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30 ans de combat contre le VIH/SIDA

PILS, une ONG au cœur de la riposte à Maurice

3 avril 2026

Joël Samy, Elodie Sanasee et Nicolas Ritter, tous de PILS.

Fondée en 1996, l’ONG Prévention Information et Lutte contre le Sida (PILS) célèbre, cette année, trois décennies d’engagement dans la prévention, l’accompagnement et la défense des droits des personnes vivant avec le VIH. Passant de mouvement citoyen à acteur incontournable de santé publique, l’organisation a su s’imposer comme un pilier de la lutte contre l’épidémie à Maurice. Une opportunité de faire le point sur ce qui a été accompli et sur les enjeux à venir.

Trente ans après sa création, PILS demeure en première ligne dans la lutte contre le VIH/SIDA à Maurice. Née dans un contexte de méconnaissance et de forte stigmatisation, l’organisation s’est progressivement structurée pour devenir une référence nationale en matière de prévention et de prise en charge. Au fil des années, PILS a élargi son champ d’action, allant bien au-delà des campagnes de sensibilisation. L’ONG intervient aujourd’hui directement sur le terrain, notamment auprès des populations les plus vulnérables, à travers des programmes de proximité et des actions de dépistage. Elle assure également un accompagnement psychosocial essentiel pour les personnes vivant avec le VIH, contribuant à améliorer leur qualité de vie.

Parallèlement, l’ONG joue un rôle actif dans le plaidoyer, en défendant les droits humains et en luttant contre toutes formes de discrimination liées à la maladie. Son engagement s’inscrit aussi dans une dynamique de collaboration avec les autorités sanitaires et des partenaires internationaux, renforçant ainsi l’efficacité de la riposte nationale. De simple initiative citoyenne à organisation structurée, PILS incarne aujourd’hui un modèle d’engagement durable. Alors que de nouveaux défis émergents, notamment chez les jeunes et face à l’évolution des modes de transmission, l’ONG entend poursuivre sa mission avec la même détermination. Trente ans après, le combat continue. Ce n’est pas Joël Samy, nouveau directeur exécutif de PILS, qui dira le contraire.

Il vient de prendre ses fonctions en janvier dernier et se dit prêt à relever le défi. «Mais je ne prétends pas pouvoir y arriver seul. Il faut que tous se mobilisent», a-t-il déclaré lors d’une rencontre officielle avec la presse le 1er avril, tout en précisant que «PILS est bien ancrée à Maurice» et que le problème du VIH/SIDA «n’est pas que le problème de PILS» car il concerne tout le monde. Le nouveau directeur exécutif s’appuie sur les derniers chiffres fournis par le ministère de la Santé pour soutenir ses propos. «Les chiffres sont en hausse. Mais les résultats sont positifs dans la plupart des cas. Nous prévoyons une série d'événements cette année. Il y aura, entre autres, des consultations et des actions communautaires car la stigmatisation demeure encore forte.»

Nicolas Ritter, considéré comme une figure emblématique du combat contre le VIH à Maurice, ayant brisé les tabous, défendu les droits des patients et contribué à transformer la réponse nationale face à l’épidémie, est toujours fidèle au poste chez PILS. Lors de cette rencontre avec la presse, il est revenu sur les 30 ans de l’ONG ; une association qu’il a fondée avec ses proches et amis en 1996 et qui a largement contribué à faire évoluer les mentalités et la réponse au VIH dans le pays.

«Nous avons accompli un sacré parcours. Nous avons été la première association à faire un plaidoyer pour des soins contre le VIH. Nous espérons avoir fait évoluer les mentalités mais les défis sont persistants. Les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé sont inquiétants.» Et même s'il remet en question la base de données car, pour lui, il reste encore beaucoup à faire en matière de dépistage, il estime que celle-ci démontre que nous sommes face à un véritable problème actuellement en matière de VIH.

L’épidémie s’arrêterait si...

La figure de proue de PILS est toutefois d’avis que si tout le monde se faisait tester et accédait au traitement, l’épidémie s’arrêterait. Il souligne que nous avons la taille du pays qui le permet ainsi que le niveau d’éducation, les ressources et les outils nécessaires. «Pourtant, on est encore là à se battre de façon civilisée, à essayer de trouver des solutions, à innover. C’est un problème complexe et la réponse n’est pas simple, elle est multiple, mais j’en veux beaucoup au manque de suivi. Les engagements sont pris dans les colloques et forums mais lorsqu’il faut appliquer les mesures concrètement, avec rigueur, on ne le fait pas. On retourne en arrière», s’indigne-t-il.

