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Junior Sadou, 26 ans, retrouvé mort

Ses proches : «Il voulait sortir de l’enfer de la drogue, mais il n’y est pas arrivé…»

16 mai 2026

La drogue n’a plus de visage. Elle frappe sans distinction arrachant des jeunes à leur famille et à leur avenir. Cette semaine, Junior Sadou, 26 ans, a été retrouvé sans vie dans sa chambre. Pourtant, selon ses proches, le jeune homme, qui était très actif dans le scoutisme et la musique, semblait aller mieux ces derniers temps et souhaitait sortir de la spirale infernale de la drogue où il était pris au piège.

Il y a ce chagrin immense. Cette souffrance qui vous serre la poitrine et vous réveille la nuit. Cette sensation d’avoir le cœur si lourd qu’elle vous oppresse et vous fait perdre pied. Et puis, il y a toutes ces questions qui s’entremêlent et s’entrechoquent. Ces «pourquoi» et ces «et si ?» qui s’accumulent dans la tête et qui ne laissent aucun répit. Depuis que Kelly et Jhonahtan Sadou ont perdu leur petit frère Junior, le temps semble s’être arrêté. Difficile de réaliser, difficile d’accepter qu’il n’est plus là.

Retrouvé mort dans sa chambre dans la nuit du mercredi 13 mai par son neveu, le jeune homme, orphelin de père et de mère, laisse derrière lui une famille anéantie et des amis durement éprouvés. L’autopsie a révélé qu’il est mort d’un œdème cérébral et pulmonaire, probablement lié à la prise de drogue. Kelly Sadou, sa grande sœur, a du mal à évoquer son souvenir sans fondre en larmes. «Il était le petit dernier de la famille. Il ressemblait tellement à mon papa qu’on l’a appelé Junior. Il y avait 15 ans d’écart entre lui et moi alors je le considérais comme mon premier bébé. Je m’en occupais avant d’aller à l’école et c’est moi qui allais le récupérer à la garderie. Il m’a appris la patience car, comme tous les petits garçons, il était très turbulent et faisait pas mal de bêtises», confie-t-elle avec de l’émotion dans la voix.

Depuis l’annonce de cette terrible nouvelle, les hommages se succèdent sur les réseaux sociaux. Tous se souviennent avec émotion d’un jeune très populaire dans son village St-Aubin mais aussi ailleurs, de quelqu’un dont la joie de vivre était presque contagieuse. Passionné de musique, il animait souvent des soirées comme DJ. Il était également producteur de musique et l’un des fondateurs du studio BAD. Il prenait, par ailleurs, très au sérieux son engagement dans le scoutisme et était Assistant Scout Leader au sein du 1st Savanne Scout Group de Rivière-des-Anguilles qu’il avait rejoint à l’âge de 6 ans. Son frère, Jhonahtan, installé en Australie depuis quatre ans, a encore du mal à y croire. «Il était quelqu’un de populaire. Partout où il allait, les gens lui parlaient. Il avait toujours la bonne humeur. Comme on dit, li ti kontan pran nisa ek so kamarad. Il faisait rire les autres et partageait sa bonne humeur avec ceux qui l’entouraient.» Deux jours avant le drame, les deux frères s’étaient parlé. Pour Jhonahtan, rien ne laissait présager une telle fin. «Je ne m’y attendais pas du tout. Le choc est terrible.» Il venait de commencer un nouveau travail dans un hôtel du Morne, il y a à peine deux semaines, et semblait s’y plaire.

Un espoir

Il était jeune, respirait la vie, avait devant lui tout un avenir à construire, mais aujourd’hui, Junior incarne un autre visage : celui d’une victime de la drogue. Car oui, comme de nombreux jeunes, lui aussi avait fini par devenir prisonnier de cette spirale infernale, prouvant une fois de plus que ce fléau frappe sans distinction. Rien ne prédestinait Junior à connaître une fin aussi tragique, et pourtant...

Son addiction à la drogue, Jhonahtan et Kelly l’ont découverte il n’y a pas si longtemps. «C’est après le décès de notre maman en 2024 qu’il a changé. Ils étaient très proches car notre père est décédé lorsqu’il avait seulement 3 ans. Pour lui, sa maman était son poteau, sa plus grande force. Après son décès, il s’est senti perdu et seul, même si on a tout fait pour être là pour lui. Il est tombé dans une dépression et a fini par abandonner.» À cela, poursuit son grand frère, se sont ajoutées de mauvaises fréquentations et, petit à petit, Junior a fini par sombrer dans les drogues synthétiques. «Il voulait faire quelque chose de sa vie, aller loin, mais il ne savait pas quelle direction prendre. Il avait une tristesse en lui, une solitude, et il a fini par choisir un chemin qu’il ne fallait pas pour apaiser sa douleur.»

