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31 janvier 2026 19:16
Durant ces dix jours de jeûne, les kovils de l’île ont accueilli des performances musicales dévotionnelles à l’occasion du Thaipoosam Cavadee. Une initiative portée par de jeunes passionnés pour qui la musique spirituelle est une discipline, un art, une passion et un héritage culturel.
La musique est puissante. Elle transperce, transporte et traverse les barrières. Elle élève l’âme et unit les cœurs. C’est là tout le pouvoir de la musique. Lors d’une célébration, chaque note appelle à la dévotion et donne vie à la prière. Au cœur de ce Thaipoosam Cavadee cette année, des jeunes artistes mauriciens ont choisi de faire vibrer cette célébration religieuse grâce à leur musique spirituelle.
Beaucoup ont pu découvrir ces derniers jours le groupe Arohara Music qui a présenté la reprise d’un chant dévotionnel très connu à l’occasion du Thaipoosam Cavadee, qui est célébré aujourd’hui par les Mauriciens de foi tamoule à travers l’île en l’honneur du dieu Muruga. Leur vidéo, dans laquelle on les voit interpréter leur reprise au Ganga Talao, a fait le tour des réseaux sociaux. Outre leur musique, c’est aussi leur dévotion et leur simplicité qui a touché le cœur des dévots dont certains suivent le groupe dévotionnel depuis 2024. Le groupe est composé de quatre membres : Kevisen, chanteur principal et percussionniste, Shivessen, également chanteur, Reddy à la guitare et Adhiraj aux percussions. À la base, ces quatre jeunes étaient un groupe de thappu, un instrument de musique tamoul, qui réalisaient des covers de chants spirituels.
Face à l’engouement suscité par leur talent et leur musique, le groupe a très vite commencé à donner des représentations notamment chaque mois au Masik Shivratri à Grand Bassin. «Notre première grande performance a eu lieu lors du Govinden Thiruvizha l’an dernier, une expérience très marquante et enrichissante qui a confirmé notre envie de continuer dans cette voie. Aujourd’hui, Arohara Music est un groupe uni par la foi et la musique, ouvert également à des collaborations avec d’autres artistes partageant le même esprit» confie Kevisen.
Pour cette année, ils ont donc choisi le «Thiruneer Ennai Kaakum», une chanson écrite et composée par Dato Jegathesan, un Malaysien. «C’est un chant dévotionnel dédié à Lord Muruga, qui évoque la protection divine à travers le viboothi (la cendre sacrée), le Vel, son arme sacrée, ainsi que les liens familiaux divins avec Shiva, Parvati et Ganesha. À travers ces paroles, le fidèle exprime une relation très intime avec le dieu, se présentant comme son enfant, cherchant sa présence, sa protection et lui offrant même ses larmes comme forme d’adoration. Pour nous, cette chanson unit profondément la religion hindoue et transmet un sentiment de foi, de protection et d’abandon spirituel total. C’est un chant qui nous habite depuis longtemps, et le fait de l’avoir interprété à Grand Bassin lui a donné une dimension encore plus forte. Le retour du public, notamment après qu’elle soit devenue virale sur Facebook, a confirmé l’impact émotionnel et spirituel de ce chant.»
Émotion spirituelle
Les membres d’Arohara Music en sont convaincus : la musique dévotionnelle enrichit l’expérience des fidèles pendant ce moment de grande bénédiction. «Comme le dit notre slogan, «Lamizik Nou Devotion», nous exprimons notre foi à travers la musique. Lors de Thaipoosam Cavadee, la musique dévotionnelle joue un rôle essentiel car elle enrichit profondément l’expérience spirituelle des fidèles. Elle peut induire des états de transe et créer une atmosphère à la fois électrisante et méditative, aidant les dévots à dépasser la fatigue physique et la douleur tout au long de leur parcours. Les bhajans, chargés d’émotion et de ferveur, accompagnent les fidèles et les guident spirituellement, créant un lien direct avec le divin et renforçant la dimension sacrée de cette célébration» souligne Kevisen.