Nicolas Ritter pointe ainsi du doigt les politiques. *«Ça a été le cas en 2014 et 2015 avec l'arrivée de l’ancien régime qui a jeté à la poubelle toutes les bonnes choses faites dans le passé. On a bien vu comment la NATReSA a été foutue à la poubelle, le programme de la Méthadone menacée ainsi que les autres programmes de réduction des risques en général. Ce sont des signaux très négatifs qu’on envoie à la population. Ça a eu un impact très direct sur l'épidémie aujourd’hui avec la recrudescence des cas.» *

Un changement de mentalité des Mauriciens est grandement requis, dit-il. «Nou bizin aret dir : pa pou mwa pou li sa ek ousi mwa mo pa koumsa sa, mo pa konserne. Zordi tou Morisien inn konpran ki ladrog li partou. C’est la partie visible. La partie invisible, ce sont les virus et les pathologies que certaines personnes sont en train de développer avec l’usage de drogues et qu'elles peuvent transmettre à d'autres si celles-ci ne sont pas soignées. Mais c’est vraiment une question de mentalité et, malheureusement, ça prend beaucoup de temps. En attendant, il faut que les processus soient bien mis en place et respectés au ministère de la Santé et dans le secteur privé. C'est déconcertant de voir qu’aujourd’hui, en 2026, les secteurs public et privé n’arrivent toujours pas à travailler ensemble sur le VIH/SIDA comme ils l’ont fait pendant la Covid», affirme Nicolas Ritter.

En clair, il constate qu’il n’y a aucune collaboration. «Est-ce que ce n’est pas quelque chose d’important ? Lors de nos rencontres, nous faisons de grands plans, des plans d’action, etc. Les personnes impliquées sont très compétentes et de bonne volonté pour élaborer ces plans, mais lorsqu’il s’agit de les mettre en œuvre, c’est un souci. Ce n’est pas un problème de financement : il y a un blocage. Peut-être que certaines personnes ne souhaitent pas que ces programmes fonctionnent. On peut également se poser la question : certains décideurs politiques ne veulent-ils pas soutenir ces politiques ou se sentent-ils mal à l’aise face à ces enjeux ? Je n’ai pas la réponse.»

Quoi qu'il en soit, 2026 représente un tournant important pour PILS, qui ambitionne de renforcer son engagement et de redynamiser ses initiatives pour l’avenir. Car le combat contre le VIH/Sida continue de plus belle... 30 ans plus tard.

Examens CD4 et charge virale : deux indicateurs clés

Il semblerait qu’il y ait des problèmes en ce moment avec les examens CD4 et la charge virale au niveau du ministère de la Santé. Nous avons d’ailleurs évoqué le sujet avec Nicolas Ritter. Il explique qu’il est également en présence de certaines informations troublantes à ce sujet. «J’ai également eu vent de ces informations. J’ai appris que les tests se font au compte-goutte en cas d’urgence. J’ai demandé des explications aux autorités. Je n’ai pas eu de retour à ce jour. Les examens CD4 et la charge virale sont très importants. Il y a des conséquences qui peuvent toujours exister. On navigue à l’aveugle. Les examens CD4 et la charge virale sont essentiels pour un bon suivi», souligne Nicolas Ritter.

Dans le suivi du VIH, le test CD4 et la charge virale jouent des rôles complémentaires pour évaluer l’état de santé du patient. Le test CD4 mesure la force du système immunitaire en comptant les cellules de défense de l’organisme. Plus le taux est élevé, mieux le corps peut lutter contre les infections. Un niveau très bas peut indiquer un stade avancé, lié au SIDA. La charge virale, elle, indique la quantité de virus dans le sang. Une charge virale faible ou indétectable signifie que le traitement fonctionne efficacement. En clair, le CD4 montre la résistance du corps, la charge virale révèle l’activité du virus. Nous n’avons pu confirmer la véracité de ces informations avec le ministère de la Santé. Keshav Jokhun, Senior Advisor dudit ministère, n’est pas revenu vers nous à cet effet.

Candle Light le 17 mai : entre recueillement et partage

Pour marquer d’une pierre blanche son 30e anniversaire de présence à Maurice, PILS lancera officiellement ses activités avec la traditionnelle Candle Light. Cet événement annuel aura lieu le 17 mai au Caudan. La dernière édition avait réuni environ 3 000 personnes. Les organisateurs s’attendent à voir plus de monde pour cette présente édition. La Candle Light s’impose à Maurice comme une expérience à la fois symbolique et sensorielle, mêlant émotion, intimité et spiritualité. Un simple décor de bougies qui devient un véritable langage d’émotions. Dans un contexte commémoratif, il prend la forme de veillées où l’on se rassemble pour rendre hommage, notamment lors d’événements liés au VIH. La lumière vacillante des bougies symbolise alors le souvenir, la solidarité et l’espoir.

Quelques chiffres inquiétants…

14 000 Mauriciens vivent avec le VIH/SIDA.

400 nouveaux cas sont testés chaque année.

549 nouveaux cas de VIH ont été enregistrés à Maurice en 2024, soit une augmentation de 44% par rapport à l’année précédente. La moitié de ces infections est liée à des rapports hétérosexuels non protégés, tandis que 45% concernent des personnes qui consomment des drogues injectables. Les jeunes âgés de 24 à 34 ans sont les plus touchés par cette hausse.

5 à 6% de la population active est atteinte de la Syphilis.

4% de femmes enceintes sont atteintes de la Syphilis.

10 030 Mauriciens ont été testés positifs d’octobre 1987 à juin 2025, dont 7 144 hommes et 2 886 femmes.

2 292 décès ont été enregistrés de 1987 à aujourd’hui.

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