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25 mars 2026 11:25
En ce moment dans le monde, chaque baril compte. C'est la grande préoccupation de Suttyhudeo Tengur, président de l'Association pour la protection de l'environnement et des consommateurs (APEC). Selon lui, sur fond de marchés énergétiques mondiaux sous tension, où les prix du pétrole fluctuent au gré des crises géopolitiques et des incertitudes économiques, notre pays se retrouve à un tournant décisif.
Pour le syndicaliste, fort de cet environnement instable, la moindre erreur de coordination peut coûter cher à une économie insulaire fortement dépendante des importations de combustibles fossiles.
C'est dans ce contexte déjà fragile, explique-t-il, qu'une décision récente suscite de vives inquiétudes. Ainsi, selon Suttyhudeo Tengur, depuis le 3 mars, le Central Electricity Board (CEB) a lancé, de manière indépendante, un appel d'offres international pour son approvisionnement en fuel oil, contournant ainsi la State Trading Corporation (STC). Un choix, dit-il, qui, au-delà de son apparente technicité, soulève des questions fondamentales sur la gouvernance énergétique du pays.
«Cette démarche est fondamentalement erronée - sur les plans économiques, institutionnel et stratégique. La STC est, de par sa mission, l'organisme central chargé de l'importation des produits pétroliers à Maurice, assurant un approvisionnement coordonné, la stabilité des prix et la sécurité énergétique nationale. Grâce à ce modèle centralisé, Maurice importe plus de 1,1 million de tonnes métriques de produits pétroliers par an, bénéficiant ainsi d'économies d'échelle et d'un meilleur pouvoir de négociation. À l'inverse, le CEB n'est qu'un consommateur partiel de fuel oil, utilisé principalement pour la production d'électricité, représentant environ une partie limitée de la demande nationale», souligne le syndicaliste.
Selon lui, la part de marché du CEB ne justifie en aucun cas une entrée indépendante sur le marché international des appels d'offres. Cette fragmentation de l'approvisionnement, explique Suttyhudeo Tengur, comporte des risques majeurs. Il cite la perte des économies d'échelle : la division des volumes entre la STC et le CEB affaiblit le pouvoir de négociation de Maurice. Une approche centralisée permet d'obtenir de meilleurs prix, des coûts de fret plus bas et des conditions contractuelles plus avantageuses. Il évoque aussi un risque d'augmentation des prix : des appels d'offres parallèles peuvent encourager des pratiques opportunistes des fournisseurs, entraînant des prix plus élevés. Ces coûts supplémentaires se répercuteront inévitablement sur le coût de production de l'électricité et, en fin de compte, sur les consommateurs.
Le président de l'APEC parle aussi de duplication institutionnelle et d'inefficacité : la STC organise déjà des appels d'offres internationaux pour les produits pétroliers au nom de l'État. L'intervention du CEB dans ce même domaine crée une duplication inutile, des coûts administratifs supplémentaires et une incohérence des politiques publiques. «Il y a aussi un risque stratégique dans un contexte mondial instable. Maurice dépend fortement des importations de combustibles fossiles. Dans ce contexte, la coordination entre institutions publiques est essentielle pour garantir la sécurité d'approvisionnement et la stabilité des prix», explique Suttyhudeo Tengur.
Avec son analyse de ce sujet très d'actualité, il invite le gouvernement à réaffirmer le rôle central de la STC comme unique entité chargée de l'approvisionnement en produits pétroliers ; à imposer une coordination totale entre le CEB et la STC pour tous les besoins en fuel oil ; à regrouper la demande nationale afin d'obtenir de meilleures conditions sur le marché international ; et à mettre en place un cadre politique clair interdisant les approvisionnements parallèles par les organismes publics.
«Il ne s'agit pas simplement d'une question d'approvisionnement, mais d'un enjeu de gouvernance économique nationale. Dans un contexte où chaque dollar compte, Maurice ne peut se permettre une fragmentation institutionnelle qui affaiblit sa position sur le marché énergétique mondial», précise le syndicaliste.
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