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Vandinee, la fille de Rajesh Ramlogun, sort du silence

«La mort d’Avinash Ramgotee ravive une blessure vieille de 20 ans»

22 août 2026

Vingt ans après la mort de son père en détention, Vandinee Ramlogun transforme une douleur jamais oubliée en combat pour le droit et la justice.

À 25 ans, elle porte encore en elle le traumatisme d’un drame vécu alors qu’elle n’avait que 5 ans, quand son père est mort en détention après son arrestation suivant les fausses accusations d’Avinash Ramgootee dans l’affaire du meurtre des belles-soeurs Jhurry. Vingt ans plus tard, le jeune homme, condamné pour ces mêmes atrocités, est mort par suicide présumé en prison, ravivant des souvenirs douloureux chez Vandinee Ramlogun. Mais celle qui est aujourd’hui étudiante en droit refuse de laisser la colère guider ses pas. Dans sa quête de justice, elle veut comprendre et, surtout, aider d’autres familles à connaître leurs droits. C'est la première fois qu'elle évoque tout cela publiquement.

Il y a des blessures que le temps ne parvient jamais à effacer. Pour Vandinee Ramlogun, tout a commencé un jour de janvier 2006. Elle n’avait alors que 5 ans. Son père venait d’être emmené par des policiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT). Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Dans son esprit d’enfant, une seule question revenait : pourquoi papa ne rentre-t-il pas ? Il n’est finalement pas rentré… Du moins, pas en vie. «J’ai perdu mon père à l’âge de 5 ans. Cela a fait 20 ans en janvier. Depuis, je me pose beaucoup de questions. Quand j’étais petite, je me posais déjà ces mêmes questions. Je cherchais à comprendre. Je demandais à ma mère pourquoi papa n’était pas rentré», confie la jeune femme avec émotion.

Elle était la dernière personne de la famille à avoir passé un moment avec lui. «Je venais tout juste de rentrer de la maternelle. Nous étions en train de manger lorsque la MCIT est venue le chercher», se souvient Vandinee. Elle le reverra, hélas, dans des circonstances qui allaient bouleverser sa vie à jamais. Un souvenir toujours douloureux deux décennies plus tard. *«Lorsque je l’ai revu, le jour de sa mort, l’impact a été terrible. Je me souviens encore de tout jusqu’à aujourd’hui. Physiquement, il n’était plus le même que lorsque je l’avais vu partir. Son visage était enflé.» *

Son père avait été emmené le 12 janvier 2006, vers 15h30. La police le considérait comme un suspect dans l’affaire du meurtre des belles-soeurs Asha et Indra Jhurry à Lallmatie le 5 janvier. C’est Avinash Ramgotee – finalement condamné à 37 ans de prison pour ce double meurtre – qui avait orienté les soupçons vers lui en déclarant aux enquêteurs l’avoir surpris chez les Jhurry juste après le crime. Des accusations qui se sont avérées fausses. Lorsque Rajesh Ramlogun est parti avec les enquêteurs de l’équipe de l’inspecteur Raddhoa, sa famille croyait qu’il serait rapidement de retour. Mais le lendemain, elle n’avait toujours aucune nouvelle de lui. «On avait dit à ma mère qu’on allait l’emmener pour un petit moment et qu’il reviendrait rapidement», se souvient Vandinee. La famille a cherché à savoir où il se trouvait, sans obtenir de réponse immédiate. Ce n’est que plus tard qu’elle a appris son admission à l’hôpital. Il était déjà inconscient. Puis, il est décédé. «Si lopital pa ti telefonn mo mama pou fer nou kone ki mo papa ti admet ek apre kan li’nn desede, nou pa ti pou konn ditou», s’insurge la jeune femme.

Une enquête policière avait été instituée suivant des forts soupçons de brutalités policières ayant causé mort d’homme. Des policiers avaient été arrêtés et poursuivis avant d’être acquittés. Cette absence de réponses sur les circonstances entourant le décès tragique de son père a marqué son enfance, puis son adolescence. Et finalement, elle a contribué à déterminer son avenir. La mort de son père et sa quête de justice qui demeure intacte l’ont poussée vers des études de droit. Après le secondaire au SSS de Bon Accueil et au Modern College de Flacq, elle a poursuivi ses études à la Middlesex University, où elle a obtenu un LLB en droit. Elle poursuit actuellement un LLM à l’University of East London après avoir obtenu une bourse et souhaite rejoindre le barreau après ses études. Elle a également effectué son pupillage dans plusieurs cabinets pendant environ un an et demi. Pour elle, ce choix professionnel n’est pas le fruit du hasard. «La mort de mon père m’a amenée à faire des études de droit», dit-elle. Aujourd’hui, elle veut utiliser son expérience pour aider ceux qui se retrouvent confrontés à des situations similaires.

«Soulagés»

«Derrière chaque affaire, il y a des familles qui souffrent et qui peuvent en être affectées toute leur vie. Si mon expérience peut aider des familles à connaître leurs droits, à poser les bonnes questions et à rechercher la justice à travers les démarches appropriées, alors je serai là pour les aider», confie Vandinee. Elle envisage même de créer une ONG dans ce sens et espère pouvoir compter sur le soutien de professionnels du droit. Son objectif : sensibiliser davantage la population à ses droits, mais également au principe de la présomption d’innocence. «Une personne n’est pas coupable tant qu’un tribunal ne l’a pas condamnée», martèle la jeune femme.

