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3 mars 2025 10:41
Durant la semaine écoulée, le cyclone Garance a retenu l'attention et a chamboulé le quotidien des Mauriciens. Retour sur cette semaine pluvieuse très particulière...
Il a tenu tout le monde en haleine... Il a intrigué, suscité des interrogations, inquiété et cela, dès qu’il s’est invité dans nos parages. En effet, si le cyclone Garance a attiré autant les attentions et a été suivi de très près par les Mauriciens, c’est de par sa formation à proximité des îles des Mascareignes, sa force, son intensité, son apport en pluie – dont le pays a tant besoin en ce moment –, les risque des inondations suivant son passage, mais aussi, et surtout, à cause de la trajectoire qu’il devait emprunter, selon les différents modèles numériques, pour se rapprocher de nos côtes.
Depuis que les images de son passage dévastateur sur l’île de La Réunion ce vendredi 28 février circulent, montrant ses vents destructeurs, ses éclairs, ses trombes d’eau, les nombreux dégâts causés et, surtout, les victimes qu’il a faites, Garance est plus que jamais au cœur des discussions. Ce phénomène a rythmé la vie du pays pendant cinq jours, de l’alerte I, déclenchée le lundi 24, jusqu’à l’alerte III, atteinte le vendredi 28 février, avec les divers protocoles de sécurité associés : fermeture des écoles dès le passage en alerte II, arrêt des activités économiques et confinement des habitants en alerte III.
En consultant divers sites d’information et plateformes spécialisées dans le suivi des tempêtes, que ce soit sur le Net ou les réseaux sociaux, les Mauriciens, qui n’ont pas été confrontés à un cyclone d’envergure depuis longtemps, ont rapidement pris conscience de la menace réelle que représentait Garance. Et ces derniers jours, ils ont été plus attentifs que jamais aux prévisions qui circulaient. Très vite, dès que le pays est passé en alerte I, les Mauriciens se sont mis en «mode cyclone» avec, pour commencer, la ruée vers les supermarchés pour s’approvisionner. Et pour coller aux folklores qui accompagnent les cyclones dans l’île, ils n’ont pas manqué de faire le plein de denrées essentielles, notamment l’incontournable sachet de farine pour la réalisation des traditionnels faratas, dont la consommation en temps cyclonique est un «must» dans de nombreuses familles.
Avec Garance aux alentours, beaucoup s’étaient ainsi préparés à faire face à toutes les éventualités. Jovani Calice en fait partie. «Il y avait beaucoup d’incertitudes à l’approche de Garance, mais j’avais pris le strict nécessaire pour pouvoir faire face : bougies, piles et farine, en autres. J’avais aussi enlevé les choses volatiles de ma cour et coupé les branches sèches de certains arbres», nous confie notre interlocuteur en revenant sur la semaine écoulée. «Certaines décisions, comme le passage du pays en classe II au moment où ça a été fait, n'était pas, selon moi, nécessaire car des prévisions attestaient que Garance passerait jeudi soir, voire vendredi matin. Ce que je retiens aussi, c’est que c’est important d’avoir une cohérence avec les autres stations météorologiques sur la précision des données», poursuit le jeune homme qui souligne que c’est important de retenir les leçons de cette expérience : «Ces jours au rythme de Garance m'ont permis de me reposer un peu et de finaliser quelques travaux pour le boulot. J'ai aussi constaté que, malheureusement, certains ne sont pas parfois conscients des risques d'un cyclone et sont quand même sortis en alerte III. Mais bon, il y a eu plus de peur que de mal. Pour moi, il faudrait être beaucoup plus prudent la prochaine fois et bien suivre l’évolution des prochaines dépressions à venir.»
«Sécurité»
Pour un autre citoyen, Javed Carmally, c’était très important de suivre les consignes, mais aussi d’être productif malgré les contraintes qu’imposaient les protocoles de sécurité. «En tant que citoyen responsable, j’ai suivi les consignes de sécurité en restant à l’abri chez moi tout en restant productif. Malgré les conditions météorologiques, j’ai profité de ce moment pour avancer sur un projet important avec une échéance serrée. Travailler dans une telle atmosphère, avec le vent soufflant dehors et la pluie battante, a donné une ambiance particulière à la journée. D’une certaine manière, cela m’a permis d’apprécier un rythme différent, plus introspectif, tout en restant concentré sur mes objectifs», nous raconte Javed. L’habitant de Rose-Hill estime également qu'il est primordial de retenir les leçons suivant le passage de Garance : «Cet épisode m’a ainsi rappelé une leçon essentielle : nous devons apprendre à nous adapter face aux imprévus. Que ce soit dans la vie quotidienne ou sur le plan professionnel, il est crucial d’être préparé et de savoir tirer partie de chaque situation, même lorsqu’elle semble contraignante. Le passage de Garance nous rappelle également à quel point nous sommes vulnérables face aux forces de la nature et combien il est important de respecter et de mieux comprendre notre environnement. Ces phénomènes climatiques nous poussent à être plus prévoyants, plus solidaires et à adopter des comportements responsables pour minimiser les risques et assurer notre sécurité et celle des autres.»
