Publicité
Par Elodie Dalloo
5 avril 2025 20:01
Il avait été retrouvé allongé sur un matelas au deuxième étage d’une maison à Plaine-Verte, ce mercredi 2 avril, éprouvant des difficultés à respirer et de l’écume lui sortant de la bouche. Conduit à l’hôpital, il avait dû être opéré d’urgence, ayant aussi subi d’atroces blessures à la tête. Ce n’est qu’après qu’il a rendu l’âme le lendemain qu’une autopsie a pu confirmer que Taisy Hussein, 35 ans, avait été victime d’une agression mortelle. Son père Nazir, bouleversé, raconte sa souffrance…
«Dan enn lakaz, enn paran se enn kolonn. Kan li rant dan laz, kolonn-la vinn frazil ; se so zanfan ki vinn so sipor. Azordi, se sipor lamem ki finn kit mwa finn ale.» Ces mots empreints de regrets, d’amertume et de tristesse viennent de la bouche d’un homme brisé, meurtri, dont le monde s’est écroulé brusquement ce jeudi 3 avril. Nazir Hussein avait tant voulu croire à un miracle. Après l’hospitalisation de son fils aîné Taisy, la veille, il avait tant espéré qu’il finirait par se remettre après son intervention chirurgicale. Hélas, les atroces blessures qu’il avait subies à la tête ont eu raison de lui.
L’autopsie pratiquée par les médecins légistes de la police Sudesh Kumar Gungadin et Prem Chamane ont attribué son décès à une fracture du crâne, confirmant la thèse d’un acte malveillant. Jusqu’ici, la Major Crime Investigation Team (MCIT), qui s’est saisie de l’affaire, a appréhendé deux suspects. Cependant, ces derniers continuent de nier avoir agressé cet habitant de Plaine-Verte de 35 ans et affirment l’avoir seulement retrouvé inconscient dans une maison. Le motif derrière cet acte barbare reste ainsi inconnu pour l’heure.
Dans sa localité, tout le monde connaissait Taisy Hussein sous le sobriquet de Bolom. D’ailleurs, même les membres de son entourage le surnommaient ainsi. Domicilié à la route des Pamplemousses, il vivait avec son père Nazir, sa belle-mère et son petit-frère. Ayant subi de graves blessures au bras il y a quelques années, il n’était plus en mesure d’exercer des métiers nécessitant beaucoup d’efforts. Il gagnait ainsi sa vie en cumulant de petits boulots. «Parfwa li ti pe vann dipin burger, parfwa li ti pe vann t-shirts», relatent ses proches.
Ce mardi 2 avril, jour férié à l’occasion des célébrations de la fête Eid ul-Fitr, il en avait profité pour se reposer en début de matinée. «Lorsque j’ai quitté la maison vers 6h30 pour aller à la mosquée, il dormait encore. À mon retour, vers 8 heures, il était toujours au lit. Nous sommes ensuite sortis pour rendre visite à des proches et aller au cimetière. Quand nous sommes rentrés, aux alentours de 13 heures, il était déjà sorti», avance Nazir. À aucun moment il ne s’est demandé où s’était rendu le trentenaire, car «li abitie ale vini», dit-il. En allant se coucher dans la soirée, il ne s’est pas non plus fait du souci pour son fils. «Je me suis dit qu’il rentrerait probablement un peu plus tard. Je ne me suis pas inquiété car cela pouvait même lui arriver de s’absenter plusieurs jours, mais il finissait toujours par rentrer à la maison.»
Très agité
Le lendemain matin, soit le mercredi 3 avril, poursuit-il, «de dimoun inn vinn get mwa lakaz pou demann mwa kisana mo ete pou Bolom. À ce moment précis, je me suis douté que quelque chose lui était arrivé, mais je ne m’étais pas imaginé que c’était aussi grave». Ces deux individus l’ont informé que «Bolom pe kime», et sans tarder, Nazir Hussein s’est rendu à la rue Karikal, dans la localité, près de la maison dans laquelle son fils a été retrouvé dans un état grave. À son arrivée sur place, celui-ci avait déjà été conduit à l’hôpital Dr. A. G. Jeetoo. D’après des témoins, c’est l’une des occupantes de cette maison, qui vit au premier étage, qui l’a retrouvé allongé sur un matelas au deuxième. Il avait du mal à respirer et avait de l’écume autour de la bouche. Elle aurait d’abord contacté le SAMU mais aucune ambulance n’était disponible. Ce sont les sapeurs-pompiers, dépêchés sur les lieux, qui se sont chargés de sortir le trentenaire des lieux et l’ont placé sur un brancard. Selon Nazir Hussein, «la police de Plaine-Verte n’a pas pu conduire mon fils à l’hôpital car la porte de leur véhicule ne s’ouvrait pas. Il a fallu que le poste de police de Vallée-Pitot envoie un véhicule pour qu’il y soit emmené».
