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Agressions mortelles en série

Trois vies arrachées, des familles meurtries

25 avril 2026

Les autorités font face à une recrudescence sans précédent de la criminalité. En l’espace d’une semaine, trois personnes ont perdu la vie tragiquement après avoir été agressées. La dernière victime en date est Vijay Ramrad, âgé de 56 ans. Roué de coups par un groupe d’individus le 26 mars dernier, il a succombé à ses blessures le mercredi 15 avril. Le même jour, Jaisen Sooreea, 22 ans, a poussé son dernier soupir après avoir été agressé à l’arme blanche sur la plage de St-Félix la veille. Âgé de 35 ans, Bryan Alifoykooye a, pour sa part, été retrouvé mort à son domicile à Cité La Brasserie, Forest-Side, le samedi 11 mars. Leurs proches, dévastés, témoignent.

Agressé sur fond de règlement de comptes, Vijay Ramrad, 56 ans, succombe après 20 jours

Sa fille Tany Jayantee : «Nou pe kontign viv dan laper»

La région de Saint-François, quartier côtier qui prolonge le village de Grand-Gaube, est souvent décrite comme un lieu apaisant et serein ; un véritable havre de paix où le silence n’est troublé que par le ressac de l’océan. Dans la petite ruelle où vivait Vijay Ramrad (photo), le calme et la tranquillité avaient toujours régné, mais cette harmonie a volé en éclats le jeudi 26 mars. Sous les yeux impuissants de son épouse, cet homme de 56 ans a été la cible d’une agression d’une violence inouïe ; une attaque qui s’apparente à un règlement de comptes prémédité. Pendant 20 jours, il a fait la navette entre les hôpitaux et sa maison, mais les séquelles de ses blessures ont fini par avoir raison de lui. Ce mercredi 15 avril, Vijay Ramrad a poussé son dernier soupir au département des soins intensifs de l’hôpital SAJ. Si ses assaillants sont derrière les barreaux, sa famille, elle, continue de craindre pour sa sécurité.

Depuis le mariage de ses trois filles, Vijay Ramrad, aussi connu sous le nom de Rajesh, ne partageait son quotidien qu’avec son épouse Neeta à TV Road, dans la région de Saint-François. Il était environ 18 heures, le 26 mars dernier, lorsqu’un groupe d’individus s’est présenté chez lui. Alertée par le bruit émanant de l’extérieur de la maison, c’est en allant s’enquérir de la situation que son épouse est tombée sur trois hommes et deux femmes. «Kan mo mama inn ouver laport, zot pann donn letan zot inn rantre. Zot inn koumans koup mo papa dan so vant. Mo mama inn panike, inn demann zot kifer zot pe koup li, me zot finn reponn li "si ou koze, nou pou touy ou"», relate la fille du couple, Tany Jayantee, en nous répétant ce que lui a confié sa mère. Elle poursuit : «Mo mama pann ena swa, linn bizin rest trankil pandan ki zot ti pe kontign bat li.»

Pétrifiée par l’horreur, Neeta a assisté impuissante à ce déchaînement de violence contre l’homme de sa vie ; un calvaire insoutenable. «Lorsqu’elle leur a demandé une nouvelle fois pourquoi ils s’acharnaient sur lui, ses agresseurs lui ont répondu que c’était à cause d’une dette impayée ; une somme de Rs 300 000 qu’il devait à leur proche», explique Tany Jayantee. Assommé par un coup de chaise à la tête, Vijay Ramrad se serait évanoui. Entre-temps, son épouse Neeta était parvenue à fuir la scène pour aller chercher de l’aide auprès d’un voisin, qui a alerté la police. Lorsque les limiers sont arrivés sur les lieux, cependant, le petit groupe avait déjà pris la fuite.

Le même soir, Vijay Ramrad, grièvement blessé, été conduit à l’hôpital SSRN, où il a été admis. Durant son séjour, il a reçu la visite des enquêteurs mais n’a pas été en mesure de leur donner plus d’informations sur les individus l’ayant attaqué. «Linn dir zot li pa kone kisana sa, ki li pann rekonet zot», poursuit Tany Jayantee. Il a été autorisé à quitter l’établissement hospitalier le 5 avril, son état de santé semblant se stabiliser, mais cette légère amélioration aura été de courte durée. «Li ti ankor inpe feb. Li pa ti pe santi li tro bien. Mo mama ti bizin reamenn li kot dokter me li pa ti pe korek mem», relate sa fille.

