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La sentinelle mauve du gouvernement

18 janvier 2026

Ce qui se joue aujourd’hui sur le plan politique n’est que la suite logique d’un scénario dont le premier épisode remonte à août 2025. Le leader du MMM convoquait alors la presse pour livrer un bilan personnel de ses huit mois au gouvernement en tant que vice-Premier ministre… sans «portfolio», expliquant sa «konsepsion de la demokrasi», qui, pour lui, équivaut aux échanges et à fournir «un maximum d’informations au public».

Loquace, Bérenger revenait sur la «quantité de travail» qu’il avait accomplie, alertait sur une possible crise de l'électricité et montrait sa compréhension devant l'impatience d'une population lassée par les promesses non tenues.

Un exercice inédit de la part d’un vice-Premier ministre, adoptant une liberté de ton allant jusqu’à critiquer son propre gouvernement – insatisfaction face à certaines nominations, position tranchée sur Air Mauritius… –, qui n’était qu’un prélude, une manière de faire mentir la célèbre formule : «Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne.»

Depuis cette première rencontre avec les médias, où Bérenger semblait savourer un retour à l’ambiance de ses conférences de presse d’antan, il a multiplié les échanges sur plusieurs sujets : réforme électorale, Prize Stabilisation Fund, affaire Ravatomanga – où il livrait à la fois ses informations et ses analyses.

C’est ainsi que, progressivement, le leader mauve a pris l’habitude d’exposer ses mécontentements sur la place publique, n’hésitant pas à réclamer certaines têtes (Beegoo, Sithanen), que Ramgoolam a fini par lui concéder. C’est dire que la nouvelle scène à laquelle nous assistons aujourd’hui doit être mise en perspective, car elle ne fait que traduire une méthode adoptée par le vice-Premier ministre qui aime livrer ses états d’âme sous les projecteurs, à l’exemple de sa conférence de presse du lundi 12 janvier.

Sur le fond, les points soulevés – police, prisons, drogue, corruption, Air Mauritius, ou encore la nécessité d’un full-fledged ministre des Finances – ne sont pas absurdes quand on assiste à la dégradation de notre tissu social sur le plan du Law and Order et quand on sait que 2026 a été proclamée l’année de l’économie par le Premier ministre lui-même !

C’est dans la forme que le chef du MMM laisse des plumes. En donnant l’impression de défier ouvertement le chef du gouvernement, en parlant de «gang» pour désigner certaines figures de l’entourage de Ramgoolam, ou encore en suggérant que ce dernier cède le portefeuille des Finances à un tiers – fut-il le mauve Uteem ou un travailliste –, Bérenger choisit une posture inhabituelle dans notre système politique locale où l’autorité d’un Premier ministre n’est jamais mise en cause par son adjoint.

À force de vouloir incarner une parole libre au sein de l’exécutif, le leader mauve impose un style singulier – dérangeant pour les uns, salutaire pour d’autres, incluant certains travaillistes qui voient en lui une efficace sentinelle – mais qui interroge sur les limites de la collégialité gouvernementale. Pour beaucoup, ce comportement ne peut mener qu’à deux issues : la démission ou la révocation.

Or, comme en novembre dernier, lorsque Bérenger laissait planer l’hypothèse d’un possible départ, la raison semble avoir repris le dessus après des séances de koz-koze avec son camarade Ramgoolam. Cette fois encore, après le mouvement d’humeur du leader mauve, les civilités ont repris avec l’aide de quelques intermédiaires se transformant en pompiers. Et le Premier ministre a fait quelques pas dans sa direction en lui donnant sa parole sur deux dossiers chers au MMM : une réforme électorale et le projet de loi sur la National Crimes Agency à l'agenda de la prochaine session parlementaire.

Depuis, l’atmosphère paraît s’apaiser. Bérenger a retrouvé le sourire au Conseil des ministres ce vendredi et l’éventuelle décision explosive du Comité central du MMM s’est transformée en un non-event. Du coup, c’est le gouvernement qui est attendu au tournant avec, désormais, des délais sur certains dossiers. Et tous les regards se tournent vers le Premier ministre et sa réaction à l’égard de son numéro deux. Mais fidèle à son habitude, Ramgoolam ne réagit pas publiquement, préfère regarder ailleurs… en direction des canards de Grand-Bassin dont le surréaliste déplacement provoque une inutile polémique comme seule notre pays sait le faire. De son côté, Bérenger calme, pour l’instant, le jeu qu’il a lui-même provoqué, brandissant la carte de la progression, de l'évolution positive et des engagements de Ramgoolam.

Jusqu’à quand ? Jusqu’au prochain épisode où il reprendra sa liberté de parole retrouvée depuis août 2025. Car ce qui se joue aujourd’hui n’est que la suite logique d’un scénario auquel on assiste ces derniers mois : celui d’un vice-Premier ministre qui n’est pas «au gouvernement juste pour être au gouvernement», qui s’est auto-attribué un rôle de garde-fou, ne s’embarassant pas de remettre son chapeau d’opposant à l’intérieur du pouvoir !

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