1. Bases légales de l’adoption
L’adoption est prévue par les articles 343 à 370 du Code civil mauricien, reprenant les grands principes napoléoniens tout en les adaptant au contexte local.
Elle peut être de deux types :
• Adoption simple, qui laisse subsister un lien avec la famille d’origine
• Adoption plénière, qui rompt totalement ce lien pour créer une nouvelle filiation
Cependant, à Maurice, l’adoption simple est la norme. L’adoption plénière est plus rare et encadrée de manière rigoureuse.
2. Qui peut adopter ?
Selon l’article 343 du Code civil, peuvent adopter :
• Toute personne majeure âgée de plus de 30 ans, célibataire ou mariée
• Les couples mariés, à condition d’avoir au moins 15 ans de plus que l’enfant à adopter ; exceptionnellement, la différence d’âge peut être réduite à 10 ans par décision de justice motivée
- L’adoption par des personnes en couple et de même sexe n’est actuellement pas reconnue légalement
3. Qui peut être adopté ?

Peut faire l’objet d’une adoption :
• Tout mineur de moins de 18 ans résidant habituellement à Maurice
• Un enfant abandonné, orphelin ou confié à un orphelinat agréé
• Un enfant dont les parents biologiques consentent à l’adoption de manière libre et éclairée
• Un enfant sous ordre de placement de la Child Development Unit (CDU)
4. La procédure d’adoption (Code civil & Child Protection Act)
L’adoption se fait devant la Cour suprême. Elle comporte plusieurs étapes obligatoires :
a. Enquête sociale préalable
• Menée par un officier de la CDU ou un officier de probation.
b. Consentement obligatoire
• Les parents biologiques et l’enfant (à partir de 10 ans) doivent consentir.
c. Dépôt de la demande à la Cour suprême
• Cela se fait par l’intermédiaire d’un avocat et d’un avoué. Le rôle de l’avoué est essentiel : il est chargé du dépôt des actes, veille au respect des délais, à la régularité du dossier, et assure la transmission des documents à la cour. Il est le lien procédural entre les parties et le juge.
d. Jugement d’adoption
• Si toutes les conditions sont remplies, la cour rend un jugement d’adoption exécutoire.
5. Effets juridiques de l’adoption
• L’enfant prend le nom de famille de l’adoptant
• Il acquiert les droits successoraux et le statut d’enfant légitime
• Il cesse d’appartenir juridiquement à sa famille d’origine (dans le cas d’une adoption plénière)
• L’adoption est irrévocable, sauf exception grave
6. Adoption internationale
Possible sous conditions :
• Respect de la Convention de La Haye (encore non pleinement ratifiée par Maurice).
• Autorisation du ministère des Affaires étrangères.
• Double évaluation sociale (pays d’origine et d’accueil)
7. Infractions liées à l’adoption (Child Protection Act, art. 19 à 22)
La loi réprime sévèrement :
• La vente ou l’achat d’un enfant (jusqu’à Rs 500 000 et/ou 10 ans de prison)
• Les adoptions illégales sans jugement
• La falsification de consentement ou de documents officiels
Conclusion
L’adoption est un acte solennel et engageant. Le droit mauricien veille à ce que ce lien soit construit dans le respect de l’enfant et de l’ordre public. Le rôle de chaque intervenant – juge, avocat, avoué, travailleur social – est central pour garantir une décision juste, humaine et protectrice.
