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Par Michaëlla Seblin
1 février 2026 07:00
L’entrée en vigueur du permis à points – après une année d’attente et quelques confusions administratives – consolide l’image d’un gouvernement capable de concrétiser ses engagements quand la volonté est réelle. Dans un pays où le nombre de morts sur les routes ne cesse de donner des sueurs froides, avec déjà 19 victimes pour le seul mois de janvier, et où les épisodes de road rage semblent devenir banal, il était urgent que la sécurité routière soit vue comme un enjeu national.
Cette nouvelle réalité rappelle le projet initial du permis à points de 2012, instauré par le gouvernement travailliste mais enterré lorsque le MSM accéda au pouvoir en 2014. Aurions-nous connu moins d’accidents si ce type de permis avait été appliqué dès cette époque ? Difficile de le dire, mais on peut affirmer qu’une prise de conscience plus précoce aurait probablement émergé chez les automobilistes avec la menace d’une suspension de permis en cas d’infractions répétées.
Cet exemple nous rappelle qu’il est des enjeux qui devraient dépasser les clivages partisans au lieu de privilégier des éternels bouleversements au gré des alternances. Chaque cinq ans, un nouveau gouvernement débarque avec sa feuille de route, introduit des mesures que son successeur finira par enterrer, souvent sans même évaluer l’efficacité de ce qui a été mis en place. C’est ainsi que nous assistons, impuissants, à une logique de refonte systématique dictée non par l’intérêt national mais par l’alliance au pouvoir.
Le volet éducatif est un des principaux secteurs où la politique efase refer prend effet après chaque arrivée à l’hôtel du gouvernement. C’est ainsi qu’avec l’alliance du changement, les critères d’accès au HSC ont connu une énième modification, avec cette fois un minimum de 3 credits, alors que le Foundation Programme remplace l’Extended Programme et que le kreol morisien, longtemps attendu, trouve (enfin !) sa place parmi les matières proposées en HSC.
Et si dans quatre ans, une autre équipe prend les commandes du pays, faudra-t-il s’attendre à de nouveaux virages ?
Cette impossibilité à dépolitiser notre système local projette l’image d’une classe politique incapable de s’asseoir autour de la même table et de privilégier l’intérêt supérieur du pays (pour reprendre une expression qu’ils adorent) sur de grands sujets d’intérêt national qui dépassent leurs agendas immédiats.
S’il y a un autre exemple qui traduit la difficulté des politiques à faire preuve d’intelligence collective, c’est celui de la réforme électorale. Alors que le gouvernement a choisi d’ouvrir les discussions de manière large en invitant la société civile, les syndicats, les partis parlementaires et extra-parlementaires à faire des propositions (ce qui est salutaire), voilà que le MSM – pourtant considéré comme l’un des blocs traditionnels – boude cette démarche, estimant que la première proposition devrait venir du gouvernement lui-même.
En prenant pour prétexte que jusqu’ici il y a seulement eu les pistes lancées par le Vice-Premier ministre, le MSM demeure dans une posture figée : au gouvernement de proposer, à l’opposition de critiquer, et pas question de construction commune.
Alors qu’il y a un consensus sur la pertinence d’une réforme électorale, alors qu’il n’y a pas – pour une fois – une urgence des urnes, alors qu’une majorité de formations – considérées comme petits partis – ont joué le jeu en partageant leurs visions, valables dans plusieurs cas, le MSM décide de fermer une des rares portes pouvant réunir des politiciens de tous bords pour partager leurs idées, susceptibles de faire évoluer Maurice. Son ancien partenaire, le PMSD, prend désormais la même direction et ne fera pas de proposition non plus. L’avenir nous dira si, malgré l’absence de collaboration de ceux-là, l’alliance du changement pourra mener à bon port une réforme électorale, qui figure dans chaque programme gouvernemental, mais qui s’est révélé jusqu’ici un projet mort-né. Est-ce que le gouvernement réussira là où ses prédécesseurs ont échoué ? Est-ce qu’à l’exemple du permis à points, la réforme électorale consolidera l'image d'une équipe capable de concrétiser ses engagements ?
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