Le mercredi 10 juin, à minuit, de nouvelles sanctions étaient entrées en vigueur. La première, toujours on, concerne les conducteurs surpris en train d’utiliser un téléphone portable ou un micro au volant : ils risquent désormais un retrait de 5 à 10 points sur leur permis, contre 3 à 6 points auparavant. La seconde portait sur l’usage du Bluetooth et des kits mains libres. Si cette pratique n’entraînait pas de retrait de points, elle était toutefois passible d’une amende pouvant aller jusqu’à Rs 10 000 en cas de flagrant délit. L’objectif de cette réforme, selon les autorités, était de limiter les distractions au volant et de responsabiliser davantage les conducteurs afin de réduire les comportements dangereux sur les routes.
Entre commentaires, débats et mèmes, la mesure annoncée par le ministre des Transports, Osman Mohamed, a toutefois immédiatement suscité une vague d’indignation. Dans les faits, de nombreux automobilistes utilisent déjà ces dispositifs intégrés aux véhicules modernes pour passer des appels sans tenir leur téléphone, avoir recours au GPS ou interagir avec les systèmes connectés. Si cette mesure a créé une véritable confusion au sein de l’opinion publique, le ministre a pourtant expliqué que cette pratique est déjà interdite depuis 2010 par la législation, notamment en vertu de la Regulation 90. Mais face à une vague de critiques et à une certaine confusion dans l’opinion publique, le gouvernement a finalement revu sa position afin de clarifier le cadre légal. Des amendements à la loi sont ainsi prévus, a expliqué Osman Mohamed, pour lever toute ambiguïté concernant l’utilisation des dispositifs Bluetooth, des kits mains libres et des systèmes de communication intégrés aux véhicules.
«C’est une disposition de la loi qui date de 16 ans. Pendant tout ce temps, les Mauriciens ont roulé avec le Bluetooth et l’option mains libres illégalement, mais aujourd’hui je vais résoudre ce problème. Ce que je comprends, c’est que les voitures avec Bluetooth sont arrivées à Maurice à partir de 2011, alors que cette loi a été introduite en 2010. Nous allons amender la loi», a déclaré le ministre. À partir de ce lundi, Osman Mohamed compte débuter des réunions afin de travailler sur les aspects techniques de la loi.
Trois questions À…
Alain Jeannot, président de l’ONG Prévention routière avant tout (PRAT) : «La loi doit être comprise et appliquée»

Beaucoup d’automobilistes estiment qu’utiliser le Bluetooth ou un système mains libres est sans danger puisqu’ils gardent les mains sur le volant. Qu’en pensez-vous ?
Non, le système Bluetooth intégré n’est pas sans danger, car il représente un risque de distraction cognitive lorsqu’il est utilisé de manière irresponsable. Par exemple, les conversations doivent être brèves et aussi simples que possible. Il faut éviter les discussions controversées ou celles qui monopolisent le jugement et les facultés mentales. Vous n’allez pas vous engager dans des calculs mentaux au téléphone. L’idée est de garder sa concentration sur la route.
Quels sont les effets concrets d’une conversation téléphonique sur l’attention et les réflexes d’un conducteur, même lorsqu’il ne tient pas son téléphone en main ?
Il est clair qu’un téléphone manipulé pour passer un appel ou envoyer un SMS ne représente pas les mêmes risques qu’un bref appel via un système Bluetooth mains libres intégré. D’ailleurs, ce type de communication est interdit au volant ou au guidon dans presque tous les pays. Cela compromet la conduite, détourne le regard de la route et affecte l’attention ainsi que le jugement. C’est très dangereux. En moyenne, quelque 4 500 contraventions sont dressées chaque année pour cette infraction. Il faut y mettre un frein.
Selon vous, le durcissement des sanctions peut-il réellement contribuer à changer les comportements au volant ou faut-il également miser sur davantage de sensibilisation ?
Les lois, à elles seules, ne peuvent changer les comportements. D’abord, la loi doit être comprise et appliquée. Ensuite, il est extrêmement important que la sensibilisation et l’éducation se fassent de manière soutenue, ciblée, efficiente et efficace. Il est également nécessaire que la population, surtout estudiantine, soit mieux éduquée au civisme et au savoir-vivre ensemble. C’est ce qui explique que des pays comme la Norvège, Singapour, le Danemark ou le Japon permettent l’usage du Bluetooth intégré tout en affichant un taux de mortalité routière inférieur à trois décès pour 100 000 habitants.