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Des adieux émouvants 40 jours après la disparition de Yogeshwaree Ramchurn

Son père Prakash : «Je lui souhaite de trouver la paix où qu’elle soit désormais»

6 avril 2026

La tante et le père de la trentenaire n'ont pu contenir leurs émotions lors de la cérémonie.

Quarante jours après la disparition de Yogeshwaree Bhujun, 37 ans, et face à l’impossibilité de retrouver sa dépouille, les membres de son entourage ont choisi de briser le silence de l’absence. Ce vendredi 3 avril, sa famille a célébré sa vie pour libérer son âme en démarrant les rites sacrés à Lallmatie et en lui disant un ultime adieu symbolique à Case-Noyale, soit l’endroit où son corps aurait été jeté en mer. Récit.

On peut voler une vie, dissimuler un corps, mais on ne peut pas effacer un souvenir. Alors que l’enquête sur ce crime atroce se poursuit, que le meurtrier présumé continue de garder le silence et que les recherches pour retrouver le corps de la défunte ont été abandonnées, les proches de Yogeshwaree Bhujun, 37 ans, ont choisi de reprendre le pouvoir.

Ce vendredi 3 avril, cela a fait précisément 40 jours qu’elle aurait été tuée, 40 jours que le silence de l’absence a remplacé le son de sa voix. À défaut de pouvoir accomplir le rite de la crémation, les membres de son entourage se sont réunis pour une cérémonie religieuse afin de célébrer sa vie et libérer son âme avec tout l’amour qu’ils continuent de lui porter. Ils se sont recueillis à Case-Noyale, soit l’endroit où son corps aurait été abandonné en mer, pour lui offrir les prières ainsi que le respect dont elle a été privée.

Pendant plusieurs semaines, bien que conscients de l’issue tragique, ils s’étaient accrochés à l’idée d’une dernière rencontre physique avec son corps pour matérialiser l’adieu. Ils la savaient partie, mais l’espoir de retrouver sa dépouille restait leur ultime rempart pour clore ce chapitre de violence. Face au silence des recherches, ils ont finalement décidé que l’absence du corps de Yogeshwaree Bhujun ne priverait pas celle-ci de la dignité d’un dernier adieu.

Dès l’aube, c’est dans la maison familiale à Lallmatie, soit là où a grandi la jeune femme, que les premières étapes de la cérémonie ont démarré avec le prêtre. Puis, c’est vers la mi-journée que les rites se sont poursuivis sur la plage de Case-Noyale, dans la pudeur et l’intimité familiale. Bien que l’hommage se soit tenu en petit comité, où tous étaient vêtus symboliquement de blanc, ce moment de recueillement n’en était que plus puissant et intense, avec chaque prière portant le poids de l’immensité de leur amour pour elle.

Amour paternel

Malgré l’absence du corps, les proches ont effectué les mêmes gestes que lors d’une crémation réelle, avec des images de la défunte et des vêtements lui appartenant pour la représenter sur le bûcher, entourés de fleurs blanches ; une cérémonie funéraire indispensable pour la libération de son âme. «Nou'nn fer tou so bann lapriyer gramatin, parey kouma kan enn lekor sorti dan lakaz. Kan nou pou retournn lakaz, pou ena lezot lapriyer ankor, parey kouma kan sorti simitier», nous a expliqué Prakash, le père de Yogeshwaree Bhujun, lorsque nous l’avons rencontré à Case-Noyale.

S’appuyant lourdement sur sa canne, il a tenu à guider chaque étape du rituel malgré sa santé fragile ; une démarche prouvant que ni la maladie, ni la vieillesse, ni même l’horreur du crime ne peuvent briser l’amour paternel. Jusqu’ici, le père et les tantes de la victime, Ansuya et Savritree, avaient toujours tenu bon avec une dignité exemplaire, portés par l’adrénaline de l’enquête, mais en ouvrant ces rites, leur cœur a fini par céder.