Au-delà des blessures visibles, c’est un mal invisible qui a continué de ronger Vijay Ramrad. Le violent coup qu’il avait reçu à la tête avait déclenché chez lui des crises convulsives à répétition, qui ont entraîné une dégradation de son état de santé. Hospitalisé à nouveau à l’hôpital SSRN le vendredi 10 avril, il a perdu connaissance dans la soirée et a dû être transféré au département des soins intensifs de l’hôpital SAJ le lendemain. Il a sombré dans un coma profond dont il n’est pas sorti, s’éteignant finalement au bout de quatre jours sur son lit d’hôpital. L’autopsie pratiquée par le Dr Seewooruttun, médecin légiste de la police, a attribué son décès à une septicémie.

La ruelle menant au domicile du couple Ramrad n’étant pas couverte par des caméras de surveillance, c’est le témoignage de Neeta qui s’est avéré déterminant pour la suite de l’enquête. Aux officiers, elle a déclaré avoir reconnu le fils d’une collègue de son époux. Dès le lendemain, les limiers de la Divisional Crime intelligence Unit (DCIU) du nord, avec la collaboration de la Criminal Investigation Division (CID) de Goodlands, ont procédé à l’interpellation de six individus. Après un interrogatoire serré, cinq d’entre eux ont été placés en détention policière tandis que le sixième a été relâché. Jean Lorenzo Sansoucis, un habitant de Cité Mère Theresa, Triolet, âgé de 25 ans, a reconnu avoir assommé la victime avec une chaise le jour de l’agression. Son frère Christ Whelan Sansoucis, âgé de 21 ans et domicilié à la même adresse, a, pour sa part, avoué avoir infligé à Vijay Ramrad plusieurs coups de cutter. Les suspects Raphaël Cazy Charlot, 27 ans, Marie Manuella Sansoucis-Romeo, 28 ans, et Marie Atena Megane Vacoa, 19 ans, ont, quant à eux, déclaré qu’ils se trouvaient bel et bien sur les lieux le jour de l’agression mais nient y avoir participé. Ils font l’objet d’une accusation provisoire d’agression préméditée. Ce mardi 21 avril, la motion pour la remise en liberté de Raphaël Cazy Charlot sera débattue au tribunal de Rivière-du-Rempart. Il a retenu les services de Me Rujub.

Si le coup de filet des forces de l’ordre a permis de mettre les suspects derrière les barreaux, il n’a pas ramené la paix au sein de la famille Ramrad, qui continue de vivre dans une angoisse permanente. «Mo mama res strese depi sa, so latet pa anplas. Vu qu’ils l’ont menacée, elle me répète qu’elle ne pourra pas continuer de vivre dans sa maison parce qu’elle se sent en danger. Nou pe kontign viv dan laper, nou pa kone ki pe atann nou pli devan», lâche Tany Jayantee, visiblement préoccupée. Elle continue de s’interroger sur les «réels motifs» de l’agression dont a été victime son père puisque, dit-elle, «limem li ti pe travay, li ti ena tou. Si li ti bizin larzan, li ti pou dir nou». Elle insiste sur le fait que son père était un homme «kalm, trankil, ki zame pa finn gagn okenn problem ar dimounn. Li ti konn zis so travay ek so lakaz. Mem kot mwa, so tifi, zame li ti pe vini». Elle compte sur les forces de l’ordre pour faire la lumière sur cette affaire.

Les funérailles de Vijay Ramrad ont eu lieu à 11 heures ce vendredi 17 avril.

Bryan Alifoykooye, 35 ans, égorgé à son domicile à Cité La Brasserie

Son entourage : «Ziska ler nou pa kone pou ki rezon finn touy li»

La compagne de la victime, Laura Travedy, a été appréhendée à Rodrigues.

Plus d’une semaine après sa mort tragique, les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT) et de la Criminal Investigation Department (CID) de Curepipe continuent de mettre les bouchées doubles pour faire la lumière sur le motif et les circonstances ayant conduit au meurtre de Bryan Alifoykooye, affectueusement appelé Piyou. C’est ce vendredi 17 avril que les limiers se sont envolés pour Rodrigues, où est détenue Laura Travady, la compagne de la victime, âgée de 29 ans, suspecte principale dans cette affaire. Celle-ci avait quitté Maurice le samedi 11 avril, soit le jour même où la découverte macabre avait été faite. Elle a été appréhendée quelques heures plus tard chez sa mère, à Montagne Cabri, et est détenue au poste de police de Rivière-Coco. Une accusation provisoire de meurtre a été logée contre elle devant le tribunal de Rodrigues. Ce déplacement des limiers de la MCIT vers l’île Rodrigues a pour but de démarrer son interrogatoire et de recueillir des indices sur le terrain, au cas où elle aurait cherché à se débarrasser de certaines pièces à conviction durant son séjour. En attendant que l’affaire livre tous ses secrets, une multitude de questions continue de tarauder les membres de sa famille.

