les femmes se comparent à d’autres qui semblent mieux gérer la situation.»
Impact sur l’estime de soi, l’identité et la santé mentale. «Le premier trimestre peut profondément bouleverser le sentiment d’identité d’une femme. Une personne auparavant active et indépendante peut soudainement se retrouver dans l’incapacité de travailler, de socialiser ou de gérer les tâches quotidiennes les plus élémentaires. Ce bouleversement peut affecter l’estime de soi et entraîner un repli sur soi. Lorsque la détresse est ignorée ou minimisée par l’entourage, les femmes peuvent souffrir en silence. Sans un soutien émotionnel adéquat, le risque d’anxiété et de dépression prénatales augmente, affectant non seulement la mère, mais aussi le lien qui se tisse avec le bébé.»
L’importance d’un solide réseau de soutien. «Le soutien durant le premier trimestre est crucial. Partenaires, famille, amis et professionnels de santé jouent un rôle essentiel dans la préservation de la santé mentale maternelle. La validation émotionnelle – le simple fait de reconnaître que l’expérience est difficile – peut être profondément apaisante. Un soutien pratique, comme l’aide aux tâches quotidiennes, l’accompagnement aux rendez-vous médicaux et la patience face aux fluctuations émotionnelles, fait toute la différence. Les professionnels de santé doivent prendre au sérieux les symptômes physiques et psychologiques. Un dépistage précoce des troubles de santé mentale et une orientation rapide vers des professionnels de la santé mentale peuvent prévenir des difficultés émotionnelles à long terme.»
Que faire durant cette phase ? «Chaque grossesse est unique, mais certaines mesures peuvent atténuer le poids émotionnel du premier trimestre :
• S’accorder du repos sans culpabiliser ;
• Relativiser les attentes irréalistes et la pression que l’on se met ;
• Consulter un médecin rapidement en cas de nausées ou de vomissements importants ;
• Maintenir une bonne hydratation et une alimentation équilibrée, conformément aux recommandations des professionnels de santé ;
• Exprimer ses émotions ouvertement, par la parole ou en écrivant dans un journal ;
• Éviter de se comparer à d’autres grossesses ;
• Prendre soin de sa santé mentale.
Le premier trimestre est une période d’adaptation et de survie, pas une période de perfection.»
Point de vue et conseils d’une psychologue. «D’un point de vue psychologique, la santé mentale maternelle pendant la grossesse mérite la même attention que la santé physique. Il est important de rassurer les femmes : les difficultés ne sont pas un signe de faiblesse. Des affections telles que l’hyperémèse gravidique sont réelles, graves et méritent compassion et soins appropriés. Demander un soutien psychologique pendant la grossesse n’est pas un signe d’échec, mais un acte de bienveillance envers soi-même et de responsabilité. Les familles et les partenaires sont encouragés à écouter sans jugement. Les professionnels de santé sont invités à dépister précocement et à faire preuve d’empathie. En tant que société, nous devons cesser de "romantiser" la souffrance silencieuse et créer des espaces sécurisants pour des conversations franches sur la grossesse et la santé mentale. Le premier trimestre marque le début non seulement d’une grossesse, mais aussi d’une profonde transition psychologique. Lorsque les femmes sont soutenues émotionnellement, crues et prises en charge de manière holistique, la mère et l’enfant en bénéficient. Une grossesse saine ne se définit pas uniquement par son issue physique ; elle est aussi façonnée par la sécurité émotionnelle, la compréhension et le bien-être mental.»
Vous pouvez la contacter
Membre de l’Allied Health Professionals Council of Mauritius (AHPC), Anjum Heera Durgahee est psychologue clinicienne.
Elle offre des consultations privées à Curepipe. Vous pouvez la contacter au numéro suivant : 5794 1339.
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