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Par Yvonne Stephen
14 février 2026 19:08
Une plainte, une suspension et un limogeage discet, puis une vidéo virale qui ravive tout. Une affaire de relations inappropriées présumées entre un enseignant et une ancienne élève atteint la surface…
Une part de silence. Lourde, étouffante. Celle qui a entouré cette affaire qui a secoué l’univers de la Loreto Junior School de Curepipe en août 2025. Il est question de relations inappropriées entre un enseignant, qui a été suspendu puis licencié, depuis, et une élève. Celui-ci se refuse à tout commentaire (voir hors-texte). La jeune femme et une de ses amies, qui ne sont pas au pays, ont rédigé une plainte adressée à la direction de l’école, datée du 13 août 2025 (voir hors-texte). Les accusations auraient alors été traitées en vase clos au sein de l’institution (suspension, comité disciplinaire et renvoi en janvier 2026). Néanmoins, une vidéo sur TikTok, publiée le 13 février 2026, a permis de mettre sous une lumière crue les supposés agissements de l’enseignant. Depuis, c’est toute une communauté de parents qui est sous le choc. Les enseignants.es également. Tout particulièrement l’une d’entre eux. Celle qui a recueilli les premiers témoignages. Samantha (prénom modifié) porte en elle ces allégations depuis plusieurs mois déjà : «Je ne saurais dire si je vais bien avec tout ce qui se passe en ce moment. C’est vraiment difficile.» L’année dernière, sur ses réseaux sociaux, elle poste des photos après le spectacle de l’école, heureuse de ce qu’elle vient de vivre après des semaines de travail acharné pour la préparation de cet incontournable rendez-vous de l’année scolaire. Les représentations ont eu lieu les 15 et 16 juillet 2025. C’est à partir d’un commentaire sur un cliché où l’enseignant incriminé est présent que la machinerie déraille.
Une photo, un commentaire. «J’ai posté les photos, je me suis déconnectée. J’étais épuisée», raconte Samantha. Le lendemain matin, elle se retrouve avec plein de messages, des appels sur son téléphone. Elle se connecte et comprend. Il y a un commentaire. C’est l’une des signataires de la plainte (la meilleure amie), qui écrit quelque chose comme : «Oh mon Dieu, ce prédateur sexuel est toujours à l’école.» Samantha la contacte. Elle est, et a toujours été, proche de ses élèves : «Je lui ai écrit, je lui ai dit qu’il ne fallait pas mettre ce genre de choses, que c’était quelque chose de sérieux. Je n’y croyais pas. Je connais bien mon collègue.» L’amie lui promet de revenir vers elle. Avec des preuves, cette fois : des captures d’écran. «Franchement, je ne voulais pas m’impliquer. Je lui ai demandé de contacter Jacqueline Raboude, la School Head Master.» L’impossibilité de se taire. À l’école, Samantha hésite, en parle à des collègues. Une décision s’impose. C’est certes son ami de longue date, mais elle est maman, enseignante, elle ne peut se taire : «Si quelque chose comme ça était arrivé à mon enfant, j’aurais voulu qu’une personne ait le courage d’en parler.» Elle se confie à l’assistante directrice : «C’est en pleurant que je suis partie la voir. Je lui ai dit qu’il s’agissait de mon ami mais que c’était quelque chose de grave et que je ne pouvais pas garder pour moi. Mais aussi de voir ce qu’elle voulait faire de ces informations et que moi, je ne voulais pas être mêlée à ça.»
Une plainte, mais pas de déposition. Les deux jeunes femmes font parvenir une lettre à la direction de l’école : «Objet : Plainte pour abus de pouvoir, harcèlement sexuel et relation inappropriée avec une élève mineure par un membre du personnel enseignant.» Mais il n’y a pas de déposition à la police. La raison, selon des proches de l’affaire, est simple : les parents des deux amies ont tenté d’en faire une, néanmoins, comme celles-ci sont majeures, la police a expliqué qu'elles devaient le faire elles-mêmes. Cela devrait être chose faite avec le retour des deux anciennes élèves de la LCC Junior School prévu dans l’île.
Une suspension. En août 2025, l’enseignant concerné est suspendu par l’école. La direction demande au personnel de la LCC Junior School de couper tout contact avec lui.