L’année dernière, Jhonahtan a fait venir son petit frère chez lui pour des vacances à l’occasion de son anniversaire, mais surtout pour l’éloigner de la drogue. «J’ai fait de mon mieux pour l’aider même si j’étais loin. Il est resté chez moi jusqu’au mois de janvier et tout allait bien. Il avait repris goût à la vie et me disait qu’il allait s’accrocher pour changer de vie. Il voulait venir s’installer en Australie et tout recommencer. Il est reparti à Maurice et devait revenir après un mois mais, manque de chance, ils ne l’ont pas laissé entrer dans le pays et ça l’a démotivé.»

Pourtant, poursuit Kelly, Junior était quelqu’un de très intelligent. Après quelques années au collège Imperial, il avait terminé sa scolarité au Curepipe College avant de suivre un cours d’électromécanique, mais tout a fini par basculer. «Des gens de l’endroit me disaient l’avoir vu avec certaines personnes et de faire attention. Quand je lui posais des questions, je sentais bien que quelque chose n’allait pas», confie Kelly.

Et même dans sa descente aux enfers, confie-t-elle, il restait quelqu’un qu’il était difficile de ne pas apprécier. «Il aimait manger, boire, danser, rigoler. Souvent, il me demandait de lui donner des sous en me disant qu’il me le rendrait en veillant sur mes enfants une fois que je ne serais plus là. Mais Junior ne parlait pas de ce qui le tracassait. Avec le décès de notre mère, c’est une partie de son cœur qui s’est arraché et il n’est jamais arrivé à le surmonter. Il gardait tout à l’intérieur.» Face à l’addiction, la famille l’a emmené dans un centre de désintoxication et il avait fini par être placé sous traitement de la méthadone. «Un jour, il a fondu en larmes. Il m’a dit qu’il voulait sortir de cet enfer, mais qu’il n’y arrivait pas. Je lui ai dit que nous étions là pour lui, mais que lui seul devait trouver la volonté d’arrêter.»

Malgré ces difficultés, Junior n’avait jamais complètement perdu ce qui faisait sa force. Il restait un scout actif, engagé dans les activités de son groupe. Valérie Antoine, sa cheffe scoute, dont il était très proche et qu’il appelait affectueusement «maman», se souvient d’ailleurs d’un jeune dévoué, responsable, farceur et apprécié de tous. «Il était un vrai scout. Il faisait toujours de son mieux sans rien attendre en retour. Il affrontait les difficultés avec courage, même s’il n’a pas été aussi fort face à ses propres problèmes. Je pense qu’on se souviendra toujours de son rire, de sa bonne humeur et de ses blagues.»

C’est tout cela qui fait que Jhonahtan et Kelly se posent mille questions. Leur petit frère montrait des signes d’amélioration et disait vouloir changer et reprendre sa vie en main. Kelly se souvient d’ailleurs que le jour de sa mort, Junior avait bien mangé et rigolé, et qu’ils avaient passé ensemble un bon moment. «Ce jour-là, je l’ai regardé avec fierté» confie-t-elle. Jhonahtan essaie, lui, tant bien que mal de faire face à cette terrible perte, mais reste dans l’incompréhension. *«Personne ne peut dire ce qu’il y avait dans sa tête. Il y a un an, un de ses bons amis s’est suicidé à cause de la drogue. Je me pose énormément de questions, mais je n’ai aucune réponse. J’ai toujours essayé de remplir mon rôle de grand frère et même de papa dans un sens, mais peut-être que ce n’était pas suffisant pour lui.» *

Junior, bien plus qu’un nom, bien plus qu’un chiffre. Derrière son histoire, c’est une autre vie arrachée trop tôt dans un contexte où la drogue continue de faire des ravages.

Kunal Naik : «La NADC va commencer une étude spécifique sur les jeunes et la consommation des drogues de synthèse»

Le nouveau CEO de la National Agency for Drug Control (NADC) ne reste pas insensible aux ravages causés par les drogues de synthèse. Kunal Naik explique que plusieurs actions ont déjà été enclenchées à travers la supply reduction, avec des instances clés telles que le Synthetic Containment et l’Early Warning System, qui constituent des axes prioritaires du National Drug Control Master Plan. La NADC est également présente sur le terrain, aux côtés des ONG ainsi que du ministère, dans le cadre des actions de prévention. «Nous allons développer un protocole national de prévention, incluant des modules intégrés dans les écoles. Nous allons également mettre en place un protocole national pour la réhabilitation, qui prendra en compte les drogues de synthèse, mais intégrera surtout une thérapie familiale. La division recherche de la NADC va aussi lancer une étude spécifique sur les jeunes et la consommation des drogues de synthèse», précise Kunal Naik.

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