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«Ne condamnez pas deux fois» : Ponsamy Poongavanon et son cri pour la réinsertion des détenus

13 juillet 2026

L'ancien condamné à mort, libéré, devenu depuis coach de vie tout en poursuivant sa carrière d'écrivain, nous propose un ouvrage sur les pistes à étudier après la vie en prison.

Il est bien placé pour en parler fort de son parcours hors du commun. Ponsamy Poongavanon a été condamné à mort en 1987 pour meurtre. En 1992, sa peine a été commuée en 20 ans de réclusion suivant une grâce présidentielle. Il a finalement été libéré le 27 mars 2007. Depuis, il a fait bien du chemin. Il est devenu journaliste, rédacteur en chef du journal chrétien Liberté Plus, président de Youth for Christ Mauritius depuis 2024, coach de vie certifié, formateur, détenteur d’un doctorat en Divinité.

Et le tout en publiant plusieurs livres comme Renaître à l’amour et Vers et univers en 2025, sans oublier ses anciens ouvrages plus connus comme Condamné Amour en 2003 et Enfance brisée et autres nouvelles en 2005. Cette fois, il nous propose un livre consacré à la réinsertion des anciens détenus, qui est aussi un plaidoyer contre le Certificat de Caractère qui freine cette réinsertion et encourage la stigmatisation, tout en proposant une foule de solutions. Il nous en dit plus.

**Pourquoi écrire sur la réinsertion seulement maintenant ? **

Parce qu’une plaie ne parle bien que lorsqu’elle a cicatrisé. En 2007, je sortais avec des murs dans la tête : il fallait d’abord vivre, tomber, me relever. J’ai vu la double peine dévorer des frères devenus fantômes dehors. Écrire trop tôt, c’était crier. Écrire aujourd’hui, c’est bâtir. Ne condamnez pas deux fois, car la colère est devenue une boussole et le recul donne des mots justes. La société change, mais le regard reste en prison. J’écris maintenant parce que le silence, à force, devient complice.

**Les autorités concernées ont-elles réagi après la sortie du livre? **

Oui. Le livre est parti comme une bouteille à la mer, mais avec une adresse précise : Attorney General, Commission des droits de l’Homme. Je ne cherche pas de médailles, mais des oreilles. Qu’un décideur lise et ose dire : «Et si on essayait autrement ?» Une seule porte qui s’entrouvre vaut tous les communiqués. Donc, pour l’instant, le livre marche. Lentement. Mais il marche.

Vous parlez de la réinsertion des détenus dans d’autres pays, des solutions légales qu'on pourrait mettre en pratique ici, avec même des témoignages d’anciens détenus. Parlez-nous du travail de recherche autour de votre ouvrage…

J’ai creusé comme on creuse un tunnel : à la main, dans le noir. Nos lois d’abord : Certificate of Character, Reform Institutions Act (1988/1989), Commission du Pourvoi en Grâce. Puis ailleurs : Canada, France, Afrique du Sud, Norvège. J’ai croisé ces textes avec des témoignages : d'ex-détenus qui repeignent des écoles mais n’ont pas droit à un contrat, des employeurs freinés par l’assurance. Et des avocats comme Me Dev Ramano et Me Gilbert Lam Hing qui rappellent que la dignité est un droit, pas une faveur. Trois ans de notes, de cafés froids, de nuits blanches. La recherche, c’était transformer ma douleur en dossier. Pour que le cri ait des chiffres, et que les chiffres aient un visage. Merci aussi à Sedley Assonne qui a signé la préface.

Vu que le sujet est une grande source de débats, y aura-t-il des causeries autour du livre ?

Un livre sans débat, c’est une clé sans serrure. Oui, des rencontres arrivent : universités, ONG, jeunes à risque. L’idée : réunir ex-détenus, avocats, employeurs, familles de victimes. Non pour se juger, mais pour bâtir des ponts. Le Centre Nelson Mandela et des collectifs citoyens sont partants. Première causerie : Port Louis, en septembre. Le but : sortir le sujet des rapports poussiéreux et le mettre dans la bouche de ceux qui vivent la rue, l’embauche, le rejet. Le livre lance le pavé, les causeries dessinent la route.

**D’autres projets autour de ou après ce livre ? **

Un livre ouvre une porte, pas une parenthèse. Je prépare un guide pratique : Revivre après la peine – juridique, psychologique, emploi, famille. Du concret, pas de slogans. Et un projet qui me tient à coeur : une structure d’accompagnement. Toit, travail, suivi. Six mois pour remettre un homme debout. Parce que la réinsertion ne se décrète pas, elle se construit jour après jour. J’écris, je transmets, je bâtis. Tant qu’il y aura des murs invisibles, j’aurai des mots à poser contre.

Ne condamnez pas deux fois est disponible dans les librairies de l’île.

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