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Quand le vote du Finance Bill provoque des remous

1 août 2026

Le député du no 19 est le seul élu de la majorité à avoir voté contre les amendements à la réforme des pensions. Il a été démis de ses fonctions quelques heures plus tard par le Premier ministre.

Décidément, le sujet de la réforme du système des pensions n’a pas fini de créer la polémique. Le Finance Bill 2026 et l’Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill ont été adoptés par l’Assemblée nationale dans la soirée du vendredi 31 juillet. Ce qui permet de mettre en oeuvre les mesures annoncées dans le Budget 2026-2027. Et lors du vote sur la clause 12 du Finance Bill, portant sur la réforme des pensions par des amendements au National Pensions Act, 55 députés se sont prononcés en faveur du texte, tandis que six ont voté contre, dont le Junior Minister au Tourisme Sydney Pierre. Les autres voix contre sont celles du leader de l’opposition Joe Lesjongard, de Paul Bérenger, de Johanna Bérenger, de Franco Quirin et de Chetan Baboolall. Sauf que le vote de Sydney Pierre n’a pas du tout été apprécié dans les rangs du gouvernement. Quelques heures plus tard, il a été officiellement révoqué en tant que Junior Minister du Tourisme par le Premier ministre qui a qualifié son action de «totalement inacceptable». À l’heure où nous mettions sous presse, le député du no19 ne s'était toujours pas exprimé publiquement. Le vote du Finance Bill 2026 et de l’Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill, surtout s’agissant de la réforme des pensions, a aussi, évidemment, provoqué les courroux des partis de l’opposition, de la classe syndicale et de multiples citoyens dont beaucoup se sont exprimés sur les réseaux sociaux. Non, décidément, cette histoire passe mal et n’a pas fini de provoquer des remous.

Sydney Pierre : un vote contre, une révocation, une onde de choc politique et des réactions

Sa compagne Géraldine : «Il a pris sa décision et (...) il va bien»

«Je me suis engagé en politique pour transformer la vie des gens. Si je peux apporter un peu plus de bonheur autour de moi, ce sera quelque chose de positif dans ma carrière...» C’est ce que nous avait confié Sydney Pierre en novembre 2024, alors qu’il venait tout juste d’être élu député pour la première fois au n° 19 (Stanley–Rose-Hill), lors des élections générales qui ont vu la victoire de l’Alliance du Changement.

Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, est-ce cette conviction qui l’a motivé dans son «move» politique qui fait tellement parler de lui ? En tout cas, dans son entourage, on dit qu’il est resté fidèle à ses valeurs. Car aujourd’hui, Sydney Pierre est connu comme étant à l’origine du vote qui a éclipsé tous les autres ce vendredi 31 juillet, lors de l’adoption du Finance Bill au Parlement. En effet, celui qui était jusqu'alors Junior Minister au Tourisme s’est retrouvé sous le feu des projecteurs en votant contre son propre gouvernement. Un geste qui lui a coûté son poste, le Premier ministre Navin Ramgoolam ayant décidé de le révoquer quelques heures plus tard.

Le vote sur la clause controversée du Finance Bill 2026 (portant sur la modification de la National Pensions) s’est soldé par 55 voix pour, six contre et cinq absents. Sydney Pierre a donc voté contre la ligne de son gouvernement. Et du côté de l’opposition, Joe Lesjongard (leader de l’opposition), Paul Bérenger, Joanna Bérenger, Chetan Baboolall et Franco Quirin ont aussi dit non. Pour justifier la révocation de Sydney Pierre, Navin Ramgoolam a estimé qu’un membre du gouvernement est tenu d’assumer la responsabilité collective des décisions prises par le Cabinet. Selon lui, si un ministre ou un Junior Minister n’est pas en mesure de soutenir un projet de loi défendu par son gouvernement, il ne peut continuer à siéger au sein de l’exécutif. Cette décision a alors déclenché de vives réactions au sein de la classe politique, notamment de Paul Bérenger, leader du Fron Militan Progressis, et Joe Lesjongard, leader de l’opposition, entre autres, qui lui apportent leur soutien.

Ce bouleversement politique intervient dans un contexte où le Finance Bill, particulièrement son volet consacré aux pensions, continue de susciter des controverses dans le pays. Dans la révocation du Junior Minister au Tourisme, l’opposition voit une atteinte à la liberté de conscience des parlementaires, tandis que plusieurs observateurs dénoncent un signal de fermeté envoyé à la majorité. À l’inverse, le gouvernement défend le principe de la solidarité ministérielle, estimant qu’un membre de l’exécutif ne peut s’affranchir de la ligne gouvernementale.

Nous avons essayé d’avoir une réaction de Sydney Pierre depuis sa révocation, en vain. Sa compagne, que nous avons eue au téléphone, nous a, elle, fait la déclaration suivante : «Je ne suis pas au pays en ce moment. Je ne peux rien dire pour l’instant. Il a pris sa décision. Je lui ai parlé et il va bien. Il est le seul à savoir pourquoi il a pris cette décision. Je ne peux rien dire d’autre à ce sujet.»

