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«Nous ne sommes pas des suiveurs» : pourquoi des jeunes militants quittent le MMM

18 avril 2026

Hishaam Ibrahim et Lionel Lajoie évoquent leur choix.

Accusés de suivre aveuglément Paul Bérenger, ils s’en défendent. Ils dénoncent des incohérences au sein du gouvernement et revendiquent une autre manière de faire de la politique.

S’inscrire dans une histoire plus grande. Avec des idéaux, une conscience politique et l’envie de participer à cette vision de transformation de l’île. C’est avec cette mouvance du cœur et de l’esprit que d'anciens membres de la Jeunesse militante ont annoncé leur départ de l’équipe mauve, après que l’Assemblée des délégués a voté pour le maintien du MMM au sein du gouvernement. Il s’agit de Shehzaad A. Khodaboccus, Brenda Deriviere, Salmaan Gafoor, Rais Nujurally, Shaad Chellapermal, Hishaam Ibrahim, Lionel Lajoie et Rooven Murthoo. Pourquoi quitter un des partenaires de l’alliance dirigeante pour rallier l’opposition à la suite de Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ? La question est posée à deux des démissionnaires ; Lionel Lajoie et Hishaam Ibrahim. Ils répondent et parlent d’avenir.

Un départ. Partir n’est jamais facile. Mais cela ouvre la voie à de nouvelles possibilités, confie Lionel Lajoie. Il est résolument tourné vers l’avenir. Même s’il digère mal les événements qui ont mené à l’évincement de Paul Bérenger et au vote de l’Assemblée des délégués : «Je pense que les structures et les instances du MMM ont été verrouillées par ceux qui ont décidé de rester. Mais, aujourd’hui, c’est parole contre parole. Mais je vous assure que ce n’est pas la grande démocratie qu’ils prétendent défendre.» Cette fameuse liste des délégués, défendue par les actuels dirigeants du MMM et pointée du doigt par l’ancien leader, «est fausse», martèle-t-il.

«Pas un "Bérengiste"». Un départ après un engagement total est une décision mûrement réfléchie. Elle doit trouver une résonance en soi, en ce en quoi l’on croit. C’est ce qu’Hishaam Ibrahim et Lionel Lajoie avancent. «Je ne suis pas un Bérengiste, je ne suis pas un leader aveuglément», lance Lionel Lajoie. Pour Hishaam Ibrahim, il est essentiel de le préciser : «C’est une insulte à la jeunesse militante et engagée de dire que nous avons démissionné simplement pour "suivre" Bérenger. La jeunesse mauricienne ne se réduit pas à des suiveurs.»

Un discours qui convainc. Hishaam Ibrahim a adhéré à celui de l’ancien leader du MMM : «Comme Paul Bérenger l’a dit, il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas au sein du gouvernement, notamment au vu des défis auxquels fait face notre pays. Des décisions importantes ne sont pas prises…» Il rappelle que lors d’une question parlementaire de Joanna Bérenger, ce mardi 14 avril, concernant la protection des mammifères marins, le ministre du Tourisme, Richard Duval, a avancé que son ministère manquait de fonds pour mettre en place des mesures nécessaires. «Et nous n’avons toujours pas quelqu’un pour gérer à plein-temps le portefeuille des Finances. C’est un travail qui demande énormément d’engagement et de compétences.» Dans le même souffle, il s’étonne qu’il n’y ait pas encore eu d’étude de l’impact socio-économique de la réforme des pensions, et cela à quelques semaines du discours budgétaire : «Je ne dis pas qu’il faut reculer, ce serait de la démagogie. Le Premier ministre a eu beaucoup de courage de venir de l’avant avec cette réforme, Néanmoins, le gouvernement avait aussi assuré qu’il l’ajusterait pour prendre en considération ceux qui ont de faibles revenus et qui font un travail pénible.» Pour lui, le vote-sanction de 2024 devait voir l’émergence «d’un gouvernement qui soit responsable, qui prenne des décisions basées sur des études solides» : «Ce n’est pas ce qui est fait, actuellement.»

Des idées à défendre. Comment s’accrocher à un cœur quand ses élans ne s’alignent pas avec ses convictions profondes ? C’est la question que pose Lionel Lajoie : «J’ai l’impression que ceux qui sont restés sont attachés aux postes et pas aux valeurs.» Il le dit, sans détour, sans prendre de pincettes. Ce qui s’est passé ces dernières semaines est un non-sens : «Je suis persuadé que les ministres MMM étaient d’accord avec les arguments de Paul Bérenger, les points qu’il a avancés pour expliquer que le travail ne se faisait pas au gouvernement. Il n’y a pas eu de remise en cause.» Il estime, donc, qu’il peut arriver aux conclusions suivantes : «Ceux qui sont restés n’ont pas pris la pleine mesure des problèmes, visiblement. Et on a l’impression, qu’ils n’ont même pas négocié pour que notre programme avance. Il me semble que le parti auquel j’appartenais est dans le mood pil an plas.» Il évoque la prise de parole des dirigeants du MMM à l’issue du Bureau politique du lundi 13 avril : «Les déclarations étaient très vagues. Il n’y a aucune garantie sur la réforme électorale, uniquement la question d’un amendement constitutionnel concernant la déclaration ethnique (…) Je n’ai aucune garantie que les idées que je défends seront, désormais, protégées et mises en pratique par ces personnes.» Il estime que le «véhicule MMM» ne porte plus les valeurs auxquelles il adhère : «L’esprit anticolonial, le féminisme, la proximité avec les travailleurs...» Et qu’il n’y a, donc, plus sa place.

