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Paul Bérenger sans le MMM : what’s next pour le leader emblématique des Mauves ?

11 avril 2026

Le cœur se remettrait de tout. Même des plus grandes blessures. Maintenant que l’Assemblée des délégués du MMM a pris sa décision, celle de rester au gouvernement (voir hors-texte), le leader emblématique des Mauves se retrouve à la croisée des chemins. Et dans ces carrefours importants, il n’y a pas de panneau de signalisation. S’il a partagé qu’il envisageait la création d’un nouveau parti politique, lors d’une prise de parole en fin de semaine, Paul Bérenger a maintenu le suspense sur ce prochain move : il a fixé un rendez-vous pour ce lundi 13 avril. Au-delà de cette annonce qui se concrétisera ou pas, comment se placera Paul Bérenger au sein du MMM et sur l’échiquier politique en attendant les législatives prévues pour 2029, Shafick Osman, docteur en géopolitique, et Ashvin Gudday, militant politique et syndical, donnent des pistes de réflexion.

«Il est presque seul contre tous». Ashvin Gudday le concède. Paul Bérenger semble, aujourd’hui, isolé de la base militante. Une solitude nouvelle qui aura certainement un poids dans les décisions qui s’imposent à lui : démissionner du MMM ou pas, siéger dans l’opposition ou comme député indépendant de la majorité, créer un nouveau parti politique... «Paul Bérenger en est à son énième mal de crâne ! Mais cette fois, il est presque seul contre tous. Il est à la croisée des chemins. Et désormais, avec la décision de l’Assemblée des délégués, il doit se positionner et il n’a, peut-être, pas d’autre choix que de déserter son poste de leader du MMM et de laisser la bande des 15 continuer à diriger le parti sans lui.» Pour Ashvin Gudday, malgré les circonstances, «un MMM sans Paul Bérenger reste inimaginable».

«Un anti-gouvernement dans les rangs du gouvernement». Shafick Osman le relève. La situation est inédite et problématique. Maintenant qu’il est acté que le MMM reste au sein du gouvernement, les choses se compliquent pour Paul Bérenger mais aussi pour Joanna Bérenger et Chetan Baboolall. «C'est clair que Paul Bérenger devra choisir soit de quitter le parti soit de siéger en tant que simple député de la majorité, mais comme nous l’avons vu, c'est une situation compliquée à l'Assemblée nationale, et ce serait une première à Maurice, voire au monde, que quelqu'un qui agit comme un anti-gouvernement siège dans les rangs du gouvernement!», confie l’observateur. Ashvin Gudday est également de cet avis «Avec l'offensive d'Adrien Duval qui a soulevé un problème légal et même moral sur le sitting arrangement au Parlement, l’emblématique leader mauve doit prendre une décision.» Paul Bérenger siégera-t-il dans les rangs de l’opposition lors de la séance parlementaire du mardi 14 avril ou persistera-t-il à se présenter comme un backbencher du gouvernement ? Il faudra attendre les clarifications du principal concerné. Là où il n’y a pas de doute, c’est sur le fait que Chetan Baboolall et Joanna Bérenger s’aligneront sur sa décision.

«L’ombre qui plane». Néanmoins, il est encore possible que la route du MMM ne soit pas totalement écrite, malgré la décision prise par l’Assemblée des délégués. Ashvin Gudday rappelle les points soulevés par Paul Bérenger et qui pourraient lui permettre d’envisager d’autres avenues : «Paul Bérenger a soulevé des questions concernant la liste des délégués qui n’est pas mise à jour ou qui comporte des failles, ça fait partie des matters of concern.» Il pourrait bien s’appuyer dessus pour envisager de contester le vote. Néanmoins, le militant politique et syndical, le concède, «le cas de figure est différent des années 90 où il avait gagné une bataille juridique pour préserver le parti.» Néanmoins, rappelle-t-il, «Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ont bénéficié d’une vague de soutien assez conséquente.» Il évoque «une trentaine de démissions des militants postés dans des institutions pour assurer leur fidélité à Bérenger.» Même si l’Assemblée des délégués a tranché, ce choix ne refléterait pas forcément l’adhésion de la majorité des militants.es, donc. «La bande des 15», estime-t-il, aura du pain sur la planche pour obtenir un engagement plein et entier sur le court et long terme : «L’ombre de Paul Bérenger planera toujours sur les structures de ce parti.»

Faire marche arrière ? Les observateurs sont catégoriques : Paul Bérenger ne reviendra pas sur sa décision. Shafick Osman est – presque – catégorique : «Non, ce n'est pas possible, à mon avis. Mais, bon, tout est possible en politique, comme le veut l'adage.» «Connaissant son caractère, il ne le fera pas uniquement pour préserver son leadership au MMM», lance Ashvin Gudday. Et même si, dit-il, le député de Stanley-Rose-Hill «nous a habitué à des revirements de situation depuis plusieurs décennies». «Un retour en arrière pourrait être interprété comme un aveu de faiblesse. Même si l’angoisse de perdre son siège peut peser lourd dans la balance, je ne pense pas que ce sera suffisant pour qu’il fasse marche arrière», poursuit notre interlocuteur.