Des témoignages troublants. La vie a repris son cours au sein de l’école, les rumeurs se sont tues, c’est la course pour les examens : préparatifs et révision. Puis, un matin d’octobre, à la veille des examens du PSAC, alors que Samantha fait une de ses classes de Grade 6, deux élèves viennent la voir : «Elles me disent que cet enseignant leur a écrit sur TikTok. À l’une d’elles, il aurait dit qu’elle était la plus jolie, qu’il fallait qu’elle lui envoie des photos. On me parle aussi d’épisodes de “passer la main”. J’ai dit à ces filles d’aller voir Madame Raboude et de lui raconter.» Le parent d’une de ces élèves est venu à l’école pour demander des explications. Selon nos informations, la famille envisage, désormais, de trouver conseil auprès de PedoStop et de porter plainte à la police dans les prochains jours.
Un comité disciplinaire a eu lieu. Le mardi 27 janvier, l’enseignant concerné a dû s’expliquer. Les deux jeunes femmes qui avaient signé la plainte ont témoigné via appel vidéo. Ce n’est que deux semaines plus tard que le personnel enseignant a appris qu’il ne faisait plus partie du staff.
Une vidéo explosive. «On pensait que c’était une blague», lance Samantha. Quand le «teaser» de la vidéo a été publié sur TikTok, elle s’est dit que c’était «un truc à la vendredi 13». Puis, les images et la voix, générées par l’intelligence artificielle, ont bien été téléchargées. L’auteur.trice présente des informations sur le déroulé de l’affaire et promet d’autres révélations.
Un terrifiant récit sur 11 ans
Une plainte déposée le 13 août 2025 et adressée à la direction de la LCC Junior School met en lumière des faits graves impliquant un ancien professeur. Il y est accusé d’avoir entretenu une relation sexuelle et abusive avec une élève mineure entre 2009 et 2020. L’auteure de la plainte (qu’elle a cosignée avec sa meilleure amie) est aujourd’hui âgée de 25 ans. Elle retrace une chronologie de près de 11 ans au cours desquels elle affirme avoir été manipulée et exploitée par l’enseignant. Selon le récit de la jeune femme, les comportements inappropriés auraient commencé, lorsqu’elle était élève en primaire, par une attention particulière qui a progressivement évolué vers des gestes déplacés et des commentaires équivoques. Les faits auraient escaladé au conservatoire, avec des rendez-vous privés, des cadeaux et des avances explicites à partir de février 2015. La plaignante affirme que le premier rapport sexuel a eu lieu le 10 novembre 2015, alors qu’elle était mineure et que l’enseignant avait 25 ans de plus qu’elle. Entre 2015 et 2020, la relation se serait poursuivie dans le secret, incluant manipulations psychologiques, isolement de la victime de ses proches et harcèlement après rupture. La jeune femme décrit l’usage de menaces de suicide, de surveillance via les réseaux sociaux et la création de faux profils pour intimider sa meilleure amie (la cosignataire) et elle-même. Les conséquences psychologiques de ces abus sont décrites comme sévères : perte de confiance en soi, difficultés scolaires, traumatisme affectif et relationnel durable. Dans sa lettre adressée à la direction de l’établissement, la plaignante demande la suspension immédiate de l’enseignant, l’ouverture d’une enquête interne et le signalement aux autorités judiciaires. Elle se dit prête à fournir des preuves, notamment des messages, captures d’écran et témoignages, afin que justice soit rendue et que d’autres élèves ne subissent pas des situations similaires.
Une maman : «Des messages inappropriés sur le téléphone de ma fille…»
D’abord, Alice s’est confiée à son enseignante Samantha (les prénoms ont été modifiés). Elle était en Grade 6 à la Loreto Junior School. Quelques temps auparavant, sa maman était tombée sur des messages de l’enseignant : «J’ai vu des messages sur WhatsApp, il lui disait qu’elle était jolie, de lui envoyer des photos qu’elle avait prises en classe… Sur le coup, ça m’a interpellée qu’un prof parle ainsi à une enfant. J’ai posé des questions sur les photos… Puis, j’ai confisqué le téléphone, écrasé la SIM. Je dois avouer que je suis passée à autre chose.»