Dans son entourage, cette affaire est bien évidemment très commentée. «Je connais Sydney depuis longtemps, j’ai travaillé avec lui pendant les élections. Il a été un Junior Minister hyper talentueux et professionnel. C’est quelqu’un de profondément honnête et qui ne reniera jamais ses origines. Il fera tout pour aider le pays et il l’a prouvé une fois de plus. Je le soutiens totalement dans ce qu’il a fait et je vais rester à ses côtés s’il a besoin de moi», nous confie une personne qui l’a côtoyé ces dernières années.

Un professionnel

Un autre interlocuteur ayant travaillé avec l’ex-Junior Minister apporte aussi son soutien à celui-ci. «Je suis moi-même un professionnel dans le milieu du tourisme et je connais Sydney depuis très longtemps. C’est quelqu’un avec qui j’ai fait campagne depuis des années avec le PTr. C’est quelqu’un qui a toujours gardé sa parole et qui a des convictions. Je reconnais donc tellement Sydney avec son vote. Je l’ai appelé ce samedi d’ailleurs pour le féliciter. C’est quelqu’un qui va jusqu’au bout de ses convictions», nous dit notre source en parlant du parcours de l’ancien Junior Minister. «Quand on connaît son parcours, d’où il vient et comment il est arrivé là où il est, on reconnaît forcément que c’est un grand professionnel dans le milieu du tourisme, pas seulement à Maurice, je dirais même dans l’océan Indien, en Afrique... Il a le respect de toute la communauté internationale : européenne, asiatique entre autres. Il est connu mondialement. On n’arrive pas là par hasard. C’est quelqu’un qui a quitté un travail très lucratif et un style de vie. Il n’a pas hésité à sacrifier tout cela pour défendre les intérêts du peuple. Il a sacrifié son style de vie pour aider la population. Pour moi, c’est quelqu’un qui n’a qu’une parole et il a tout mon respect pour cela», ajoute notre interlocuteur.

Et comment va-t-il depuis sa révocation ? «Je lui ai parlé ce samedi matin et j’ai senti qu’il est serein dans sa position. On se parle beaucoup depuis, avec quelques amis du PTr. Pour un groupe de personnes, c’est normal qu’un député puisse dire non à quelque chose parce qu’il suit sa ligne de conduite. Certaines personnes comme moi pensent que c’est tout à fait normal, tout à fait louable. Nous sommes très étonnés par la tournure des choses et par sa révocation simplement parce qu'il a exprimé son opinion. D’autres trouvent que, quand on fait partie d’une équipe, on doit tous voir les choses de la même façon. En tout cas, quand je lui ai parlé, il m’a semblé bien et serein.» Et qu’en est-il de son futur politique ?

Notre interlocuteur n’a pas pu nous donner de réponse ni des indications à cet effet. En refusant d’appuyer le Finance Bill, le député Pierre, qui a bâti sa carrière dans le milieu du tourisme, ayant officié notamment comme PDG dans l’hôtellerie et la conservation, et qui est détenteur d’un BA (Hons) de Birmingham University et d’un Master Degree de l’ESSEC (France), a tout simplement voulu marquer son désaccord avec les dispositions touchant à la réforme des pensions.

Père de quatre enfants – Malachie, William, Prisca et Sara – et grand-père de trois petits-enfants – Lydie, Benyamin et Nathan –, ce cinquantenaire nous confiait dans une précédente interview qu’il puisait sa force dans sa famille, qui est à la source de son équilibre. «Le plus important, c’est de le soutenir et de l’aider à vivre comme il se doit ces différentes étapes dans sa nouvelle vie de politicien. Il récolte les fruits de son travail et de son investissement, et surtout, c’est pour une bonne cause : l’avancement du pays. On est contents pour lui», nous confiait Géraldine au moment où Sydney Pierre commençait sa nouvelle vie de politicien.

Le député du no19, autour duquel il y a moult interrogations concernant son avenir politique, est aussi connu pour son engagement social depuis une trentaine d’années. Il s’était ainsi récemment exprimé en faveur du maintien de la pension universelle tout en reconnaissant les difficultés budgétaires héritées du passé. Il plaidait également pour davantage de transparence sur les chiffres des finances publiques avant toute réforme d’envergure.

Voilà quelque temps donc qu’il se retrouve au-devant de l’actualité. Ainsi, lors de son meeting à La Louise, Roshi Bhadain avait lancé un appel à Sydney Pierre pour qu’il vote selon sa conscience et non selon la discipline de parti. Le Junior Minister, alors encore en poste, lui avait rétorqué que sa réponse viendrait au moment du vote.

Ce vendredi, Sydney Pierre l’a donnée de la manière la plus spectaculaire : par un «non» qui a fait voler sa carrière ministérielle en éclats, tout en faisant de lui l’homme dont tout le pays parle...

«Il a pris sa décision. Je lui ai parlé et il va bien», nous confie Géraldine, la compagne de Sydney Pierre. Dans un précédent article, ce dernier nous parlait de sa famille comme étant à la source de son équilibre.

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