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Pour répondre à Joanna Bérenger, il lance «mo pena disan kolon»

Reza Uteem : son image politique mise à l’épreuve

30 mai 2026

Les échanges entre les deux élus ont été diversement commentés sur les réseaux.

Échange tendu à l’Assemblée nationale le 26 mai. Les propos du ministre du Travail ont choqué et ont mené à de nombreuses interrogations…

Un dérapage verbal. C’est ainsi que certains soutiens de l’alliance gouvernementale qualifient la formule utilisée par Reza Uteem à l’Assemblée nationale le mardi 26 mai. Toutefois, plusieurs voix politiques estiment que l’expression employée est difficile à justifier, en raison des sensibilités historiques et identitaires qu’elle touche à Maurice. Ce glissement langagier, jugé raciste par certains, peut-il laisser des traces durables dans la trajectoire politique du ministre? Éléments de réponse.

Retour sur les faits. Ce mardi-là, la députée Joanna Bérenger interrogeait le ministre du Travail sur les conditions de travail des travailleurs migrants. Elle l’a notamment questionné sur une travailleuse bangladaise employée comme carer auprès de sa mère, en exprimant des inquiétudes sur ses conditions de travail et sur les actions découlant de son départ inexpliqué (voir hors-texte). L’échange s’est rapidement tendu, et le ministre a lancé «mo pena disan kolon mwa», déclenchant une vive polémique. La controverse s’est poursuivie sur les réseaux sociaux, où Joanna Bérenger a réaffirmé son engagement en faveur des droits des travailleurs étrangers. Reza Uteem a, par la suite, présenté ses excuses sur Facebook, reconnaissant que ses propos avaient dépassé sa pensée.

Une position politiquement solide. Selon un membre du MMM, le poste de Reza Uteem n’est pas menacé au sein de l’alliance gouvernementale : «Pas de rupture, pas de mise à l’écart. Une erreur peut arriver, il l’a reconnue. Le dossier est clos», affirme-t-il. En interne, certaines discussions auraient toutefois eu lieu pour l’amener à revenir sur ses propos. «L’attaque était trop personnelle, below the belt. Il a eu du mal à prendre du recul, mais il a compris l’importance des excuses», ajoute notre interlocuteur. Dans une logique de coalition, la stabilité politique reste prioritaire, surtout après la récente rupture avec Paul Bérenger.

Du côté du PTr, un membre estime que les responsables politiques doivent faire preuve de retenue : «Être politicien, c’est savoir se contrôler. Il peut y avoir une certaine liberté de ton au Parlement, nou kapav agas nou kamarad, mais il ne faut pas basculer dans des propos à connotation raciste», affirme-t-il, évoquant un malaise certain mais sans gravité. Il dit ne pas savoir si le Premier ministre est intervenu directement, mais pense que des messages ont été transmis. Certains collaborateurs soulignent néanmoins que cet épisode ne doit pas occulter le travail du gouvernement.

Une image fragilisée. Pour un ancien proche, Reza Uteem s’est «tiré une balle dans le pied». Selon lui, cet épisode fragilise son image politique sur plusieurs plans : son engagement auprès des publics vulnérables, sa maîtrise du langage institutionnel et sa capacité à maintenir un débat apaisé avec l’opposition. Il estime que le choix des mots n’est pas anodin en politique et que cet épisode restera associé à son parcours : «On ne peut pas empêcher les gens de se demander si ce genre de discours, c’est sa vérité à lui.» Un autre ancien camarade va dans le même sens, estimant que le ministre a offert un point d’attaque à ses adversaires. «Il sera toujours associé à ce terme, et en politique, cela ne s’efface pas facilement», dit-il.

Pas une fatalité. Selon un proche collaborateur du ministre, il faut avancer : «Ça peut arriver à chacun d’entre nous : nou sap lor kal. Surtout quand il y a provocation. Il faut se concentrer sur le travail considérable abattu par le ministre.»

Disparition de Monowara Begum : une affaire qui soulève des questions

De quoi parle-t-on ? L’affaire concerne Monowara Begum, travailleuse bangladaise recrutée en 2023 pour s’occuper de la mère du ministre du Travail Reza Uteem. Elle aurait quitté le domicile de ses employeurs en avril 2026 dans des circonstances floues et n’a plus été revue depuis. Sa disparition est devenue publique après avoir été évoquée au Parlement le 26 mai lors d’un échange entre le ministre et Joanna Bérenger. Reza Uteem affirme, lui, que le permis de travail a été obtenu et renouvelé normalement, sans son intervention.

Des interrogations… Le haut-commissariat du Bangladesh à Maurice a lancé un avis de recherche uniquement pour cette personne – Une promesse de récompense de Rs 100 000 pour toute information permettant de la retrouver a été circulée. L’origine de cette demande n’est pas connue ; Reza Uteem a précisé qu’elle n’émanait pas de sa famille – Une vidéo faisant un appel pour retrouver la personne concernée inquiète.

Ce qui inquiète. Les syndicats estiment que l’affaire révèle des failles dans le suivi des travailleurs migrants. Faizal Ally Beegun affirme que des milliers de travailleurs bangladais seraient hors radar administratif. Ils dénoncent aussi les risques et réclament un meilleur encadrement et une meilleure coordination institutionnelle. La diffusion d’un appel à témoins sur les réseaux sociaux, qui émanerait du haut-commissariat, est critiquée comme un signe de manque de coordination officielle dans la gestion du dossier. Les observateurs demandent des mécanismes plus transparents et un suivi renforcé des cas similaires à l’avenir.

Au niveau des autorités. La police poursuit ses recherches. Aucune plainte pour abus n’a été enregistrée auprès de la Special Migrant Workers Unit. Rien n’indique à ce stade une exploitation, mais aucune confirmation officielle n’a été apportée.

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