Ce n’est que plus tard, lorsque l’école la contacte pour que sa fille parle avec un avocat qu’elle comprend l’ampleur de ce qui se serait passé. On lui parle de messages qui auraient été échangés sur TikTok (Alice les avait effacés). Mais aussi de choses plus graves qui se seraient passées. Cette mère de famille raconte ce que lui a confié sa fille : «Je l’ai pressée de questions. Elle m’a avoué que son prof lui avait caressé la jambe, qu’il faisait des petits attouchements et qu’il lui avait demandé de l’appeler “papa”.» Aujourd’hui, la maman d’Alice ne veut pas brusquer cette dernière qui vient de faire son entrée au collège. «Quand je l’entends parler, j’ai l’impression que cet enseignant l’a manipulée, qu’elle était sous emprise. La dernière fois, elle m’a raconté à quel point elle s’inquiétait de sa nouvelle coupe quand je lui ai coupé les cheveux, car il lui disait qu’il aimait beaucoup ses cheveux…» Mais elle sait qu’il faudra qu’elle aille de l’avant, elle a prévu de contacter PedoStop et de se rendre à police.
Moira, meilleure amie de la victime et cosignataire de la plainte : «Il a abusé de sa vulnérabilité et de sa naïveté…»
«Tout a commencé lorsque j’étais en primaire. Ce prof s’est rapproché de ma meilleure amie. Il avait envers elle toujours des mots gentils, lui offrait un traitement de faveur. Il l’attendait après l’école pour la raccompagner à la maison dans sa voiture. Il nous déposait aussi aux leçons. Il lui répétait qu’elle était la seule à compter pour lui et restait constamment en contact avec elle. Ils se voyaient aussi au conservatoire puisque mon amie y prenait des cours. Il avait des commentaires et des gestes explicites envers elle alors qu’elle n’était qu’une enfant. Une fois au collège, il a commencé à abuser d’elle, ce qui a conduit à leur première relation sexuelle.
Il exerçait sur elle une vraie emprise psychologique, la manipulait : “Tu me comprends, ma femme ne me comprend pas.” Mon amie était fragile, ayant connu une enfance et une adolescence difficiles. Il a abusé de sa vulnérabilité et de sa naïveté, exerçant un chantage émotionnel et la menaçant de suicide lorsqu’elle a voulu mettre fin à leur relation. C’est allé jusqu’au harcèlement où il créait de faux profils Facebook pour la duper. Ce n’est qu’il y a un an et demi qu’elle a pleinement réalisé ce qu’elle avait subi. Ça a été très dur. Un choc terrible dont elle prend peu à peu la mesure. Elle fait aujourd’hui ce travail de reconstruction et je l’aide dans cette démarche. Nous sommes toutes les deux étudiantes en psychologie.
Nous n’avons pas pu porter plainte auprès de la police parce que nous ne sommes pas à Maurice, mais nous avons adressé notre plainte à l’école. L’école n’a pas su gérer ce problème : ils nous ont dit qu’il avait été suspendu, alors que, selon nos informations obtenues de certaines mamans, il continuait tout de même à garder le contact avec des enfants. L’école n’est clairement pas formée pour gérer ce type de situation, alors que la sécurité des enfants est en jeu. Nous avons l’intention de venir à Maurice et de porter plainte contre lui et contre l’école.»
L’enseignant soupçonné se refuse à tout commentaire
Nous avons tenté d’avoir une déclaration de l’enseignant montré du doigt dans cette affaire. Il n’a pas voulu nous faire de déclaration et nous a référé à son avocat qui nous a déclaré : «Je n’ai rien à vous dire.»
La direction de l’école ne souhaite pas réagir ; le ministère dit suivre l’affaire
Contactée, la direction de l’école n’a pas souhaité réagir alors que dans le Défi Plus du samedi 14 février, une responsable de l’Institut de Lorette assure que l'établissement a fait ce qu’il fallait. Du côté du ministère de l’Éducation, un communicant nous a assuré que les autorités suivent l’affaire depuis la publication de la vidéo, le vendredi 13 février, et qu’elles attendent un rapport dans les jours qui viennent.
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