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Par Michaëlla Seblin
12 avril 2026 11:00
Sans surprise, ce qui devait arriver arriva. Et la situation a le mérite d’être désormais claire. En votant massivement pour le maintien du MMM au gouvernement, les délégués des branches mauves (306 sur 400) ont choisi leur camp : ils soutiennent le groupe parlementaire du MMM et se désolidarisent de leur leader historique, qui s’apprête, selon toute probabilité, à créer un nouveau MMM — une option qu’il évoque, avec enn leker kase, dans une vidéo publiée sur Facebook.
Malgré les tentatives de décrédibiliser une assemblée de délégués dont la liste a été qualifiée de «bidon» ou «remplie d’irrégularités», Bérenger n’a pas réussi à influencer la position des représentants régionaux, ceux-là ayant voté, à main levée, pour que le MMM demeure un partenaire de l’alliance du changement. Une situation plaçant le leader dans une position délicate, sinon surréaliste quand, après avoir jadis vanté les instances démocratiques de son parti, il constate aujourd’hui des failles dans une liste de délégués, qu’il ne reconnaît plus, et qui a servi à ratifier plusieurs décisions clés, dont celle de faire alliance avec Ramgoolam lors des dernières législatives.
Ce 11 avril marque donc un tournant capital dans l’histoire d’un MMM déchiré en deux camps : d’un côté, le groupe parlementaire connu comme la «bande des 15», qui contrôle une majorité de délégués, tous votant en faveur du maintien des mauves au gouvernement ; de l’autre, Bérenger, fondateur du MMM, qui subit un désaveu de son propre parti, qu’il a patiemment construit, défendu et porté à bout de bras à travers d’inlassables luttes – syndicales, politiques – et de nombreuses scissions. À 81 ans, entouré de deux élus, le leader mauve se retrouve à l’aube d’un nouveau chapitre, ou au commencement d’un autre livre qu’il s’apprête à écrire. Alors qu’on a assisté à une période d’incertitude suite à sa démission comme Deputy Prime Minister, Bérenger est désormais contraint, après la décision de l’assemblée des délégués, de clarifier ses choix, y compris sa posture parlementaire.
Quatre semaines après son absence à l’Assemblée nationale, il ne pourra indéfiniment se tenir à distance de cette institution, au risque de projeter une image personnelle de légèreté. Siégera-t-il dans les rangs du gouvernement comme simple backbencher ou rejoindra-t-il les travées de l’opposition, avec un intérêt pour le fauteuil de leader de l’opposition, malgré ses démentis ?
En attendant une décision du trio Bérenger père-fille et Baboolall, c’est le groupe parlementaire mauve qui se retrouve sous les projecteurs. Sans le leader emblématique, ces élus représenteront-ils pleinement le MMM et parviendront-ils à se défaire de l’étiquette péjorative d’une «bande des 15», accrochés à leurs sièges et privilèges, n’hésitant pas à trahir leur chef ?
Si le vote de l’assemblée des délégués leur confère une légitimité formelle, reste à savoir s’ils sauront l’incarner dans l’imaginaire collectif de l’électorat mauve. Celui-ci devra désormais choisir entre un leader historique à la croisée des chemins qui lancera peut-être un nouveau parti et des élus mauves restés au gouvernement !
Voilà une configuration politique inédite qui place la question du leadership au centre des débats. Qui, parmi ces quinze, pourra émerger pour tenter de rassembler une famille militante divisée, tout en poursuivant le travail gouvernemental dans un climat d’impopularité progressive ? Sans Bérenger, ces élus auront-ils la capacité de tenir tête, voire de faire pression sur un Ramgoolam, qui n’a guère prêté une oreille attentive à son ancien allié ? Ou se contenteront-ils de devenir de simples béni oui-oui, oubliant leur capacité de critique, car soucieux de préserver leur place, d’autant que certains rouges lorgnent déjà leurs portefeuilles ministériels ?
Au-delà des positions des uns, des autres et de ces querelles intestines, c’est l’âme du MMM qui est ébranlée ! Entre jurer fidélité à son leader historique et soutenir le groupe parlementaire mauve au gouvernement, quel sera le choix de l’électorat du MMM ? Pour une majorité de délégués, la réponse est connue ! Et ce n’est pas une surprise !
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