D’une voix étranglée par une émotion trop longtemps contenue, les yeux rougis et humides, Prakash a murmuré son vœu le plus cher pour son unique enfant, arrachée à la vie injustement : «Je lui souhaite de trouver la paix où qu’elle soit désormais.» Lorsque les chants se sont tus, l’émotion, elle, est restée vibrante. Les traits marqués par les pleurs, les membres de la famille ont quitté les lieux peu après 13 heures pour rentrer à Lallmatie, où devaient se poursuivre les rites funéraires. Domiciliée à Fond-du-Sac, Yogeshwaree Bhujun, aussi connue sous le nom de Deepika, rappelons-le, était portée manquante depuis le 23 février dernier.

C'est en famille que les rites funéraires se sont tenus ce vendredi 3 avril.

Ce n’est que bien plus tard, soit le 5 mars, que les membres de son entourage ont appris sa disparition après que son compagnon, le Dr Arvind Ramchurn, a consigné une precautionary measure au poste de police de Plaine-des-Papayes. À la police, il a déclaré qu’après une dispute avec la trentenaire, celle-ci aurait quitté le toit conjugal au moment où il s’était absenté et ne serait jamais rentrée. L’enquête policière, confiée aux limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT), a conduit à l’arrestation du médecin puisque la trentenaire avait déjà consigné des dépositions contre lui pour violence conjugale dans le passé.

L’arrestation de trois autres suspects – Fadhil Hoossen Dulloo, 40 ans, Mamade Imteaize Peeroo et Khalif Ul Ahmad Raffick, tous deux âgés de 46 ans – le 14 mars n’a pas arrangé ses affaires. Ils sont soupçonnés d’avoir notamment aidé à transporter le corps de Yogeshwaree Bhujun jusqu’à la jetée de Case-Noyale, où ils auraient pris place à bord d’une embarcation pour aller balancer le cadavre dans des eaux plus profondes ; corps qui n’a jamais été retrouvé malgré les recherches des forces de l’ordre. Ils affirment avoir suivi les instructions du Dr Arvind Ramchurn.

À ce stade, ce dernier, soupçonné d’avoir orchestré le meurtre de Yogeshwaree Ramchurn, continue de nier les faits qui lui sont reprochés. Ce samedi 4 avril, il a participé à une reconstitution des faits dans leur maison à Fond-du-Sac au cours de laquelle il a expliqué aux forces de l’ordre le déroulé de sa journée le jour de la disparition de sa compagne. Il a ensuite été reconduit en cellule. Par ailleurs, le suspect Fadhil Dulloo a, lui, participé à une reconstitution des faits à Case-Noyale ce mardi 31 mars, détaillant la manière dont ses complices et lui se sont débarrassés du corps de la jeune femme après le meurtre.

Suite à ce drame, les deux enfants du couple – une fille de 3 ans et un fils de 9 mois – ont été confiés au frère du Dr Arvind Ramchurn à la demande du père, tandis que l’entourage de Yogeshwaree Bhujun a bénéficié d’un droit de visite. Ce vendredi 3 mars, après les rites funéraires, Prakash Bhujun nous a confié sa joie d'avoir pu les rencontrer : «Nou finn resi al rann zot vizit laba. Kan nou finn arive, kouma tifi-la finn trouv nou dan loto li'nn koumans plore telma li'nn kontan li'nn trouv nou. Gramatin mem, kan nou finn koumans bann lapriyer, nou finn telefonn zot par video call.» Il se dit soulagés qu’il n’y ait aucune animosité entre l’oncle paternel des enfants et leur famille malgré les circonstances difficiles : «Dimans mem li pou amenn bann zanfan vinn get nou lakaz. Nou kontan ki bann zanfan-la dan bien kot zot ete, ki frer dokter-la enn dimounn korek.» Alors que les rites funéraires se poursuivent pour offrir à Yogeshwaree Bhujun une traversée lumineuse vers un ailleurs paisible, l’enquête continue de suivre son cours pour faire briller la vérité.

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