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Pritam Mokram, 41 ans, fauché mortellement par une voiture à Khoyratty

Sa mère Neeta : «Limem ti papa ek mama pou so tifi»

18 janvier 2026

Neeta est inconsolable car tout lui rappelle le vide laissé par son fils.

Cela faisait 10 ans qu’il élevait seul sa fille de 15 ans. Véritable papa gâteau, il travaillait dur pour s’assurer qu’elle ne manque de rien et espérait lui donner la meilleure éducation possible. Après qu’elle a brillamment réussi à ses examens de NCE, Pritam Mokram, 41 ans, se réjouissait à l’idée de l'accompagner dans son nouveau collège pour son admission à la rentrée des classes. Hélas, c’est sans son pilier et le coeur en miettes que l’adolescente a dû reprendre le chemin de l’école cette semaine. Pour cause, le samedi 10 janvier, le quadragénaire n’a pas survécu après avoir été renversé par une voiture à Khoyratty. Ses proches, anéantis, se confient.

Sa famille n’a jamais ressemblé à celle des autres : elle n’était âgée que de 5 ans lorsqu’elle a vécu la séparation brutale de ses parents. Aujourd’hui âgée de 15 ans, cette jeune fille a grandi avec un père qui avait, toutefois, toujours su gommer le vide maternel en la couvrant d’amour. Autour d’elle, tous les membres de leur entourage disent la même chose : Kailash Mokram, plus connu sous le nom de Pritam, était un père exemplaire qui assurait pour deux. «Mo garson ti enn mama ek enn papa pou so tifi. So zanfan ti so priorite. Li ti pe rinte pou li pa mank nanye», affirme Neeta. Il avait rendu la vie de sa fille suffisante en érigeant autour d’elle un univers complet, au point où elle n’avait jamais senti le besoin de regarder en arrière. Et pour le lui rendre, l’adolescente s’était toujours appliquée afin de transformer tous les rêves qu’il avait pour elle en réalités. En décembre dernier, elle a fait sa fierté en décrochant d’excellents résultats aux examens du National Certificate of Education (NCE). Elle allait être transférée au collège Droopnath Ramphul à la rentrée des classes, comme l’avait toujours souhaité son père. Hélas, c’est avec le cœur lourd et privée des encouragements de son plus grand supporter qu’elle a enfilé son nouvel uniforme bleu ciel et intégré sa nouvelle école cette semaine, quelques jours seulement après que son pilier lui a été brusquement arraché dans un accident de la route.

Domicilié à Congomah, Pritam Mokram, 41 ans, avait quitté sa maison aux aurores le samedi 10 janvier pour se rendre sur son lieu de travail, à Khoyratty. Il était ferrailleur. En tant que père célibataire, cela lui arrivait souvent d’effectuer des heures supplémentaires pour se faire plus d’argent car il ne voulait pas que son unique enfant soit privé de quoi que ce soit. «Il se démenait pour sa fille. So travay ti vinn koumadir so deziem lakaz», nous relate sa mère Neeta. Ce qui n’était, cependant, pas dans ses habitudes, c’était de ne pas informer sa famille au préalable les jours où il rentrerait tard. Ce soir-là, Neeta avait commencé à s’inquiéter de ne pas le voir rentrer. Elle avait essayé de joindre son fils sur son cellulaire, sans succès. «J’ai contacté sa sœur, qui habite à Baie-du-Tombeau, pour savoir s’il s’était rendu chez elle après ses heures de travail mais elle ignorait où il se trouvait. Mo garson so kouzin ti laba, li'nn sey sonn li li ousi me li pa'nn gagn li.» Les minutes suivantes, lorsque le cellulaire dudit cousin a sonné, celui-ci a cru qu'il recevait enfin le retour d’appel tant attendu mais c’est une voix qui ne lui était pas familière qu’il a eue au bout du fil ; il s’agissait d’un officier de police. «Il lui a annoncé que Pritam avait était victime d’un accident et lui a demandé d’apporter sa carte d’identité au poste de police de Terre-Rouge pour les démarches. Kan zot finn anons mwa sa nouvel-la, mo'nn asize mo'nn plore», lâche Neeta, émue.