Un nouveau parti, une nouvelle vie. Pour Ashvin Gudday, Paul Bérenger s’est, déjà, tourné vers l’avenir : «Il a déjà évoqué la possibilité de créer un nouveau parti, ce qui veut dire qu’il anticipe déjà une transition.» Il estime, néanmoins, que la reconstruction ne sera pas aisée : «Il ne sera pas facile de rebâtir avec la conjoncture actuelle». Pour Shafick Osman, si «Paul Bérenger quitte le MMM et forme un autre parti», on peut s’attendre à du renouveau : «Cela devrait apporter en quelque sorte une dose de fraîcheur qui pourrait faire boule de neige avec les jeunes de ce nouveau parti en activité maximale (Joanna Bérenger, Nabil Moolna, Chetan Baboolall, entre autres). Ce nouveau parti pourrait rassembler diverses formations de l’opposition au-delà du Reform Party telles Linion Moris, le Rassemblement Mauricien, Les Verts Fraternels, Rama Valyaden, le Congrès Citoyen Mauricien, pour ne citer que celles-là.»

Des rumeurs de rapprochement. Paul Bérenger a, lui-même, allumé la mèche des spéculations. Ses propos flatteurs sur Sir Anerood Jugnauth et la dynamique de l’alliance MMM-MSM ont, vite, permis à la flammèche de devenir une rumeur incandescente. Ashvin Gudday estime que «tout est possible en politique surtout à Maurice». Il est d’avis qu’il y a bien des choses à décoder sur ce qui se trame actuellement: «Paul Bérenger dit qu’il ne souhaite pas être leader de l’Opposition…Comme par hasard, le leader du MSM annonce que la reconstruction du parti est en marche avec des nouvelles idées…Peu importe ce qui jaillira dans les jours à venir mais c’est sûr qu’il y aura des combinaisons et combines politiques en gestation. La marmite va être en ébullition et des scénarios surprenants vont en sortir.» Shafick Osman, lui, ne voit rien se profiler à l’horizon «pour le moment, du moins» : «Paul Bérenger aura le temps de voir les meilleures options possibles pour 2029, avec peut-être un rapprochement avec le Reform Party de Roshi Badhain et/ou le parti de Nando Bodha, le Rassemblement Mauricien.» Pour lui, «Paul Bérenger aura tout à perdre de s'allier avec Pravind Jugnauth car il sera complètement décrédibilisé, et il sera une proie facile pour le pouvoir.» Néanmoins, 2029 n’est pas dans deux jours : «À mon avis, ce sera une lutte à trois mais les prochaines élections législatives sont encore loin... Cela dit, Paul Bérenger, un vieux de la vieille, sait ce que le MSM pourra lui apporter, surtout après la confirmation des assises du parti orange au sein de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) voici quelques semaines...»

Le grand gagnant est… Pour Ashvin Gudday, cela pourrait bien être Paul Bérenger. Même s’il semble, aujourd’hui, être celui qui n’a pas été écouté et qui a été trahi : «Je me demande finalement, si ce n’est pas Paul Bérenger qui est le vrai bulldozer et qui a rasé tout sur son passage y compris son propre parti.» Un sacrifice aux noms des idéaux et des principes de bonne gouvernance, ça sonne bien : «Il semble avoir pris de l’avance ! On doit reconnaître qu’il a été le seul à dénoncer des scandales et à réclamer des changements. Il a été sur tous les dossiers chauds, la voix qu’il manquait : les nominations, l’affaire Mamy, la situation à la banque de Maurice et à Air Mauritius, la gestion des finances, entre autres…»

Assemblée des délégués - 306 représentants de branches sur 400 : Vote à mains levées : les Mauves restent au gouvernement

Une vague mauve a déferlé dans la salle municipale de Belle-Rose. Ce samedi 11 avril avait lieu l’Assemblée des délégués. Leurs représentants.es – des 306 branches sur 400 existantes selon Reza Uteem – devaient répondre à une question : est-ce que le MMM doit continuer son travail au sein de l’alliance gouvernementale ? Après plusieurs prises de parole des dirigeants du parti, et en l’absence du leader, Paul Bérenger, ces militants.es ont voté à main levée pour que les Mauves restent au gouvernement. La question du leadership de Paul Bérenger n’a pas été soulevée. Rajesh Bhagwan devait, néanmoins, dire : «Wi nou redevab pou seki Paul inn fer, so parkour, me la pe amenn nou dan presipis… Pa vinn dir zordi nou ban zwiser, nou bann zida.» Reza Uteem a, lui, rappelé l’importance de suivre les décisions des instances du parti et en a fait l’historique ; avant l’Assemblée des délégués, le Bureau Politique et le Comité Central avaient voté pour le maintien du MMM dans l’équipe gouvernementale. Ajay Guness l’a également souligné : «Kan MMM inn deside, respekte lavwa bann militan, sa se premie kitsoz enn demokrat fer. Apre vinn dir lasanble delege bidon ! Me kan sa lasanble ti servi ou, kan konstitision parti ti servi ou, li ti bon. Me kan li nepli servi ou, nepli bon ?» Dans une déclaration à Radio Plus, Paul Bérenger dit avoir pris note du ton des dirigeants du MMM, il a affirmé ne pas reconnaître cette Assemblée et a réaffirmé son intention de s’exprimer sur l’avenir après une réunion prévue ce lundi 13 avril.

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