C’est d’ailleurs avec la philosophie de «je ne suis pas là pour condamner» qu’elle aborde aujourd’hui la mort par suicide présumé d’Avinash Ramgotee, qui est son cousin. «Mon père et son père sont deux frères, mais ils ne portent pas le même nom de famille», précise Vandinee. Les relations entre leurs deux familles sont rompues depuis toute cette affaire de 2006. La jeune femme ne cache pas les sentiments qui existent aujourd’hui au sein de sa famille après la mort d’Avinash Ramgotee. «Honnêtement, nous ne nous attendions pas à ce que cela arrive. Tous ceux qui le connaissent savent comment il est. Du coup, nous sommes soulagés.»

Elle explique pourquoi : «Il avait déjà menacé notre famille dans le passé. Il disait que lorsqu’il sortirait, il nous ferait du mal. Aujourd’hui, nous n’éprouvons aucune sympathie pour lui. Il mérite ce qui lui est arrivé». Des paroles dures, mais qu’elle veut replacer dans le contexte d’une histoire familiale marquée par deux décennies de tensions. Pour autant, elle refuse de laisser la colère prendre le dessus. *«Cette mort ravive certes une blessure vieille de 20 ans, mais je ne veux pas aborder cette situation avec colère ou sous le coup de l’émotion. Je préfère l’aborder avec maturité, notamment parce que j’évolue dans le domaine juridique.» *

La jeune femme estime que certaines épreuves ne doivent pas uniquement rester des souvenirs douloureux. «En revanche, elles peuvent servir à nous faire réfléchir et à apporter des changements», confie-t-elle. Son histoire personnelle lui a appris une chose : derrière chaque dossier judiciaire, il y a des familles qui attendent. Des enfants qui grandissent avec des questions. Des proches qui cherchent à comprendre. Des difficultés diverses et variées. Elle se souvient des difficultés financières rencontrées par sa famille après la mort de son père. *«À l’époque, ma famille n’avait pas les moyens. Si nous n’avions pas bénéficié d’une aide juridique, nous ne serions probablement pas là où nous sommes aujourd’hui.» *

Elle affirme considérer son père comme une victime d’une grande injustice et évoque des allégations d’arrestation arbitraire et de brutalités policières. Mais au-delà de sa propre quête de justice, aujourd’hui, elle veut que son expérience serve à quelque chose, aux autres. «Je ne suis pas là pour réécrire le passé ni pour changer ce qui s’est déjà passé. Je suis là pour en tirer des leçons, poser les questions qui doivent être posées et apporter ma contribution afin de construire un avenir meilleur, notamment en apportant mon soutien aux autres familles.»

Vingt ans après avoir perdu son père, Vandanee porte toujours en elle cette petite fille qui demandait à sa mère pourquoi son papa n’était pas rentré. Mais aujourd’hui, elle n’est plus une enfant, elle est une jeune femme qui connaît le droit, qui connaît la douleur et qui veut désormais mettre tout cela au service de l’autre. Son combat ne consiste plus seulement à chercher des réponses pour son père. Il consiste aussi à faire en sorte que d’autres familles puissent, un jour, obtenir les leurs.

Le suicide présumé d’Avinash Ramgotee soulève des interrogations

Avinash Ramgotee, condamné à 37 ans de prison pour le double meurtre des belles-sœurs Jhurry en 2006, a été retrouvé mort le 15 août 2026 dans sa cellule à la prison de Melrose. Les premiers éléments évoquent un suicide présumé par pendaison. Sa famille affirme toutefois qu’il détenait des informations concernant un trafic de drogue en prison et qu’il aurait exprimé son intention de le dénoncer. Une association de défense des détenus réclame une enquête approfondie et indépendante sur les circonstances de son décès. Ces allégations n’ont pas encore été établies. L’enquête policière devra déterminer les circonstances exactes de cette mort.

Un décès en détention qui continue de soulever des questions

L’affaire Rajesh Ramlogun demeure l’un des cas les plus marquants de décès en détention policière à Maurice. Arrêté le 12 janvier 2006 dans le cadre de l’enquête sur le double meurtre des belles-sœurs Jhurry à Lallmatie, il avait été interrogé par des policiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) avant d’être placé en cellule. Deux jours plus tard, il avait été retrouvé inconscient, le visage enflé et incapable de marcher. Il avait été transporté à l’hôpital où il est décédé peu après. L’autopsie avait révélé une hémorragie intracrânienne traumatique, attribuée à un violent coup à la tête.

Des allégations de violences policières avaient également été formulées. Quatre policiers ont été poursuivis pour des faits liés au traitement infligé au détenu, mais ont été acquittés en 2009. En 2016, la Cour suprême a confirmé leur acquittement, estimant que les preuves ne permettaient pas d’établir leur responsabilité pénale, tout en relevant des éléments de mauvais traitements. Deux décennies plus tard, la mort de Rajesh Ramlogun continue d’être évoquée dans les débats sur les droits des personnes détenues et la prévention des mauvais traitements en garde à vue.

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