L’accident de Pritam Mokram est survenu aux alentours de 20 heures sur la Nationale M3, à Khoyratty, non loin de son lieu de travail. Lorsque les forces de l’ordre sont arrivées sur les lieux, elles ont trouvé la victime gisant inerte sur le bas-côté de la route, saignant des oreilles. Sans tarder, les secours ont été sollicités mais le médecin du SAMU n’a pu que confirmer son décès en arrivant sur les lieux une vingtaine de minutes plus tard.

L’enquête policière a établi que le quadragénaire a été percuté par une voiture conduite par une habitante de Plaine-Magnien âgée de 36 ans. La conductrice a été soumise à un alcootest, qui s’est avéré négatif. Elle a ensuite été conduite au poste de police de Terre-Rouge pour être questionnée sur les circonstances de la tragédie. Aux enquêteurs, elle a indiqué qu’elle circulait de Verdun en direction du rond-point de Khoyratty lorsque l’accident s’est produit. Elle aurait été aveuglée par les phares d’un véhicule circulant dans le sens inverse et n’aurait pas vu la victime traverser la route, la percutant de plein fouet. Après avoir donné sa version des faits, elle a été libérée sur parole et a comparu devant la Week-End Court le lendemain sous une accusation provisoire d’homicide involontaire. Par ailleurs, une autopsie a été pratiquée par le Dr Maxwell Monvoisin, Principal Police Medical Officer (PPMO) et a attribué le décès du quadragénaire à des cranio cerebral injuries.

Émotions gelées

La vie reprend difficilement son cours pour les proches de Pritam Mokram tant tout leur rappelle sa présence. À l’instar des rideaux neufs qui flottent dans la salle à manger, qu’il avait accrochés avec l’aide de sa fille et qu’il avait minutieusement choisis pour s’accorder au set de canapés qu’il avait acheté à l'occasion du Nouvel An. «Après avoir refait la décoration, il ne cessait de nous répéter que nous ne devrions plus passer par la porte avant pour entrer dans la maison car il voulait garder la pièce impeccable. Li ti pe dir nou ki nou pou asiz laba zis pou bann gran lokazion, kan pou resevwar fami lakaz. Il était si fier de ses achats ; il n’a même pas eu le temps d’en profiter», se désole sa mère, en larmes. Symboliquement, c’est dans cette même pièce que les membres de sa famille ont été reçus le jour de ses funérailles, le dimanche 11 janvier. Les jours d’après n’ont apporté aucun répit à Neeta ; ils n’ont fait que lui rappeler davantage le vide laissé par son fils.

Les yeux de Neeta s’ouvrent encore à 4 heures, chaque matin, par automatisme, puisque c’est l’heure à laquelle elle se levait tous les matins pour lui préparer son déjeuner avant son départ pour le travail ; un vieux réflexe qui lui brise désormais le cœur au quotidien. «Bondie finn pran li finn ale. Mo tousel kone ki mo'nn perdi. Li ti enn bon garson, pa lager, pa zoure, pa ti ena okenn vis. Li'nn toultan get so zanfan bien, li'nn donn li tou seki li bizin. Avan mem demann li kitsoz, li fini done. So sel rev sete ki so zanfan gagn enn bon ledikasion pou li gagn enn bon plas travay plitar», se désole sa mère.

La sœur de Pritam Mokram est tout aussi anéantie. Elle a également du mal à contenir ses larmes lorsqu’elle évoque les souvenirs précieux qu’elle garde de «sel dimounn ki ti pe appel moi "Di"». «Mwa ek li finn touzour viv korek. Sak fwa kan ena rakhee, li sonn mwa, li rod mwa, li demann mwa si mo pou vini. Li dir mwa ki li pou avoy transpor pou mwa. Kisana pou apel mwa "Di" aster ?» lâche-t-elle, le cœur brisé. Au milieu du chaos des sanglots, sa fille est la seule à ne pas avoir versé de larmes jusqu’ici ; non pas par indifférence mais parce que le choc semble avoir gelé ses émotions. «Se koumadir li'nn gagn enn sezisman, li ankor dan sok. Personn pa finn atann ki li ti pou kit nou koumsa», poursuit la sœur de la victime.

Le lieu du drame n’étant pas couvert par les caméras CCTV, «nous comptons sur la police pour qu’elle mène une enquête minutieuse pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort», lancent les proches de Pritam Mokram. En attendant que l’affaire soit bouclée, ils apprennent douloureusement à écrire un nouveau chapitre sur une page qui porte encore l’empreinte du précédent.

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