Il était environ 14 heures, le samedi 11 avril, lorsque le corps sans vie de Bryan Alifoykooye, âgé de 35 ans, a été retrouvé à son domicile à Cité La Brasserie, Forest-Side, par sa sœur Aurélie. «Enn zour li pa vinn kot mwa, mo pa abitie kas latet, me la ti fer plizier zour ki li pa tinn vini. Monn koumans gagn traka.» Elle explique : «Mo ti tann bann rimer ki so madam pou al Rodrigues ek li pou al zwenn li laba apre. Vu qu’il n’avait pas de carte d’identité et qu’il fallait que je fasse refaire la mienne, je m’étais dit qu’il finirait par m’appeler pour que nous y allions ensemble. Je savais que sans pièce d’identité, il n’aurait pas été en mesure de prendre l’avion.»

N’ayant pas eu de ses nouvelles pendant plusieurs jours, elle s’était donc rendue chez lui pour s’enquérir de la situation. «J’ai vu que la porte était entrouverte, je suis entrée, et je suis allée dans sa chambre à coucher à l’étage. Letan monn trouv li anba, mo ti krwar linn fer enn kriz. Monn kriye Piyou, me li pann reponn. Mo ti panse ki li ti vomi, me ler monn ris rido monn realize ki sete disan. Monn panike, monn kriye, monn galoupe monn al rod mo lot frer.» C’est ce dernier qui a alerté la police de Curepipe.

Aurélie et Steven veulent que justice soit rendue à leur frère.

Le corps a été transféré à la morgue de l’hôpital Victoria, où une autopsie a conclu que la mort du trentenaire, qui remontrerait à deux jours plus tôt, était due à une stab wound to the neck. Il s’est vidé de son sang après avoir été égorgé, mais l’arme du crime n’a pas encore été retrouvée. Après Laura Travady, les enquêteurs ont procédé à l’arrestation d’un autre suspect dans le cadre de cette affaire ; un dénommé Sangara Gengan, plus connu sous le nom de Vissen, qui aurait organisé le transfert de la jeune femme vers l’aéroport le samedi 11 avril. Les enquêteurs cherchent à déterminer s’il était au courant du crime et l’a aidée à fuir. Interrogé, il a indiqué aux enquêteurs qu’il ignorait tout du meurtre et qu’il aurait simplement accepté de l’accompagner.

Par ailleurs, toujours dans le flou, l’entourage de Bryan Alifoykooye continue de s’armer de patience en attendant que cette enquête aboutisse. «Ziska ler nou pa kone pou ki rezon finn touy li», lâchent-ils, submergés d’interrogations. Selon les proches du trentenaire, la relation entre le jeune homme et sa compagne battait de l’aile depuis un bon moment déjà. «Zot ti pe gagn lager souvan. So madam ti kit lakaz ti al kot so ex, apre li ti retourne. Mo ti dir mo frer les li ale me li ti pe sagrin li, li ti pe dir li pena lot plas pou ale. Mo ti dir li ki se pa enn rezon, parski li ti bizin okip so lasante», relate sa sœur Aurélie. En effet, Bryan Alifoykooye, qui avait sombré dans l’enfer de la drogue, voulait changer de vie. «Nou ti fek pe koze. Li ti dakor li pou ki nou avoy li dan enn sant», dit-elle.

Pas marié et sans enfant, Bryan Alifoykooye était le cadet d’une fratrie de cinq enfants. Son frère Steven et sa sœur Aurélie racontent que «li ti enn dimounn korek, tou dimounn ti kontan li. Li pa ti merit enn lamor koumsa». Ils poursuivent : «Li ti kontan zwe football, amize avek so bann kamarad, li pa ti ena lennmi. Nou espere ki li gagn so lazistis.»

Agressé à l’arme blanche à St-Félix, Jaisen Sooreea, 22 ans, succombe au bout de quelques heures

Son beau-père Kaviraj Gopaul : «So mama nepli manze, nepli dormi depi linn perdi li»

Il avait toujours été quelqu’un de casanier, préférant le confort de sa maison lorsqu’il ne travaillait pas, entouré de la chaleur du cercle familial. Hélas, une rare exception à sa règle aura suffi pour que le destin l’arrache brutalement à la vie à l’âge de 22 ans. Le mardi 14 avril, c’est accompagné de ses collègues que Jenisen Sooreea – que tous appelaient affectueusement Jenise – s’était rendu à la plage de St-Félix, où un concert gratuit avait été organisé à l’occasion du Nouvel An tamoul. Ce qui devait être un agréable moment entre amis a, cependant, pris une tournure tragique lorsque le petit groupe a été agressé au couteau par un individu. Si les amis de Jaisen Sooreea ont pu s’en sortir, lui a été moins chanceux. Il s’est éteint dans la matinée du mercredi 15 avril au département des soins intensifs de l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle ; un départ brusque et inattendu qui plonge les membres de son entourage dans une tristesse infinie.

