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Par Michaëlla Seblin
14 février 2026 18:34
C’est une rhétorique bien connue, répétée chaque année, quel que soit le Premier ministre en place, lors de la proclamation des lauréats. Tous en appellent au patriotisme, demandant aux jeunes de revenir servir le pays. «Souvan dan sertin sekter, nou pa gagn dimounn ki konpetan», lâche Ramgoolam, qui, après avoir félicité nos boursiers, les exhorte à retourner sur leur terre natale.
La suite, on le sait, est déjà écrit : la plupart des lauréats, une fois diplômés, s’établiront dans le pays qui les aura accueillis et rejoindront la diaspora, en observant Maurice à distance pour n’y revenir qu’épisodiquement.
Et pourtant, le chef du gouvernement n’a pas tout à fait tort lorsqu’il affirme : «Kan ou deor, ou touzour etranze…» Nombre de Mauriciens, installés ailleurs, attendent impatiemment ces moments de retrouvailles avec la patrie et reconnaissent ce doux sentiment d’être chez soi dès que l’avion se pose sur le tarmac de Plaisance. Sauf que ces mêmes compatriotes ne se voient plus vivre dans un pays qui n’a presque rien à leur proposer, encore moins à une jeunesse ouverte, exigeante et connectée au monde.
Que propose-t-on aujourd’hui à un jeune diplômé ? Quel salaire, quelles perspectives d’avenir, quelle évolution de carrière pour celui ou celle qui souhaite construire une maison, fonder une famille, vivre dignement, sans que l’achat d’une voiture ou l’emprunt d’un logement ne devienne un parcours du combattant ? Lorsque chaque passage au supermarché relève d’un numéro d’équilibriste – malgré les subsides et les baisses annoncées rarement ressenties –, lorsque l’avenir semble se dissoudre dans une prolifération de drogues infiltrant toutes les classes sociales, peut-on vraiment blâmer ceux qui choisissent l’exil ?
Et même si le Premier ministre a raison de réclamer le retour des fils et filles du sol, dont les études ont été sponsorisées par l’État mauricien, sans actions concrètes, ces cerveaux-là continueront à se mettre au service des multinationales ou des gouvernements étrangers. Parce que tant que les conditions réelles et mesurables ne seront pas réunies, tous les appels au patriotisme resteront lettre morte.
Et quid de la méritocratie, ce mot sorti du placard uniquement en période électorale ? D’un gouvernement à l’autre, qu’est-ce qui a réellement changé quand on voit que certaines nominations de l’Alliance du Changement reprennent les mêmes pratiques que l’ancien régime, avec des récompenses distribuées en signe de loyauté plutôt qu’en fonction des compétences ?
Alors qu’on s’attendait à un véritable renouveau, alors qu’un vent d’espoir soufflait après la victoire de l’Alliance du Changement, plus d’un an plus tard, la désillusion s’est installée. Pire : les Mauriciens ont dû faire face à un aveu déconcertant du Premier ministre affirmant récemment : «Parfwa mo dir mo madam, si mo ti kone koumsa, plito mo ti perdi eleksion.» Certes, on peut comprendre que la tâche est ardue, qu’une opération «met lord» prendra du temps et qu’il n’a «pas de bâton magique».
Sauf qu’un peuple qui a voté rageusement pour renverser Jugnauth et les siens – une équipe d’autocrates qui se croyaient propriétaires du pays – s’attend légitimement à des résultats de la part d’une alliance portée au pouvoir à coup de 60-0. Et quand c’est le chef lui-même qui, après une multitude de promesses, avoue qu’il aurait préféré perdre, comment demander aux citoyens de croire à des jours meilleurs ?
Pourtant, l’annonce de la retraite à 65 ans, la concrétisation du permis à points, la décision de passer par les voies légales pour saisir les véhicules dont les conducteurs sont sous l’effet de drogues ou d’alcool prouvent qu’un gouvernement peut agir – et c’est salutaire – quand il le veut.
Alors, si le Premier ministre souhaite voir les lauréats revenir mettre leurs compétences au service du pays, il lui revient d’abord de recréer l’espoir avec des mesures concrètes au lieu de nous servir une rhétorique connue, répétée chaque année, à l’heure de la proclamation des lauréats !
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