Lorsque Nazir Hussein a retrouvé son fils à l’hôpital, celui-ci était toujours conscient mais très agité. «Ses vêtements étaient humides pour des raisons que j’ignore encore jusqu’ici», relate-t-il. Après que les médecins ont eu recours à un scan, ils ont constaté que le trentenaire avait de graves blessures à la tête.* «So lezo dan kote gos ti kase ek so latet ti vinn rouz dan kote drwat. Zot finn dir mwa bizin oper li deswit me finn fer mwa kone ki li ti ena 50% sans sirviv. Monn dir zot fer seki bizin me mo ti fini doute ki mo pou perdi li.» Après son intervention chirurgicale, Taisy Hussein a été transféré au département des soins intensifs. «Dokter ti dir mwa ki so lezo dan so latet finn kraze kouma biskwi. Zot finn dir mwa ki dimounn finn bizin bat li avek ek obze parski zis enn koutpwin pa ti pou kapav fer li gagn enn blesir parey*», lâche-t-il, le cœur lourd. Le lendemain, l’état de santé du jeune homme était loin de s’être amélioré. «Kan monn zwenn so dokter, li finn dir mwa ki finn ena bann konplikasion. So tansion ti monte, so batman leker ti ogmante. Zot finn dir mwa ki kot finn arive, mo zis kapav priye.»
Il avait tout de même fait don de son sang pour son fils avant de quitter l’établissement, sans se douter qu’une terrible nouvelle lui serait annoncée deux heures plus tard. Il était environ 11 heures lorsque la police l’a contacté pour lui annoncer le décès de son fils. «Li pa fasil perdi enn zanfan koumsa. Li ti pou pli fasil aksepte enn lamor natirel.» Au-delà de sa peine, sa douleur, Nazir Hussein déplore la manière dont la police de Plaine-Verte a mené cette enquête. Pour cause, «ils auraient dû limiter l’accès à l’endroit où il a été retrouvé dès le premier jour mais ne l’ont fait que le lendemain. N’importe qui aurait pu manipuler les preuves».
Il n’a pas, non plus, apprécié la manière dont un haut gradé de ce poste de police s’est adressé à lui et aux limiers de la brigade criminelle de Port-Louis Nord, venus prêter main-forte à ses hommes. Enfin, avance-t-il : «Se mwa ki finn bizin rod temwin pou amenn avek zot, se mwa kinn bizin fer zot travay.» Mais ce n’est pas tout : «Après le décès de mon fils, ils m’ont demandé de récupérer des documents à la NIC vu que sa carte d’identité était introuvable. À aucun moment la police ne m’a remis un mémo pour cette démarche lorsque j’ai quitté le poste ; j’ai dû faire des allers-retours à cause de leur omission. Eski se enn manyer travay sa ?»
Sans compter que, selon lui, «ils avaient interpellé un suspect, et pour des raisons que j’ignore, ils ont choisi de le relâcher. J’apprends à présent que les enquêteurs sont à la recherche de cet individu. Mo pa konpran kouma zot kapav fer bann travay koumsa.» À ce stade, la MCIT poursuit son enquête afin de retrouver d’autres individus qui seraient impliqués dans cette tragédie. Terriblement peiné, Nazir reconnaît que son fils n’était pas un enfant de chœur, mais qu’il était tout de même bourré de qualités. «Mo pa pou kasiet, mo zanfan ti pe droge, me a okenn moman linn lager avek kikenn. Il était un jeune homme respectueux, calme, et il avait bon cœur. Li ti ena bon manier ek li ti kontan rann servis.» Ce qui lui fend davantage le cœur, dit-il, «c’est lorsque j’ai constaté toutes les blessures qu’il avait également sur le corps quand je l’ai lavé avant les funérailles. Sa bann dimoun-la finn masakre li. Li ti ena mem bann tras morde lor so lekor». Son seul soulagement, c’est que «Dieu lui accordera certainement sa place au paradis car il a quitté ce monde sans l’avoir voulu. Se pa li ki finn rod sa».
Les funérailles de Taisy Hussein ont eu lieu ce vendredi 4 avril. Sa mère biologique, qui vit en France, a aussi pris l’avion pour assister à la cérémonie.
Publicité
Publicité
Publicité