Rose-Belle, dans le sud de l’île, où une légère fraîcheur contraste avec un soleil qui tente timidement de percer. Un endroit que nous connaissons déjà un peu. En 2022, nous y avions posé notre caméra et notre stylo à l’occasion de l’ouverture du campus de Polytechnics Mauritius, premier établissement tertiaire installé dans la région sud, découvrant au passage l’effervescence du centre du village. Mais cette fois, c’est loin du poumon de Rose-Belle que nous nous attardons. Direction l’hôpital Jawaharlal Nehru, où une nouvelle page médicale s’écrit depuis le 10 avril 2026 avec l’inauguration de la Renal Transplant Unit. Derrière les portes vitrées de cette nouvelle unité, inaugurée avec l’appui du gouvernement indien, il y a surtout un espoir : celui d’avoir accès à des soins spécialisés plus proches de chez soi. Une avancée importante pour les habitants du Sud, mais aussi pour de nombreux Mauriciens. Et déjà, le 14 mai dernier, l’unité a franchi une étape symbolique avec la réussite de sa première transplantation rénale réalisée localement par des spécialistes étrangers en collaboration avec les équipes mauriciennes. Autour de cet hôpital qui évolue, Rose-Belle continue de vivre à son rythme. Entre bazar populaire, petits snacks, foires animées et habitants qui observent peu à peu leur région changer de visage. À vos pas, prêts… immersion.



C’est à l’entrée de la Renal Transplant Unit que nous croisons François Auguste, pressé entre plusieurs obligations. «Monn amenn mo kamarad fer so test. La mo bizin kit li Chemin-Grenier apre al travay.» Cet habitant du Morne, connu pour son engagement social et ancien président du District Council de Rivière-Noire, accompagne ce matin un ami de 51 ans venu passer une endoscopie. Depuis 8 heures, les deux hommes sont sur place, mais peu après 10 heures, tout est déjà terminé. Une efficacité qui le surprend agréablement. «Avan, mo ti pe amenn li dan ansien batiman kot bann seki fer dializ. C’était plus petit et souvent bondé.» Selon lui, pour voir un spécialiste, ça prenait parfois du temps. C’est donc avec soulagement qu’il découvre cette nouvelle unité. «Tout est bien indiqué, propre et sécurisé.» Son ami redoutait surtout l’intervention. «Li ti per sa prosedir-la…» Mais très vite, la présence des médecins spécialisés l'ont apaisé. «Li bon ki ena bon dokter, an plas !» Pour François Auguste, cette évolution est importante. «C’est impressionnant de voir une petite île proposer une médecine aussi moderne. Quand les patients se sentent rassurés et bien entourés, cela aide aussi à la guérison.»

Plus loin, c’est jour de foire à la Dr James Burty David Market Fair. Impossible de passer à Rose-Belle sans s’y arrêter. Dès l’entrée, le ton est donné : parking rempli, allées bondées, marchands qui crient les prix, odeurs de briani, puri chaud et chana puri qui se mélangent dans un brouhaha bien vivant. Ici, ça vit dans tous les sens. Entre les paniers débordant de légumes, les jus de tamarin, vêtements, accessoires et fruits frais, chaque recoin attire l’œil. Au milieu de cette agitation, Keshan Sham, 29 ans, aide son père Vinod sur leur stand connu dans le bazar. «Isi tou dimounn apel nou marsan salad !» lance-t-il avec le sourire. Depuis 12 ans, la famille prépare confits et salades à base de fruits locaux et de saison. «Dan dimans, ena telman dimounn ki pa kapav marse.» Pour lui, le succès du bazar repose sur une chose simple : «Gagn kalite ek bon pri. Ou gagn de tou.» Et avec la nouvelle Renal Transplant Unit, il estime que Rose-Belle continue de grandir. «Avan dimounn ti krwar zis dan Grand-Baie ki ena tou. Aster ena Rose-Belle !» Puis, il éclate de rire avant d’ajouter : «Me bon… ankor mank de kitsoz : diskotek ek parking !»


À deux pas de l’hôpital Nehru, il y a cette petite gare devenue au fil du temps un véritable kwin manze. Sous les tôles, entre les odeurs de roti, gato delwil, minn frir et dipin kari, les 17 étals ne désemplissent pas. Parmi les figures connues du lieu : Farad Bahadoor, ancien président du village d'Union Park pendant 20 ans. Voilà plus de 22 ans qu’il tient son commerce Bye Farad Snack. Il se souvient encore de 1984, lorsque le président indien Shri Giani Zail Singh était venu poser la première pierre de l’hôpital, inauguré quelques années plus tard. À l’époque chauffeur chez Mauritours, Farad entend parler d’un projet d’étals lancé par le District Council et décide de tenter sa chance. Depuis, ses dipin kari sont devenus une adresse incontournable dans la région. Ce jour-là encore, un client s’arrête avant de lancer : «So dipin ena bon gou !» Farad sourit : «Mo ena set kalite kari. Même le staff de l’hôpital vient régulièrement déjeuner ici.» Pour lui, la nouvelle Renal Transplant Unit représente un vrai soulagement pour beaucoup de familles. «Lontan dimounn ti bizin al lopital SSR Pamplemousses. Aster dimounn gagn sa pli pre.» Il évoque aussi un proche obligé de venir de St-Pierre pour ses traitements, l’appareil de Candos étant actuellement en panne. «Sa proze-la, li enn vizion ki ansien minis de lasante Kailesh Jagutpal ti ena. Kan fer bon travay, bizin dir !» Mais tout n’est pas parfait pour autant. Il regrette le manque d’entretien autour de la gare : peu d’espaces pour s’asseoir, pas assez de parkings et une gestion des déchets compliquée malgré les demandes répétées des marchands.

Le retour des plantations

Un autre chantier avance loin des couloirs de l’hôpital : celui de la terre. Depuis juillet 2025, Vishal Dayal dirige le Rose Belle Sugar Estate Board avec une ambition claire : redonner vie à des centaines d’arpents laissés à l’abandon. «Quand je suis arrivé, une grande partie des quelque 5 000 arpents gérés par l’organisme n’était plus exploitée.» Depuis, la replantation de cannes a démarré avec un objectif de 600 arpents cette année, puis encore 600 l’an prochain. Mais la vision va plus loin. Un programme de culture de pommes de terre a également été lancé dans le cadre de la sécurité alimentaire. «Nous avons testé les terres pour vérifier qu’elles étaient viables et les résultats ont été concluants.» En parallèle, un projet d’énergie renouvelable avance à Le Val avec l’installation progressive de panneaux solaires pouvant atteindre jusqu’à 17 mégawatts. Il parle de la terre avec attachement. «J’ai grandi dedans, je suis enfant de planteur.» Pour lui, l’agriculture représente bien plus qu’un simple travail manuel. «Il y a beaucoup de métiers autour.»

