Pendant quatre jours, Maurice est devenue le quartier général de la sécurité maritime de l’océan Indien occidental. Plus de 100 représentants d’une dizaine d’États de la région, de l’Union européenne, de l’Union africaine et des agences des Nations unies se sont retrouvés à Port-Louis, du 21 au 24 juillet, à l’occasion de l’EU Maritime Security Week. Un rendez-vous stratégique qui a débouché sur un constat partagé : face aux menaces qui se multiplient en mer, aucun pays ne peut agir seul.
Le message a été donné dès l’ouverture des travaux par le secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, le Dr Ibrahim Norbert Richard. Derrière les cartes maritimes et les discussions diplomatiques, la réalité est implacable. «En ce moment même, les équipages de quatre navires sont retenus en otage par des pirates», a-t-il rappelé. Une déclaration qui illustre l’urgence de la situation.
Car si la piraterie a nettement reculé ces dernières années grâce aux efforts conjoints des États de la région et de leurs partenaires internationaux, la menace est loin d’avoir disparu. «Les causes profondes de ce phénomène et ses liens avec d’autres formes de criminalité transnationale demeurent des défis auxquels nous devons répondre collectivement», a insisté le secrétaire général.
Et les défis ne s’arrêtent pas là. Trafic de stupéfiants, traite des êtres humains, contrebande d’espèces sauvages, pêche illégale, pollution volontaire... Autant d’activités qui fragilisent la région. «Il ne fait guère de doute que des activités illicites se poursuivent dans nos immenses espaces maritimes», a averti Ibrahim Norbert Richard, rappelant que ces crimes dépassent largement les frontières nationales.
Face à cette réalité, le forum a surtout permis de passer des discours aux actions. Premier acquis : le renforcement de la coopération entre les États. «La coopération est la clé, car aucun des États de la région ne dispose à lui seul des moyens nécessaires pour assurer durablement la surveillance, le contrôle et la sécurité de l’ensemble de sa zone économique exclusive», a souligné le secrétaire général.
Les retombées sont déjà concrètes. Les responsables des Centres nationaux de sécurité maritime ont renforcé leurs liens avec les structures régionales installées à Madagascar et aux Seychelles afin d’améliorer la circulation des renseignements. L’objectif est simple : partager plus rapidement les informations pour détecter les comportements suspects, anticiper les risques et coordonner les interventions.
Cette coopération porte déjà ses fruits. Plus de 46 missions coordonnées ont été menées dans la région. Parmi elles, l’opération Baldor, en avril dernier, a permis la saisie de 271 kilos de stupéfiants. Les moyens maritimes et aériens servent également à conduire des opérations de recherche et de sauvetage, démontrant que la sécurité maritime ne se limite pas à la lutte contre la criminalité.
Les discussions ont également permis de renforcer la lutte contre les trafics dans les ports grâce à de nouveaux équipements, des formations techniques et des mécanismes d’échange d’informations. Autre priorité : consolider une véritable capacité régionale de dissuasion afin de sécuriser les routes maritimes, essentielles au commerce international.
Pour l’Union européenne, l’approche reste claire. « L’Union européenne tient particulièrement à soutenir des solutions portées et pilotées par la région dans une logique de partenariat, de respect mutuel et d’engagement partagé », a déclaré Jose Maria Troncoso Perera, chargé d’affaires par intérim et chef de coopération de l’UE.
Le responsable européen a également fixé la feuille de route des prochaines années. «Nous devons continuer à renforcer le partage d’informations, soutenir les capacités des administrations maritimes, des garde-côtes, des marines et des autorités judiciaires. La sécurité en mer dépend non seulement des moyens et des opérations, mais aussi de la gouvernance et de l’État de droit», a-t-il affirmé.
Son dernier message résume à lui seul l’esprit de cette rencontre : «Sécurité et développement vont de pair. Les femmes, les jeunes et les communautés côtières doivent faire partie du dialogue et de la solution. Une gouvernance maritime durable ne peut être atteinte que si elle est participative et adaptée aux besoins des populations qu’elle est censée servir.»
Au terme de cette semaine de travail, une certitude s’impose : la bataille contre les menaces qui pèsent sur l’océan Indien ne se gagnera ni en solitaire ni à quai. Elle se construira grâce à une coopération renforcée, un partage accru des renseignements et une mobilisation régionale durable. C’est précisément le cap qu’ont choisi de suivre les États de l’océan Indien occidental et leurs partenaires européens.