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Urgence pour un sursaut national !

Les signes ne manquaient pas. L’issue ne pouvait qu’être fatale. Pourtant, encore une fois, il a fallu qu’une femme déjà victime de plusieurs années de violence meure, poignardée. Jaya n’avait que 23 ans et pendant que certains esprits indécents partagent la vidéo de son agression mortelle, ses deux enfants de 6 et 3 ans font la dure expérience de vivre sans leur mère, après que le papa meurtrier est passé aux aveux. Autre histoire, autre drame, toujours sur toile de fond de violence. Swastee avait quitté son compagnon parce que celui-ci se montrait agressif envers elle. Il a tué l’homme qu’il soupçonnait d’être l’amant de la jeune femme en la menaçant d’être la prochaine victime. Elle a eu plus de chance que Jaya.

 

Dans les deux cas, l’on retient que les couples étaient séparés, que les jeunes femmes voulaient fuir l’enfer de la violence, en refusant de continuer à survivre aux côtés de leur époux dangereux. Jaya avait même un Protection Order qui n’avait pas découragé son impitoyable mari malgré leur séparation. Ce qui fait dire à sa mère, complètement effondrée, que sa fille serait encore là si la loi était plus sévère envers les maris tyranniques. A-t-elle tort quand les signaux étaient visibles ?

 

De longues années de bleus au corps et à l’âme, des plaintes à la police, un kidnapping en mars dernier, où la jeune femme fut ligotée, rouée de coups, avant que son tortionnaire ne la laisse partir. Une arrestation, puis sa libération après avoir fourni une caution. Le 6 janvier, la jeune femme subit à nouveau l’agressivité de son époux qui essaie de l’étrangler devant sa petite fille de 6 ans. Des voisins s’interposent. Autant de souffrances endurées, sans que l’agresseur (de qui elle est séparée) ne soit inquiété, celui-ci ayant pu finalement mettre ses menaces à exécution : arracher la jeune mère à la vie. 

 

À quoi servent ces Protection Orders qui ne semblent être qu’une formalité ? Va-t-on continuer à assister, de manière impuissante, à d’autres drames ? Ne constate-t-on pas qu’il y a urgence, qu’il faut réclamer un sursaut national de l’opinion publique, que l’État doit montrer sa volonté politique, qu’il y a des décisions immédiates à prendre, car ces violences sont intolérables ? Ne comprenons-nous pas que nous avons atteint le fond ? Et qu’une absence de réaction forte s’apparente à une banalisation de la violence ? La liste était déjà assez longue en 2019 mais à peine un mois et demi depuis le début de l’année, l’on assiste à d’autres tragédies : à Quatre-Bornes, une femme de 59 ans est morte assassinée par son époux au début de janvier ; à Henrietta, un policier a fait feu sur Bhavish Roosun qui menaçait de tuer femme et enfant et qui a infligé un coup de sabre à son bébé d’un an. À Vacoas, le 14 janvier, Kistnen Veerabudren a été poignardé par sa femme Swasti qui a expliqué comment sa fille et elle étaient régulièrement brutalisées en montrant ses ecchymoses aux enquêteurs. L’épilogue se dessinait : soit c’était lui, soit c’était elle.

 

Toutes ces histoires doivent nous ouvrir les yeux car elles ne font que parler de nous, de notre société patriarcale, de cette mentalité où l’égalité n’est qu’un leurre, où les Mauriciennes en 2020 sont toujours victimes de ces hommes misogynes enfoncés dans leur domination, pensant que les femmes, sinon leur corps, les appartiennent. Très souvent, le système semble être tolérant, sinon complice. Comment raconter une agression à un policier qui lui-même est violent envers sa femme, comme on l’a vu cette semaine de la part d’un constable qui menaçait de tuer son épouse ?

 

L’heure est éminemment grave. Malgré l’arsenal juridique, la liste des victimes s’allonge. Et encore ! Combien de cas ne sont pas rapportés, combien de femmes ne veulent pas briser le silence par peur ? Pour combien de temps serons-nous spectateurs en ne regardant pas à côté, sous prétexte de ne pas «rant dan zafer menaz», alors qu’on est juste coupables de non-assistance à personne en danger ? Lutter contre les féminicides et toutes les formes de violence relève de l’intérêt national. Réclamons l’application des lois, attaquons-nous concrètement aux dysfonctionnements : un mari violent ne peut rester sous le toit familial et devrait être suspendu, comme ailleurs, de son autorité parentale, donnons aux victimes un meilleur accompagnement dans les postes de police, demandons des suivis obligatoires, éduquons nos enfants sur le respect de l’autre, dénonçons ces machistes qui se croient tout permis, que ce soit à la maison, sur le lieu de travail ou ailleurs.

 

Car c’est la somme de toutes ces tolérances, laisser-aller, libertés prises graduellement, qui finit par faire croire à un pouvoir supérieur de l’homme…

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