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Centre des Dames Mourides : Le théâtre ou l’art de l’apprentissage

Les Contes de sagesse d’Afrique transposés en une pièce de théâtre par la Comédie mauricienne.

Le théâtre : pour apprendre aux enfants à s’exprimer, à avoir confiance en eux, à travailler ensemble et à respecter l’autre. C’était l’objectif du Centre des Dames Mourides qui a adapté le livre Contes de sagesse d’Afrique en une pièce.

L’art peut-il être vecteur de solidarité, d’amitié et d’apprentissage ? Le Centre des Dames Mourides (CDM), une association vieille de plus de 25 ans, en est convaincu. C’est pour cela qu’elle a récemment réunie sur scène des enfants issus de trois associations différentes pour se livrer à une performance théâtrale. Il s’agit d’une pièce inspirée du livre Contes de sagesse d’Afrique, un recueil de 13 contes racontés par le fondateur du CDM, Cheikh Abdoulaye Dieye, qui livre une morale derrière chaque histoire. Une vingtaine de bénéficiaires venant du Naw-n-Sha Social Service, du Groupement des travailleurs sociaux de Pointe-aux-Sables et de l’Association des Parents de Déficients Auditifs (APDA) ont été formés par Raj Gokool de l’école de théâtre  La Comédie mauricienne. Pendant deux semaines, ils ont vibré au rythme des répétitions, des costumes et des techniques vocales et physiques.

 

Cela fait quelques années, explique Allia Syed Hossen-Gooljar, directrice, que le CDM pense à adapter ce livre en pièce de théâtre. «Notre démarche était motivée à cause de l’érosion des valeurs que nous avions observée au sein de la société mauricienne. C’est primordial de former les jeunes d’aujourd’hui afin de les préparer à être des citoyens responsables et le théâtre peut aider à sensibiliser les enfants sur les valeurs universelles. À travers le théâtre, ils apprennent à vaincre leur timidité, à mieux s’exprimer et à développer la confiance en soi. Ils apprennent aussi la discipline, le respect de l’autre et le travail en équipe.» 

 

Les 11 participants de Naw-n-Sha Social Service, association créée en 1992 et qui a pour mission de combattre la drogue en éduquant les enfants, ont vécu une toute nouvelle expérience. Si les activités organisées par l’ONG sont majoritairement sportives, cette fois, ils ont pu découvrir le théâtre. Mettre de côté leur timidité, se lancer en terrain inconnu, s’ouvrir aux autres. Autant de choses, souligne Nizam Nasroullah, qui ont permis aux enfants de s’épanouir un peu plus. «Ils étaient heureux. Ils se sont rendu compte qu’ils pouvaient faire du théâtre et nous avons découvert qu’ils avaient des talents cachés. On était impressionnés de voir le résultat sur scène. Aujourd’hui, beaucoup veulent poursuivre dans cette voie.»

 

Les huit enfants du Groupement des travailleurs sociaux de Pointe-aux-Sables, qui apporte assistance aux familles démunies et aux enfants en difficulté, ont vécu une expérience qui les a profondément marqués, selon Linda Totah, la responsable. «Ils se sont préparés avec Raj Gokool et ils ont adoré ça. Après la pièce qui a été jouée devant un public, ils étaient souriants et extrêmement contents. Même ceux venus en spectateurs étaient ravis.»

 

Ce genre d’activité, poursuit-elle, est source d’apprentissage et d’épanouissement. «Ces enfants ont de la valeur et c’est important de les mettre dans la lumière. Avant la pièce de théâtre, nous avons adapté les Contes de sagesse d’Afrique en slam. Tout ça ramène les enfants à la lecture, aux mots qui, au final, définissent la pensée.» D’ailleurs, l’association prévoit bientôt la mise sur pied d’une école des arts où ces enfants pourront davantage explorer leur talent.

 

Du talent, les bénéficiaires de l’APDA en ont à revendre, lance Reshmee Coonjoobeeharry, Support Teacher. Le théâtre, il faut dire qu’ils connaissent un peu. «Ils ont l’habitude de prendre part à des comédies, des pièces de théâtre. Ils ont même été dans un court-métrage de la Mauritius Film Development Corporation. Alors quand nous avons été approchés par le CDM, nous avons dit oui immédiatement.» Les participants, six au total, ont travaillé dur afin de livrer une belle performance. Un dépassement de soi qui leur donne beaucoup plus en retour.

 

«Les sourds se referment souvent sur eux-mêmes mais l’art permet de dépasser tout ça, de franchir des barrières. Il y a eu un travail d’équipe extraordinaire entre les associations. Les enfants ont interagi, ce qui a permis à tout le monde de casser sa timidité et d’aller vers les autres.» Aujourd’hui, confie Reshmee Coonjoobeeharry, voir des enfants avec un handicap être capables de vivre de telles expériences est synonyme d’espoir. «Nous avons nos bénéficiaires qui travaillent chez KFC ou encore dans les hôtels mais pourquoi pas dans le domaine de l’art, de la comédie. Cette filière est peut-être une voie pour eux.» C’est une opportunité, dit-elle, qui n’est pas impossible.

 


 

Pour le bien-être des femmes et des enfants

 

Améliorer la condition sociale et le bien-être des femmes et des enfants afin qu’ils puissent contribuer au développement de la société. C’est la mission que le Centre des Dames Mourides, basée à Phoenix, s’est donnée. Cette association a été créée par Cheikh Abdoulaye Dieye, un Sénégalais de passage à Maurice au début des années 90. Allia Syed Hossen-Gooljar, directrice et membre fondateur du CDM, se souvient encore de la vision de celui qu’elle décrit comme un sage. «Il avait été impressionné de voir comment différentes communautés pouvaient vivre ensemble dans un aussi petit pays. Il a créé cette association pour les femmes et les enfants et aujourd’hui encore nous continuons à œuvrer au cœur de toutes les communautés.»

 

Le CDM enchaîne les activités. En 2007, il a lancé une campagne de sensibilisation sur le cancer du sein à Maurice et à Rodrigues, une activité qui se poursuit encore aujourd’hui et qui a, selon Allia Syed Hossen-Gooljar, toute son importance. Malheureusement, dit-elle, le cancer du sein est encore tabou principalement chez les femmes d’origine asiatique. «Elles ne regardent pas leur corps et donc ne voient pas les changements qui s’y opèrent. Nous faisons un screening. Nous allons aux quatre coins de l’île, dans les centres sociaux, les prisons, les écoles, les maisons de retraite. Nous travaillons avec trois docteurs. 1500 femmes ont bénéficié de ce dépistage. 38 ont appris qu’elles avaient une grosseur au sein et trois ont pu se faire opérer.»

 

Pour les enfants, le CDM a mis sur pied plusieurs projets. Deux livres de Cheikh Abdoulaye Dieye, Contes de sagesse d’Afrique et Les deux lézards, ont été traduits en kreol par Daniella Bastien et adaptés en dessin par Laval Ng. Lors d’un Reading Project, ces histoires ont été racontées par Jamel Colin, narrateur. 300 livres ont été distribués aux enfants de plusieurs ONG grâce à un financement de la NCSR Foundation et à leurs partenaires. Récemment, le CDM a ouvert une boutique solidaire où sa mission se poursuit.