16 mois d’attente. Peut-on être plus efficace dans l’opposition qu’au gouvernement ? Une question posée à Hishaam Ibrahim. Il répond : «En 2024, j’ai cru dans le programme, j’y ai même contribué. Mais aujourd’hui, le gouvernement piétine. Il a eu 16 mois pour amorcer le changement ; on l’attend toujours. Et ce n’est pas énorme ce que nous demandions ; un ministre des Finances, une gestion du pays optimisée, réfléchie… Aujourd’hui, l’équipe dirigeante fait parfois le contraire de ce qu’elle avait promis, je ne veux pas cautionner ça.» L’essentiel pour lui, c’est de faire bouger les choses : «Acculer le gouvernement peut apporter du changement…Si un ministre des Finances est nommé, je serai très content. Si ma démission peut aider à créer un mouvement, je serai heureux d’y avoir contribué. Tout n’est pas une question de considérations politiques et personnelles.»

L’avenir. Paul Bérenger a annoncé, cette semaine, que la création d’une formation politique est in the making. Lionel Lajoie est enthousiaste de ce nouveau départ : «De ce qui transpire, il me semble qu’idéologiquement, nous allons vivre un virage à gauche, avec un rajeunissement et une féminisation. Ça me plaît. C’est avec ce genre d’idées que nous allons construire le pays dont nous avons besoin. C’est le genre de plateforme qui va parler à notre génération, à celle qui vient ; à tous ceux qui ne savent pas où porter et faire parler leur vision politique et leurs espoirs pour l’avenir.» Hishaam Ibrahim, lui, sera-t-il de la partie ? Il est conscient des défis et des questionnements qui viennent avec tout recommencement : «Non, pas forcément, car chacun est libre de ses choix. Le mouvement n’a pas encore vu le jour officiellement. J’aide à le penser. Donc, très certainement, j’y serai quand il naîtra et pour longtemps encore. Nous sommes dans une phase où nous nous construisons, où nous avons l’espace pour poser les bonnes questions, pour nous demander comment nous pouvons faire pour ne pas répéter les erreurs passées et pour construire un avenir meilleur.»

Mouvement, direction collégiale, no DPM : l’après Assemblée des délégués

Il s’en est allé. Après la décision de l’Assemblée du MMM, le samedi 11 avril, Paul Bérenger a soumis sa démission de ce parti deux jours plus tard. Celui qui a été le leader emblématique des Mauves pendant des décennies a parlé de «déchirement» et de «rupture» : «La décision de maintenir le parti au sein du gouvernement, sans conditions, sans garanties, et sans exigence claire quant à la mise en œuvre du programme pour lequel nous avons sollicité la confiance des Mauriciennes et des Mauriciens, marque une rupture profonde.» Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ont également démissioné de toutes les instances du parti. Parlement thing. Les trois députés démissionnaires du MMM se sont assis du côté de l’opposition lors de la session parlementaire du mardi 14 avril.

Nouvelle formation… Pour une nouvelle vie ? Paul Bérenger a annoncé la création d’un mouvement politique «avec les militantes et militants, Mauriciennes et Mauriciens qui partagent nos valeurs et nous rejoindront dans ce combat». Une rencontre «en petit comité» a déjà été organisée.

No leader. Reza Uteem l’a dit à la sortie du Bureau politique du MMM, post-démission de Paul Bérenger : le MMM fonctionnera avec un leadership collégial en attendant que les instances du parti se concertent.

«Le poste de Deputy Prime Minister…Pas une obligation !» C’est Navin Ramgoolam qui l’a dit lors des célébrations du Nouvel An tamoul au Mahatma Gandhi Institute. Un point de vue qui ne serait pas partagé par tous car la nomination d’un DPM est inscrite au chapitre VI de la Constitution.

Comité central mauve : on révoque !

Le ton est ferme. Le Comité central (CC)du MMM s'est tenu ce samedi 18 avril. Et à l’issue de celui-ci, Reza Uteem, Rajesh Bhagwan, Arianne Navare-Marie et Ajay Guness ont tenu un point de presse pour faire part des décisions qui y ont été prises. Tout d’abord, le quatuor a annoncé que 14 personnes ont été révoquées des Conseils municipaux, 16 du Comité central et cinq du Bureau politique (BP). Selon Reza Uteem : «Il y a des personnes qui ont décidé de quitter le parti mais qui n’ont pas encore donné leur lettre de démission. Et malgré le fait que plusieurs font une campagne infecte contre le MMM, ils continuent d'utiliser la couleur mauve, le symbole du parti, le bureau du parti et même la MMM TV sur les réseaux sociaux !» Reza Uteem a ajouté qu’il y a actuellement une campagne de recrutement au MMM : «Il y a déjà eu plusieurs demandes d’adhésion, avec des nouveaux membres, mais aussi d’anciens qui avaient eu des différends avec Paul Bérenger dans le passé.»

D’autres sujets étaient aussi à l’agenda lors du CC, notamment une tournée dans les régionales qui devraient commencer ce jeudi et ce qui pourrait être fait pour le 1er Mai. À une question sur le leadership du MMM, Reza Uteem a répondu que ce sera discuté prochainement, probablement lors du prochain BP du parti. Aussi annoncé : une probable rencontre avec Navin Ramgoolam cette semaine pour discuter du poste de vice-Premier ministre. Rajesh Bhagwan a, lui, commenté la situation à Mare-Chicose (le problème entre les opérateurs et les camionneurs ayant conduit bloquage du site par ces derniers vendredi dernier). Il n'a pas manqué de critiquer la vidéo de Joana Bérenger sur la situation disant que c'est une «politique de bas étage, une politique opportuniste. On laisse la population juger».

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