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Par Yvonne Stephen
18 mars 2026 12:29
Des liens qui nourrissent. Et qui, parfois, peuvent aussi susciter des émotions difficiles. Dans les lignes qui suivent, la psychologue Dr Anjum Heera Durgahee invite à réfléchir à la manière dont certains principes profondément ancrés dans nos cultures et nos religions peuvent être interprétés. «Dans de nombreuses cultures et religions, on nous enseigne à honorer nos parents, à les respecter, à leur obéir, à les servir», explique-t-elle. Un enseignement généralement porteur de valeurs positives, mais qui peut parfois être assimilé sans nuance. Selon la spécialiste, le problème survient lorsque ce principe devient une injonction absolue. «Que se passe-t-il lorsque "honorer" se transforme en "endurer à tout prix"? Une lecture partielle des textes ou des traditions peut alors conduire à des situations de grande détresse. Une connaissance partielle, surtout une connaissance religieuse partielle, peut être dangereuse», souligne-t-elle. Dans sa pratique, la psychologue observe régulièrement les conséquences de ces interprétations rigides : «En tant que psychologue travaillant avec des adultes et des enfants, j’ai été témoin d’une douloureuse réalité : les parents sont souvent la principale source de traumatismes non résolus.»
Des blessures émotionnelles qui peuvent s’inscrire dans la durée : «Ces mêmes figures censées apporter sécurité, protection et amour inconditionnel deviennent parfois les artisans de blessures émotionnelles qui persistent pendant des décennies.» Pour autant, Dr Anjum Heera Durgahee insiste. Le but n’est pas d’accuser les parents, mais de prendre conscience d’une réalité souvent passée sous silence : «Il ne s’agit pas de blâmer les parents, mais d’affronter une vérité que nous préférons ignorer.» Faisons le point avec la professionnelle de santé mentale.
Le mythe de l’infaillibilité parentale.
«Nombreux sont ceux qui grandissent en croyant :
Les parents ont toujours raison.
On ne doit jamais remettre en question les parents.
L’obéissance est synonyme de rectitude.
Mais les parents sont des êtres humains. Et les êtres humains sont faillibles. Certains parents sont émotionnellement immatures. Certains sont blessés. Certains sont narcissiques. Certains projettent leurs traumatismes non résolus sur leurs enfants. Et certains – malheureusement – sont toxiques.»
Toxicité parentale. «La toxicité parentale ne se manifeste pas toujours par des violences physiques. Souvent, elle est subtile et banalisée.
On entend souvent : «Après tout ce que j’ai fait pour toi…», «Je t’ai donné la vie. Tu me dois quelque chose», «Tu dois obéir. Je suis ton parent», «Tu es ingrat».
On ressent : Un sentiment de culpabilité - Une pression financière déguisée en devoir - L’obligation de jouer le rôle de thérapeute auprès de son parent - La responsabilité du bonheur de son parent - L’impossibilité de s’opposer sans être humilié.
Les enfants élevés dans un tel environnement grandissent désorientés, tiraillés entre loyauté et instinct de survie.
Les parents peuvent être toxiques. Il est difficile de le dire. Mais ils peuvent l’être. Ils peuvent aussi être narcissiques, manipulateurs émotionnellement ou autoritaires. Ils peuvent être verbalement violents. Ils peuvent être négligents. Et parfois, ils croient sincèrement faire de leur mieux. Mais les intentions n’effacent pas les conséquences.
Nombre de mes clients adultes portent des blessures dues à :
Des critiques constantes
Une invalidation émotionnelle
Des comparaisons avec leurs frères et sœurs
Un amour conditionnel
Le fait d’être traités comme un «investissement» ou un «actif»
La pression de réaliser les rêves de leurs parents
Certains.es se sont entendus.es dire explicitement : «Tu es mon plan de retraite», «Tu dois réparer ce que je n’ai pas pu accomplir», «Tu nous appartiens».
Les enfants ne sont pas des actifs. Ce ne sont pas des polices d’assurance. Ce ne sont pas des soignants émotionnels. Ce sont des individus.»
Être clairvoyant.e. La religion peut être utilisée comme moyen de contrôle émotionnel. Pourtant, la foi enseigne le respect, la compassion et la responsabilité. Elle n’enseigne pas l’asservissement émotionnel.
Honorer ses parents ne signifie pas :
Accepter les abus.
Se taire.
Financer des dysfonctionnements familiaux.
Tolérer l’humiliation.
Sacrifier sa santé mentale.
Lorsque les enseignements religieux sont instrumentalisés pour étouffer la souffrance d’un enfant, il en résulte un conflit intérieur. L’enfant se sent coupable d’avoir mal. Il croit que poser des limites est un péché. Il confond endurance et vertu.
Cela crée des adultes qui souffrent de :
Culpabilité chronique
Anxiété
Faible estime de soi
Difficulté à poser des limites
Dépression
Besoin constant de plaire aux autres
Peur de l’autorité
Le traumatisme est souvent invisible, mais profondément enraciné.»
Aux enfants devenus adultes. «N’ignorez pas vos émotions, ne confondez pas la foi et la peur. Le respect et l’effacement de soi, le devoir et l’autodestruction. Vous pouvez honorer vos parents tout en : fixant des limites, protégeant votre santé mentale, refusant l’exploitation financière, disant non. Mais aussi en consultant un thérapeute et en rompant avec les schémas relationnels intergénérationnels. Reconnaître le mal n’est pas une trahison. C’est une guérison.»
Aux parents. «Être parent est puissant. Vos mots deviennent la voix intérieure de votre enfant. Vos réactions façonnent son système nerveux. Vos critiques alimentent ses doutes. Votre amour devient son socle. Si vous avez commis des erreurs, reconnaissez-les. Si vous avez été dur, présentez vos excuses. Si vous avez projeté vos peurs, prenez du recul. Si vous avez exigé la supériorité, redescendez de votre piédestal. L’autorité ne signifie pas la domination. Le respect ne s’impose pas, il se cultive. L’amour n’est pas le contrôle. Lorsque les parents s’excusent, ils ne perdent pas leur pouvoir. Ils renforcent la confiance.»
Briser le cycle. «Chaque génération a la possibilité de faire mieux. La guérison commence lorsque nous :
Remettons en question les normes néfastes.
Distinguons culture et emprise.
Distinguons foi et peur.
Reconnaissons la violence psychologique, même lorsqu’elle est normalisée.
Acceptons que «parent» ne rime pas automatiquement avec «sécurité».
Il faut du courage pour admettre que ceux qui nous ont élevés nous ont aussi fait du mal. Mais il en faut encore plus pour choisir de ne pas reproduire ces erreurs. Parler de parentalité toxique, ce n’est pas attaquer les parents. C’est une question de responsabilité, de prise de conscience. C’est une question d’élever des enfants émotionnellement stables. Car un enfant élevé dans la peur deviendra un adulte qui aura besoin d’une thérapie. Et nous devons mieux à la prochaine génération.»
**Vous pouvez la contacter **
Membre de l’Allied Health Professionals Council of Mauritius (AHPC), Anjum Heera Durgahee est psychologue clinicienne. Elle offre des consultations privées à Curepipe. Vous pouvez la contacter au numéro suivant : 5794 1339.
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