À Surinam, où vivait Jaisen Sooreea, le réveil a été brutal ce mercredi 15 avril. Lorsque nous rencontrons sa famille, à peine quelques heures après qu’il a poussé son dernier soupir, seuls les cris de douleur déchirent le silence lourd et pesant. Nul n’arrive à croire que le jeune homme, dont la voix résonnait encore dans les couloirs de sa maison la veille, ne franchira plus jamais le seuil de la porte. Cadet d’une fratrie de quatre enfants – trois garçons et une fille –, il aidait financièrement les membres de sa famille en travaillant comme mécanicien. La veille, c’est justement accompagné de ses collègues qu’il s’était rendu à la plage de St-Félix aux alentours de 17 heures. «Ce n’était pas dans ses habitudes. Cette sortie était plutôt exceptionnelle. D’ordinaire, il passait le plus clair de son temps libre sur son téléphone. Li ti kontan zwe so pubG swa li ti get so televizion», relate douloureusement son beau-père Kaviraj Gopaul, les yeux rougis par l’émotion.

D’après nos recoupements d’informations, le groupe d’amis venait tout juste d’arriver à la plage lorsqu’une dispute a éclaté avec un autre groupe de personnes. Alors que l’altercation semblait terminée et que chacun était allé de son côté, déterminés à faire l’impasse sur cet incident et de passer un bon moment, l’un des protagonistes est revenu à la charge, une arme tranchante à la main. «Monn tann dir ki li finn pik plizier dimounn. Se kan mo garson finn galoupe ki misie-la inn pik li apre linn sove», nous indique Kaviraj Gopaul. Saignant abondamment, Jaisen Sooreea n’a pas tardé à s’écrouler. L’urgence prenant le dessus sur la raison, ses amis n’ont pas attendu l’arrivée des secours et se sont rendus à l’hôpital de Souillac par leurs propres moyens. De là, ils ont été redirigés vers l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle, mieux équipée pour les soigner. Après avoir reçu les soins nécessaires, les trois amis du jeune homme ont été autorisés à rentrer chez eux, leurs blessures étant superficielles. Toutefois, Jaisen Sooreea a dû être admis, son état de santé étant préoccupant.

Kaviraj Gopaul s'attriste que son beau-fils ait quitté ce monde sans avoir pu concrétiser ses nombreux projets.

Son beau-père raconte : «Letan monn get li dan ICU merkredi matin, so leker ti ankor pe bate. Apenn monn sorti, enn group dokter inn apros mwa pou dir mwa zot ena enn move nouvel pou anons mwa.» La nouvelle de sa mort a complètement bouleversé sa famille. «Sa finn rann so mama bien malad. Li nepli manze, nepli dormi depi finn ariv sa.» Il décrit le jeune homme, qu’il avait toujours considéré comme son propre enfant, comme quelqu’un de «trankil net, enn bon garson. Li pa abitie sorti mem. Kan li sorti so travay, so mama tir so manze, nou tou asize ansam koz koze, lerla li al dormi».

Un éclat de rire partagé dans le salon, une discussion banale autour d’un repas, ou simplement sa présence silencieuse dans un coin de la maison ; ce sont, aujourd’hui, tous ces petits riens qui pèsent le plus lourd. Dévasté, Kaviraj Gopaul relate qu’«il avait tellement de projets. Li ti le aste enn loto, fer aranz so lakaz, mo ti pe dir li pa bizin prese, ki li ena letan». Il n'aurait jamais pu s'imaginer que le temps s’arrêterait si brusquement pour lui. L’autopsie pratiquée par le Dr Seewooruttun, médecin légiste de la police, a attribué sa mort à une stab wound to the chest.

Des informations glanées sur le terrain ont permis à la Divisional Crime Intelligence Unit (DCID) et à la brigade criminelle du sud de mettre la main sur l’auteur de cette agression mortelle le même jour. Il s’agit d’un dénommé Anandasamy Ponnan, un habitant de Rose-Belle âgé de 37 ans. Soumis à un feu roulant de questions, il a reconnu avoir agressé la victime et ses amis. Pour essayer de se justifier, il a raconté aux enquêteurs qu’il aurait simplement répondu à des provocations et que le coup porté n’était pas destiné au jeune homme. Il a comparu devant le tribunal sous une accusation provisoire de meurtre avant d’être reconduit en cellule, la police ayant objecté à sa remise en liberté. L’enquête suit son cours.

Les funérailles de Jaisen Sooreea ont eu lieu ce vendredi 17 avril.

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