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L’urgence que personne ne peut ignorer !

8 février 2026

C’est une déclaration qui, d’un côté, relève de la franchise et, de l’autre, inquiète les citoyens. Elle émane de Kunal Naik, président de la NADC (National Agency for Drug Control), qui partage sa réflexion dans les colonnes de L’Express du jeudi 5 février : «Je ne suis pas satisfait du temps que prennent certaines actions pour être mises en œuvre. Le constat est alarmant et exige une certaine accélération…»

On peut deviner, à travers ses mots, l’agacement de Naik, nommé à la tête de cette plateforme en décembre après le départ de Lauthan, dont la riche carrière n’avait pas empêché certaines déclarations maladroites et quelques polémiques. C’est sur cette toile de fond, avec une impression d’avoir perdu une année, que l’arrivée d'un nouveau président laissait entrevoir un espoir face à une situation incontrôlable où chaque semaine amène son lot de vidéos (à Maurice comme à Rodrigues) montrant des jeunes transformés en zombies, shootés aux drogues de synthèse, se retrouvant dans un état second.

Certes, la NADC a raison quand elle déplore, dans un communiqué, la diffusion de ces vidéos tout en affirmant qu’il s’agit là d’urgences médicales avec des risques d’insuffisances respiratoires, allant jusqu’aux décès. Le CEO de la NADC, le Dr Sulliman, fait bien de souligner, de son côté, qu’il faut, devant ces situations de détresse, faire appel à la police pour transporter ces jeunes dans un établissement hospitalier. Pour quels motifs des personnes qui assistent à ces scènes dramatiques préfèrent-elles filmer des victimes, en ne prenant aucune précaution sur leur identité, quitte à les stigmatiser (alors qu’il s’agit souvent de mineurs), plutôt que de donner assistance à des personnes en danger ? Ces séquences régulières, devenues malheureusement banales, nous rappellent que rien n’a changé d’un gouvernement à l’autre.

Et c’est là que la déclaration de Naik interpelle ! Alors que nous sommes dans une course contre la montre (que d’aucuns estiment perdue d’avance), l’image projetée est celle d’une lourdeur administrative, d’un manque à plusieurs niveaux : coordination, ressources humaines, moyens. Et la finalité reste le statu quo ! Or, c’est à un sursaut national que l’on s’attend, doublé d’une communication pouvant aider et sauver notre jeunesse, ce capital humain qui représente notre avenir et qu’il nous faudrait protéger à tout prix. D’autant que les drogues, particulièrement les drogues de synthèse, dépassent aujourd’hui le simple cadre d’un toxicomane. L’impact est considérable, avec une multitude d’histoires tragiques brisant des familles à jamais.

En novembre dernier, c’est le petit Kelian Alfred, 3 ans, qui a été un terrible dommage collatéral quand il a été percuté – alors qu’il était dans les bras de son père – par un chauffeur testé positif aux drogues. Quelques mois plus tôt, en mai, une mère de famille, Christine Foolchand, 51 ans, avait succombé des suites d’une hémorragie après avoir été agressée par son fils toxicomane. À quelques jours d’intervalle, la famille Boodhoo vivait un véritable drame avec le meurtre de Reade, 74 ans, commis par un neveu toxicomane qui avait fini par avouer son forfait qu’il avait tenté de maquiller en mort naturelle.

Ces trois drames, parmi tant d’autres, font comprendre que la NADC seule – qui fonctionne dans un cadre défini avec ses limites – ne suffira pas à combattre cet ennemi qui a déjà trop envahi notre pays. Ceux qui vivent dans les régions où la circulation de la drogue a toujours existé reconnaissent que la situation a empiré de manière cruciale, que des ados, voire des enfants, sont recrutés pour être les fameux «jockeys» alors que, parallèlement, il y a une inquiétante féminisation au niveau de la consommation des drogues.

S’il faut saluer la collaboration de la NADC avec certains ministères, il y a urgence à donner aujourd’hui un grand coup d’accélérateur tout en mettant l’ensemble des ministères on board, sans oublier les élus, les institutions religieuses, les comités de quartier, la communauté des artistes, les role models, tous les partenaires à qui il faut donner les moyens, à l’exemple de la police, souvent mal équipée pour faire des descentes dans des quartiers où la drogue se vend au vu et au su des habitants.

Sans une feuille de route claire avec une mobilisation nationale, sans une conscience collective, sans la collaboration de la société civile où chacun peut contribuer à sa façon, nous continuerons d'assister, derrière nos écrans, à toutes ces scènes de nos jeunes zombies gâchant leur avenir, ou pire, laissant leur vie sur l’asphalte…

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