À travers leur musique, Kevisen, Shivessen, Reddy et Adhiraj souhaitent transmettre au public une vraie émotion spirituelle. «Notre message au public est avant tout un appel à l’unité. Nous souhaitons exprimer notre dévotion à travers une musique qui touche l’âme et rassemble les cœurs. Nous encourageons particulièrement les jeunes à s’impliquer, à jouer de la musique et à participer à ces événements religieux, afin de préserver vivantes nos cultures et traditions. La musique dévotionnelle est, pour nous, un lien précieux qui unit les générations et nourrit la foi. Nous souhaitons à tous un Thaipoosam Cavadee plein de dévotion.»
Cette passion, le violoniste Pooven Murden, très connu dans le monde de la musique spirituelle et carnatique depuis 2012, la vit aussi pleinement tout en la partageant avec le public mauricien. Cette année, de concert avec le Henrietta Ramar Temple et le Bel Air Siva Soopramaniar Temple, il a organisé le «10 Days of Divine Cavadee Performances». En effet, pendant tout le carême, le RaagaLayam Band a fait le tour des kovils pour présenter leur musique. Et cette fois, ils avaient une invitée spéciale. «Depuis trois ans, nous faisons venir des artistes de l’Inde pour participer aux célébrations du Thaipoosam Cavadee. Cette initiative répond à un objectif bien précis. En 2024, nous avons accueilli Dr Vaikom Vijalaxmi, en 2025 Harshini Netra, révélée par Junior Super Singer, et cette année Anagha C., chanteuse de Zee Sa Re Ga Ma Pa, originaire du Kerala. Chacun de ces artistes porte un message fort. Dr Vaikom Vijalaxmi est une artiste en situation de handicap visuel, Harshini Netra était une enfant prodige, tandis qu’Anagha C. est étudiante en mathématiques (BSc) poursuivant la musique parallèlement à son parcours universitaire. Leurs parcours démontrent que la musique est une discipline à part entière, au même titre que toute autre matière. Elle exige étude, rigueur et discipline, peut être exercée de manière professionnelle et permet d’atteindre de grands sommets.»
Au cœur de leur art se trouve le mridangam et le violon qui occupent tous deux une place essentielle dans la musique qu’ils proposent. «Ils constituent la base rythmique et mélodique de la musique classique indienne, assurant l’accompagnement indispensable qui soutient et sublime la voix» explique Pooven Murden. Faire le tour des kovils et donner des performances chaque soir, confie-t-il, n’est pas une mince affaire. Il y a derrière une vraie préparation et une dévotion à toute épreuve. «Chaque année, nous veillons à varier les kovils, afin que chaque temple et chaque fidèle puisse faire l’expérience de la richesse et de la ferveur d’une prestation dévotionnelle professionnelle. Cette mission est menée en grande partie par le Henrietta Ramar Kovil et le Bel Air Kovil, qui ont organisé, avec moi, les déplacements des artistes. En toute sincérité, se produire pendant des heures, en continu et en direct, est un exercice exigeant. C’est un effort à la fois physique et mental, car nous jouons assis en tailleur et interprétons des compositions complexes, riches en improvisations, qui demandent une grande concentration. Cependant, au fil des jours, une véritable synergie s’installe. Une fois la prestation terminée, nous nous sentons énergisés. C’est toute la beauté des arts vivants : nous donnons au public, mais nous recevons aussi énormément en retour.»
Pour Pooven Murden, la musique occupe une place centrale dans la spiritualité hindoue. Elle a même, dit-il, un rôle fondamental comme vecteur de dévotion et de transmission culturelle entre les générations. «Dans l’hindouisme, comme dans de nombreuses autres religions, la musique est intimement liée à la dévotion et à la spiritualité. Le Sama Veda est d’ailleurs entièrement consacré à l’aspect musical des rituels védiques. La musique est l’une des formes d’adoration spirituelle, et elle est aussi considérée comme l’un des moyens les plus simples et les plus directs de communiquer avec le divin. À travers mes prestations durant ces dix jours, j’ai voulu aider le public à comprendre l’importance de la musique dans notre culture, en particulier celle de la musique pratiquée de manière professionnelle. La musique est un langage universel, et les jeunes y sont naturellement sensibles. Elle peut devenir un puissant outil pour rassembler les générations futures autour de nos racines, de nos valeurs et de nos traditions.» C’est là, explique-t-il, toute la force et la beauté de la musique lorsqu’elle est portée par l’âme et le cœur.
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