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Par Qadeer Hoybun
6 janvier 2026 09:31
Depuis toujours, Ruben Bacha rêvait de fouler l’asphalte du Nürburgring, circuit mythique et référence mondiale du sport automobile. Le Mauricien a finalement pu vivre cette expérience exceptionnelle à trois reprises.
Aussi connu sous le nom de Nordschleife ou «l’Enfer vert», le Nürburgring fascine les amateurs de sport automobile. Situé à Nürburg, dans l’ouest de l’Allemagne, il figure parmi les circuits les plus mythiques, aux côtés de Silverstone et Monaco. Long de 20,8 km, il a accueilli la Formule 1 jusqu’aux années 70, avant la construction d’une piste de Grand Prix adjacente. C’est également sur ce tracé que Niki Lauda a été victime d’un grave accident en 1976, lors du Grand Prix d’Allemagne.
S’il n’accueille plus la F1 ni les courses de moto, le circuit reste le théâtre de compétitions prestigieuses comme la World Touring Car Championship (WTCC) et les 24 Heures du Nürburgring. Les constructeurs automobiles y effectuent aussi des essais et des lancements de prototypes.
La piste est par ailleurs ouverte aux amateurs à travers les Tourist Laps, permettant de rouler dans un cadre sécurisé. Trois options existent : utiliser sa propre voiture, louer un véhicule préparé ou effectuer un tour en Taxi Ride avec un pilote expérimenté. Un tour coûte 30 euros en semaine et 35 euros le week-end pour les conducteurs avec leur propre voiture.
Ruben Bacha s’est, à chaque fois, rendu à Nürburg au volant d’une voiture appartenant à un proche. «Lorsque j’étais étudiant en Angleterre, je suivais Top Gear avec Jeremy Clarkson. Le Nürburgring revenait souvent dans l’émission et je me suis toujours dit qu’il fallait que j’essaie un jour», raconte-t-il.
Il réalise son premier tour en 2009, puis y retourne en 2024 et une troisième fois en septembre 2025. «La première fois, j’étais seul. Ensuite, j’y suis allé avec des amis pour partager cette expérience unique. C’est à la fois grisant et intimidant. Ce n’est pas un hasard si on l’appelle l’Enfer vert : 170 virages, un tracé en forêt, des changements constants de dénivelé et des portions aveugles. Il faut rester concentré du début jusqu'à la fin, d’autant plus que d’autres voitures arrivent parfois à très haute vitesse», explique-t-il.
La célèbre citation de Jackie Stewart – «Si un pilote dit qu’il n’a pas peur sur le Ring, soit il ment, soit il ne va pas assez vite» – résume parfaitement l’expérience. De nombreux pilotes professionnels, dont Max Verstappen, viennent d’ailleurs s'exercer.
Un parcours forgé sur les circuits
Ruben Bacha possède une solide expérience en sport automobile. Il a évolué en karting avec Club100 de 1997 à 2000, puis en Formula Ford Championship en 2001 et en Uniroyal Cup Challenge entre 2002 et 2004, sur des circuits comme Donington Park et Silverstone. Il a également pratiqué la course de moto, notamment au Dubaï Autodrome, et s’est formé à la Silverstone Race School, au sein de la même promotion que le Britannique Paul Di Resta (pilote de DTM, de WEC et de F1 notamment des écuries Force India et Williams).
Sur la Nordschleife, le Mauricien a opté pour la prudence et n’a pas cherché à approcher le record du tour, établi autour de cinq minutes. «Les erreurs ne pardonnent pas ici», souligne-t-il.
«Je roule à environ 60 %. Mes amis me font confiance et savent que j’ai l’expérience. Avec une voiture standard, je peux boucler un tour en 10 à 11 minutes. Le circuit n’a rien à voir avec la route : on roule très proche les uns des autres et la moindre erreur peut être fatale. Mais cette expérience permet surtout de mieux comprendre ses limites. Elle rend plus calme et plus lucide au volant», affirme-t-il.
Convaincu des bienfaits du sport mécanique, Ruben Bacha estime qu’un circuit automobile à Maurice aurait un impact positif sur le comportement des conducteurs, contribuant à réduire les accidents et le phénomène de road rage.
Il appelle toutefois à la prudence. Le projet d’un circuit à Maurice est ancien, mais il reste coûteux et exige de vastes espaces. Accueillir la F1 ou le MotoGP impliquerait des investissements colossaux, sans garantie de rentabilité à long terme.
Pour lui, l’essentiel est de construire une infrastructure adaptée aux besoins locaux. «Le pays est prêt, mais il ne faut pas dépasser nos moyens. Le circuit de Buddh, en Inde, a coûté des milliards et est aujourd’hui à l’abandon», rappelle-t-il.
Il préconise un circuit plus modeste, long de 1,5 à 2,5 km et large de 12 à 14 mètres, modulable et capable d’accueillir voitures et motos, des compétitions régionales, ainsi que des activités de formation et de prévention routière.
Ruben Bacha cite notamment les circuits japonais de Tsukuba (2,045 km) et de Spa Naori (1,43 km), qu’il juge parfaitement adaptés à des championnats de moindre envergure. «Il n’y a pas que la F1 et le MotoGP. D’autres compétitions peuvent être organisées et attirer des pilotes de la région», souligne-t-il.
Selon lui, un circuit de taille moyenne serait plus rentable et accessible. Des coûts de location raisonnables encourageraient la participation du public et des compétiteurs, avec la possibilité d’un agrandissement ultérieur.
Dans l’attente des résultats de l’étude de faisabilité gouvernementale, Ruben Bacha se dit prêt à apporter son expertise au projet. Il en profite pour inviter le ministre des Sports, Deven Nagalingum, et le ministre du Transport, Osman Mahomed, à visiter les circuits de Tsukuba et de Spa Naori, avant de leur proposer un tour du Nürburgring pour découvrir le track day le plus emblématique au monde.
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