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Relations toxiques : l’ombre des traumas d’enfance

16 janvier 2026

On swipe à droite ou à gauche les relations en 2026 ? Les bonnes, on garde. Celles qui posent problème, on oublie ? Ce n’est pas si simple que ça, vous le savez bien ! Vivre ou être au contact avec une personne qui anticipe sans cesse la trahison, qui garde ses distances, qui contrôle pour ne pas perdre pied, ce n’est jamais aisé. Vous reconnaissez quelqu’un.e ? Ou alors ces traits parlent de vous ? Derrière ce portrait souvent qualifié de «toxique», certains.es psychologues voient moins une intention froide qu’une immense insécurité affective, profondément enracinée. Une méta-recherche récemment publiée en parle et interroge : ces comportements relèvent-ils d’un choix conscient ou d’une histoire relationnelle cabossée, qui se rejoue à l’âge adulte sous des formes détournées ? Derrière certaines stratégies de contrôle se cache parfois un enfant qui n’a jamais appris que l’amour pouvait être sûr, avance l’University of Macau qui fait le lien entre machiavélisme et attachement, deux concepts qui se répondent. Pour en savoir plus, lisez ce qui suit.

Une étude fait le lien. Une méta-analyse publiée en 2026 dans le Journal of Social and Personal Relationships apporte un éclairage précieux au débat entourant les traumas de l’enfance et les comportements toxiques. Menée par une équipe de l’University of Macau, elle compile 27 études regroupant 13 791 participants, issus d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Les résultats sont clairs : il existe une corrélation réelle mais modérée entre attachement «insécure» et traits de personnalité machiavéliques. Un lien qui ne scelle pas un destin, mais dessine un terrain de vulnérabilité, rassurez-vous. Avoir vécu des traumas dans l’enfance ne fait pas de vous le prochain Machiavel !

Vous avez dit machiavélique? Inutile d’imiter un rire machiavélique en lisant ces prochaines lignes ! Le machiavélisme désigne, en fait un style de personnalité caractérisé par la manipulation stratégique, une vision cynique des relations humaines et la conviction que «la fin justifie les moyens». Les personnes qui obtiennent des scores élevés sur cette dimension ont tendance à se montrer émotionnellement détachées, à percevoir les autres comme des instruments plutôt que comme des partenaires, et à privilégier le contrôle au détriment du lien. Ce trait fait partie de la «triade sombre», aux côtés du narcissisme et de la psychopathie, souvent associée à des comportements durs et exploitants sur le plan relationnel.

Attachement et figure de soin. La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby puis Mary Ainsworth, s’intéresse aux liens précoces entre l’enfant et ses figures de soin. Lorsque ces figures sont disponibles, cohérentes et prévisibles, un attachement «sécure» se construit. L’enfant intègre alors deux croyances fondamentales : je suis digne d’amour et les autres sont globalement fiables.

À l’inverse, lorsque l’environnement est instable, intrusif, négligent ou effrayant, se développent des styles d’attachement «insécure» :

– Anxieux, marqué par une peur intense du rejet et un besoin constant de validation ;

– Évitant, caractérisé par un inconfort face à l’intimité et une survalorisation de l’autonomie ;

– Désorganisé ou craintif-évitant, mélange paradoxal de recherche de proximité et de fuite paniquée.

Ce que révèle l’University of Macau. Pour explorer le lien entre ces styles d’attachement et le machiavélisme, les chercheurs ont combiné les données de 27 études utilisant des échelles psychométriques validées. Leur analyse statistique met en évidence une corrélation positive globale entre attachement  «insécure» et traits machiavéliques : un effet significatif, mais qui indique un risque accru, non une fatalité (qu’on se rassure !). Les résultats deviennent plus parlants lorsque l’on s’intéresse aux sous-types. Les styles d’attachement désorganisé et craintif-évitant sont ceux qui présentent les associations les plus fortes avec le machiavélisme. Selon les auteurs, ces profils sont souvent issus d’environnements où les figures parentales ont été vécues à la fois comme indispensables et menaçantes. Cette contradiction fondamentale empêche l’enfant de développer des modèles relationnels stables.

À l’âge adulte, cela peut se traduire par une coexistence douloureuse entre besoin d’intimité et peur extrême de la dépendance, nourrissant suspicion, hypervigilance et hostilité latente. Les individus anxieux, eux, peuvent recourir à des tactiques manipulatoires pour obtenir attention et réassurance : culpabilisation, dramatisation, chantage affectif. Les évitants privilégient plutôt la froideur émotionnelle et la distance comme stratégie de protection.

Les chercheurs soulignent également la présence de biais de perception : les signaux sociaux positifs sont minimisés, tandis que les indices de rejet sont amplifiés. Dans ce prisme déformé, le monde relationnel devient dangereux, et l’idée s’installe que «mieux vaut manipuler que se faire avoir», selon la formulation même reprise dans l’article.

Les traumas de l’enfance, terreau invisible des stratégies adultes. Ce que cette étude suggère en filigrane, c’est le rôle central des traumas relationnels précoces. Grandir dans un climat imprévisible, humiliant, violent ou émotionnellement désertique ne laisse pas seulement des souvenirs douloureux : cela façonne la manière dont le cerveau apprend à aimer, à faire confiance et à se protéger.

Chez certains, la manipulation devient une stratégie de survie apprise, une carapace forgée très tôt pour garder le contrôle dans un monde perçu comme instable. Il ne s’agit pas d’excuser des comportements destructeurs, mais de les recontextualiser : ce qui apparaît comme de la dureté peut masquer une peur archaïque de l’abandon ou de l’anéantissement émotionnel.

Une lecture moins stigmatisante. Les auteurs de la méta-analyse rappellent plusieurs limites importantes. Les données sont corrélationnelles : elles ne permettent pas d’affirmer que l’attachement «insécure» cause le machiavélisme. D’autres facteurs – environnement familial globalement hostile, stress chronique, vulnérabilités individuelles – peuvent nourrir les deux. De plus, certains modérateurs, comme le genre ou la nature de la figure d’attachement (parents, partenaires amoureux), restent encore insuffisamment explorés.

Pour aller plus loin. Ces résultats invitent à dépasser une vision purement morale de la manipulation. Travailler, en thérapie, à développer un attachement plus «sécure» pourrait réduire progressivement le recours à ces stratégies défensives. Alors, en 2026, si vous vous reconnaissez dans ces explications, faites le pas pour vous et ceux.celles que vous aimez, allez voir un professionnel de santé mentale.

Pour les proches, comprendre cette dimension n’implique pas de tout tolérer, mais peut aider à poser des limites claires sans sombrer dans le rejet ou la diabolisation.

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