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Post-crise gouvernementale

Paul Bérenger mise sur le renouveau

22 novembre 2025

Une série d’engagements clés, une relance promise… et l’espoir d’un vrai nouveau départ. Le Premier ministre adjoint veut y croire.

Yeux qui s’illuminent et moustache qui frétille. C’est un retour de flamme. Un regard tourné vers l’avenir. Un nouveau départ. Des engagements solides pris de parts et d’autres. Lors de son point de presse, le samedi 22 novembre, le Premier ministre adjoint s’est concentré sur le positif, sur le renouveau. Après les remous de ces dernières semaines qui ont culminé en des menaces de départ, Paul Bérenger le dit : c’est une nouvelle page qui se tourne. Et il veut y croire : «Il y a eu des engagements sincères et totaux des deux partis. La volonté est là. C’est ce qui m’a fait modifier ma décision de partir. Alors, le pays profitera de la politique de l’Alliance.»

Désormais, il regarde l’année écoulée avec plus de distance : ces nominations «mal fer», cette «lenteur», ces «mécontentements» et ces «désaccords», c’est effacé. Il l’évoque même avec «fierté» : «C’est trop facile de voir ce que nous n’avons pas fait et d’oublier tout ce que nous avons réussi à faire.» Le plus «grand achievement» ? Débarrasser le pays du MSM. Ensuite, faire fondre la frayeur, tenir bon face à une «dette mortelle»… L’avenir s’annonce prometteur selon Paul Berenger : réforme électorale, changements au sein de la police, redressement à Air Mauritius. Il a parlé de tout ça et de plus encore.

Pourquoi il est resté. Lors de ses deux rencontres (les 15 et 17 novembre) avec le Premier ministre Navin Ramgoolam, plusieurs sujets ont été abordés, explique le leader du MMM. Et la décision de regarder dans la même direction a tout emporté : «À la lumière de tous ces engagements, c’est une relance de notre action gouvernementale. Cette crise aura des bons côtés pour l’avenir.» Quelles sont ces priorités mises en commun qui ont évité la rupture ? Faisons le point avec Paul Bérenger.

La réforme électorale : «Nous allons de l’avant le plus vite possible. Je parle en termes de quelques mois. La réforme électorale sera séparée des réformes constitutionnelles, mais elles viendront. La priorité, c’est la réforme. Il faut absolument abolir la nécessité que chaque candidat donne sa communauté. L’introduction d’une bonne dose de proportionnelle est essentielle. Il n’y a pas de désaccord sur la réforme. Mais il existe une nuance concernant le Best Loser System (BLS). Si Navin Ramgoolam et moi-même, nous sommes convaincus que le BLS n’est plus nécessaire, j’entends la crainte, la hantise d’une communauté. Ce n’est pas rationnel, mais c’est humain. En 1948, cette communauté n’avait réussi à élire aucun représentant. Alors, je suis pour le maintien de quatre élus correctifs sur une base communale pour les prochaines élections. Ensuite, le BLS s’en ira de façon naturelle. Mais s’il faut en finir avec le BLS, ce n’est pas un problème, même si j’aurais préféré passer par l’étape dont je parle.»

PS : «Ni Ramgoolam, ni moi ne sommes d’accord avec un nouveau recensement communal.»

La National Crime Agency. «Le travail se fera le plus vite possible. Nous travaillons dessus. Cette agence remplacera la Financial Crimes Commission et elle aura beaucoup de pouvoir. Elle affectera certains aspects de la police. Nous prendrons beaucoup de précautions. C’est une loi importante. C’est une priorité pour nous et nous essaierons de la présenter avant mars 2026.»

La situation à Air Mauritius. «La compagnie d’aviation nationale et toutes ses subsidiaires ont besoin d’un programme de relance et de réorganisation. Nous en avons parlé avec Navin Ramgoolam. Il faut également définir le rôle de Megh Pillay. De nouveaux board members seront nommés dans les jours à venir. Il est temps qu’Air Mauritius prenne un nouveau départ.»