Durant ces jours de congés forcés, plusieurs personnes ont essayé, malgré les inquiétudes qui accompagnent le passage d’un cyclone, de profiter de ces moments en famille. C’est donc avec son époux et ses deux enfants que Sarah-Jane Laverdure a traversé ces quelques jours pas comme les autres. «Ces derniers jours ont été marqués par l’attente du cyclone qui nous a confinés à la maison. Avec mes enfants et mon mari, nous nous sommes lancés dans des jeux improvisés et avons profité de longues séances de films sur Netflix pour nous divertir et passer le temps. Nous avons également savouré de délicieux petits plats mauriciens : loin du traditionnel farata, nous avons opté pour des currys, accompagnés de pauses-café prolongées qui nous offraient l’occasion de discuter et de profiter d’un repos bien mérité malgré la grisaille», nous confie Sarah-Jane, contente que Garance ait épargné notre petite île.
Avec le passage de Garance, ils sont aussi nombreux à s’être interrogés sur les décisions des autorités et sur notre système d’alerte, surtout avec le beau temps qui prévalait à un certain moment alors que le pays était déjà en alerte cyclonique, les prévisions sur la trajectoire du phénomène qui ne correspondaient pas aux modèles d’autres agences de météorologie et le «manque de clarté» qui entourent la fin des alertes, entre autres. Vishal Kawal, passionné de météorologie, notamment des cyclones, et qui gère la page Mauritius Cyclone Updates, revient sur les interrogations qui ont ponctué le passage de Garance. «Le cyclone est passé, laissant derrière lui de nombreuses questions. Fallait-il déclencher l'alerte aussi tôt et la retirer aussi brusquement ? Garance est un cyclone de petit diamètre, avec une zone active très réduite -150-200 km. Cela signifie que les alertes cycloniques ne peuvent pas être émises de la même manière que pour un cyclone plus large, qui peut causer des conditions cycloniques même de loin. En effet, le Mauritius Meteorogical Services (MMS) a bien fait de déclencher l’alerte cyclonique, mais le timing a été mal ajusté. Étant donné la petite taille du cyclone, la détérioration des conditions météorologiques a mis plus de temps à arriver, surtout avec le ralentissement du cyclone. Cet aspect n’a pas été pris en compte par la météo», souligne notre interlocuteur.
Il poursuit avec ses observations : «L’alerte de niveau 2 aurait dû être émise plus tard dans l’après-midi de mardi, et l’alerte de niveau 3 jeudi matin, comme l’a fait Météo-France à La Réunion. De plus, il y a eu un manque flagrant de communication avec la population concernant le retrait des alertes. Les autorités auraient dû informer la population sur la marche à suivre pendant la phase de sécurité la veille, comme l’a fait le ministère de l’Éducation. Il est impossible de passer d’une menace à aucune menace en quelques heures sans explication. Un chargé de communication ayant des connaissances météorologiques aurait dû être appelé pour expliquer ces procédures à la population. Notre système d’alerte est efficace, mais la façon dont il est appliqué et communiqué laisse beaucoup à désirer. Espérons qu’un ajustement sera fait avant le prochain cyclone.»
En attendant, Garance, de son côté, s’éloigne de notre région qu’il a tenue en haleine pendant plusieurs jours...
Le cyclone en chiffres
Suite au passage du cyclone Garance, 166 centres d’évacuation ont été ouverts dans toute l’île et 248 familles ont trouvé refuge dans 31 centres d’accueil. Sur le plan de la pluviométrie, l’apport en pluie que le pays espérait tant n’a pas été conséquent.
Notre compatriote Didier Sooben de la Réunion : «Il y a eu des rafales de plus de 200 km/h...»
Toute une île touchée en plein cœur. La Réunion a subi de plein fouet le passage du cyclone Garance ce vendredi 28 février. En sus de la destruction des habitations, de l’environnement et de plusieurs infrastructures, le passage du cyclone tropical a fait au moins – à l’heure où nous mettions sous presse – quatre morts. Depuis ce vendredi noir, les habitants de l'île Soeur sont sous le choc. Notre compatriote Didier Sooben, installé à La Réunion, ne dira pas le contraire en évoquant ces «effrayantes» et «impressionnanes» rafales. «Depuis 19 heures, jeudi, on a reçu une alerte par message du préfet pour le confinement suite à l'alerte rouge. Ce vendredi 28 février, c'était calme jusqu'à 9h30. Ensuite, il y a eu des rafales de plus de 200km/h. Plusieurs toitures se sont envolées à Saint-André, dans la commune où j’habite. À vendredi, plusieurs personnes étaient sans internet et sans eau. C’est une triste réalité. Avec la fin de l’alerte rouge (qui était toujours en vigueur à vendredi), on verra toutes les séquelles et l’impact de Garance», nous confie Didier Sooben qui n’est définitivement pas près d’oublier cette terrible expérience.
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