La nouvelle réforme des pensions, avec son lot de modifications, continue de susciter interrogations, inquiétudes et désarroi au sein de la population, qui peine toujours à comprendre les intentions du gouvernement. Après l’abandon du Means Test, la nouvelle formule, qui prévoit de remplacer progressivement la Contribution sociale généralisée (CSG) par le National Pension and Provident Fund (NPPF), est loin de convaincre les syndicats.
Face à la détermination du gouvernement à revoir le système de pensions, la Platform Komun Syndikal ne baisse pas les bras. Elle entend mobiliser largement la population lors de la manifestation prévue le samedi 11 juillet au Centre Social Marie-Reine-de-la-Paix à la Rue St Georges, à Port-Louis, afin de démontrer l’ampleur de la contestation et tenter de faire reculer les autorités.
Pour Jane Ragoo, les Mauriciens doivent se mobiliser pour réclamer et préserver leurs droits. «Enough is enough. *Nous ne pouvons plus nous taire et les laisser faire ce qu’ils veulent. Ils font ce que bon leur semble dans le Conseil des ministres et dans le Budget. Ils font la sourde oreille. Nous avons le droit d’être tracassés quand on voit la liste des experts et ce qu’ils touchent comme salaire alors qu’ils viennent vous dire qu’il n’y a pas d’argent pour payer nos aînés. Nous devons nous mobiliser pour dire stop et décider de la marche à suivre. Les Mauriciens ont beaucoup de propositions mais cela ne peut pas rester derrière un écran. Il faut descendre dans la rue et prendre une décision.» *
Aujourd’hui, explique la syndicaliste, le nouveau système proposé est loin d’être satisfaisant et juste, sans compter qu’il est loin des attentes de la population. «Si vous choisissez de prendre votre pension à 60 ans, vous toucherez la somme de Rs 11 589 tout au long de votre vie ou alors, vous pouvez décider d’attendre 70 ans pour avoir Rs 24 000. Mais soyons réalistes, combien de personnes peuvent travailler jusqu’à cet âge ? Surtout lorsqu’on sait que l’espérance de vie pour les hommes à Maurice est de 74 ans.»
Défendre un droit acquis
Une réforme d’une telle envergure, souligne notre interlocutrice, aurait nécessité un véritable processus de consultation et un minimum de dialogue social. Or, selon elle, le gouvernement a préféré imposer sa vision sans tenir compte des propositions des partenaires sociaux. *«C’est une vraie cacophonie et c’est comme ça que le gouvernement gère depuis 18 mois. Il vient vous dire qu’il est à l’écoute et dialogue, mais c’est faux. Il y a consultation et puis, ils ne reviennent jamais vers les syndicats pour trouver un consensus. D’ailleurs, la plateforme commune syndicale n’a jamais été conviée à la réunion organisée par le ministre Subron mercredi pour discuter de la pension.» *
Pour sa part, Haniff Peerun estime qu’il est crucial d’envoyer un signal fort au gouvernement afin qu’il cesse de «zoue ek santiman gran dimounn». Selon lui, en s’attaquant à la pension universelle, il porte atteinte à l’un des piliers du Welfare State, construit au fil des décennies grâce aux contributions des travailleurs. «La pension n’est pas un privilège, mais un droit acquis de nos aînés qui ont travaillé dur pour le développement de notre pays et qui aspirent à une vie meilleure dans leurs vieux jours.»
Il lance ainsi un vibrant appel aux Mauriciens : «*C’est quelque chose qui nous concerne tous et nous devons nous montrer solidaires en descendant massivement dans la rue samedi prochain. On ne peut pas les laisser prendre de telles décisions qui engagent l’avenir du pays et qui doivent être prises dans la transparence, le dialogue et le respect des engagements démocratiques.» *
Ashvin Gudday ne mâche pas non plus ses mots. Pour lui, le rendez-vous du 11 juillet est une occasion de remettre le gouvernement sur les rails. «Ce sera la manifestation du siècle pour contrer l’arnaque du siècle, enclenchée par un gouvernement mal conseillé par des experts grassement rémunérés. Le gouvernement n’a pas retenu la leçon de l’année dernière. Cette année, c’est pire encore. Le peuple est en colère et se sent trahi face à toute la confusion entourant la nouvelle formule. Il est impératif que la population se mobilise pour envoyer un signal fort au gouvernement et barrer la route au démantèlement de l’État-providence.»
Selon le syndicaliste, il est crucial que les Mauriciens se mettent debout pour défendre leurs droits. «Aujourd’hui, ils s’attaquent à la pension. Demain, qui nous dit que ce ne sera pas l’éducation, puis la santé ? Maurice est un pays unique, bâti sur une culture de solidarité renforcée par le Welfare State. La caisse n’est pas vide ; elle a été dépouillée par ceux qui servent des intérêts particuliers. La population doit s’unir pour préserver la justice sociale. Des solutions existent : taxer davantage les plus fortunés et éliminer les gaspillages qui se chiffrent en milliards. Les Mauriciens ont voté pour une rupture, pas pour qu’on leur demande de «ser sintir»». C’est pourquoi je lance un appel à tous : rendez-vous le samedi 11 juillet, à 13 heures, à Port-Louis.» Le silence, dit-il, n’est plus une option.
Meeting national : Roshi Bhadain appelle à la mobilisation générale
Le rendez-vous est fixé au dimanche 19 juillet à La Louise, Quatre-Bornes, où le Reform Party tiendra un grand meeting pour dénoncer la réforme des pensions. Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, Roshi Bhadain a lancé un appel à la mobilisation nationale, invitant les Mauriciens à se rendre en nombre à ce rassemblement afin d’unir leurs voix contre les changements apportés au système de la pension de retraite. Selon lui, cette manifestation se veut un moment de solidarité et de contestation face à une réforme qui, avance-t-il, pénalisera grandement les Mauriciens.
Le leader du Reform Party a expliqué avoir invité la plateforme syndicale et les députés de l’Assemblée nationale qui ne sont pas d’accord avec la décision de toucher à la pension des travailleurs de cette manière à se joindre à ce rassemblement.* «C’est extrêmement important. Il y a plusieurs choses que vous devez savoir sur cette affaire de pension qui va affecter votre argent, vos finances, vos poches.»* Il estime que les Mauriciens n’ont d’autre choix aujourd’hui que de se mobiliser afin de faire obstacle aux intentions du gouvernement concernant la pension. Cette réforme, dit-il, aura des conséquences directes sur les futurs bénéficiaires et il appelle ainsi la population à faire entendre sa voix lors de ce meeting.