La lutte contre la drogue. «Nous avons mis une nouvelle organisation sur pied. La loi est bonne. Mais j’ai noté certaines lenteurs. Nous voulons une accélération de notre combat. Il y aura de nouvelles nominations. Mais bon, c’est easier said than done ! Mais nous trouverons la formule nécessaire dans les jours à venir.»

  • Pour ou contre la dépénalisation du gandia ? Paul Bérenger estime que c’est, presque, un concept dépassé : «Les magistrats n’envoient pas en prison les consommateurs, comme c’était le cas dans le passé. Donc, dans une certaine mesure, ça se fait. Bizin sanz lalwa.»

  • Pour la légalisation, il est plus nuancé, dit-il, car le sujet est plus vaste : «Si on arrive à me convaincre que la légalisation permettra de combattre le synthétique qui fait des ravages, qui est accessible même aux plus jeunes, je suis pour. Je ne suis pas bloqué sur la question.»

La prison et la police. «Il y aura des changements. Un nouveau souffle. Nous en discutons encore mais il y a des nominations à venir. Nou pe pran nou letan, nou pe met latet ansam.»

  • Concernant le renouvellement d’un an du contrat du commissaire de police Rampersad Sooroojebally : «Je suis bien élevé. Enfin, plus ou moins. Je ne vais pas continuellement demander la même chose. Mais un contrat d’un an ne dure pas forcément un an. Néanmoins, il faut faire bien attention à ne pas diminuer l’autorité du CP, ce n’est pas mon souhait.»

Dynastie au MMM ? «Je mets au défi quiconque de venir prouver que je favorise Joanna Bérenger. Il n’y a pas de favoritisme, pas de dynastie. Ayant dit cela, je ne mettrai pas de bâtons dans la roue de son combat politique. Elle est libre. Je ne la handicape pas dans son action. J’admire son travail. Et elle n’est pas la seule, les jeunes du MMM font un travail formidable. Tout comme de nombreux jeunes du pays. Ce sont eux l’avenir.»

- Retour sur le vendredi 14 novembre. Concernant les allégations selon lesquelles il aurait demandé une réunion du Comité central (CC) mauve pour contourner le Bureau politique (BP), le leader du MMM réplique : «Le vendredi 14 novembre, j’étais très en colère. J’ai demandé au secrétaire général Rajesh Bhagwan d’organiser un BP suivi d’un CC samedi. Il m’a conseillé de pedale ziska lindi. Il a été de bon conseil. Des décisions, prises à chaud, auraient pu affecter notre pays.»

- «Je ne parlais que de moi.» Il n’aurait pas demandé au MMM de quitter l’alliance gouvernementale. C’est ce qu’affirme Paul Bérenger : «Je ne parlais que de moi. C’était lié. Mais à aucun moment, je n'ai demandé au MMM de quitter le gouvernement. (…) Je ne me suis jamais distancé du MMM, j’ai pris ma décision en tant que Premier ministre adjoint.»

- Ça reprend. «Nous tiendrons notre BP normal ce lundi 24 novembre, comme tous les lundis. Et le CC aura lieu le 29 novembre. Nous allons relancer le travail du parti.»

Pour plus de communication. Le PM adjoint souhaite des rencontres plus régulières avec Navin Ramgoolam. Tout comme le partenaire de l’Alliance, Rezistans et Alternativ, qui a fait parvenir une correspondance en ce sens aux dirigeants du Changement : «C’est logique et normal. Il faut le faire», dit Paul Bérenger.

Une conversation avec le président Macron. Trois sujets ont été abordés lors d’un «bref échange» : la coopération France-Maurice-Inde pour contrer les menaces terroriste, la drogue et la pêche illégale dans l’océan Indien. La question de Tromelin : «La position de la France n’a pas changé. Nous étions tombé d’accord avec le Premier ministre pour ne pas faire des propositions lors de la visite, mais pour attendre quelques jours.» Et finalement, la situation à Madagascar : «J’ai plaidé pour une aide régionale et internationale afin que le pays puisse réussir sa transition vers un avenir démocratique.»

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