Avis général : «Le Budget 2026-2027 s’articule autour d’une vision ambitieuse reposant sur l’intelligence artificielle, la digitalisation, l’économie bleue, la sécurité alimentaire, la transition énergétique et la consolidation budgétaire. Le gouvernement tente de répondre simultanément à plusieurs défis structurels : vieillissement démographique, endettement public élevé, dépendance alimentaire, vulnérabilité énergétique et nécessité de moderniser l’appareil productif. Cependant, malgré cette vision stratégique, le Budget laisse un sentiment d’inachevé et donne parfois l’impression d’un "Budget confetti", composé d’une multitude de petites mesures sans véritable impact transformateur sur l’économie réelle.»
Par rapport à la réalité des Mauriciens : «Les difficultés auxquelles sont confrontés les Mauriciens aujourd’hui sont immédiates : coût de la vie élevé, pouvoir d’achat sous pression, ralentissement de la croissance économique, hausse du coût du logement et faible dynamique de l’investissement privé. Or, peu de mesures concrètes ont été annoncées pour répondre directement à ces préoccupations. Les ménages continuent de faire face à une érosion de leur pouvoir d’achat, tandis que les entreprises attendent toujours des réformes structurelles fortes capables de stimuler l’investissement, la productivité et la création d’emplois de qualité.»
Par rapport à la relance économique : «Au-delà des annonces sur l’intelligence artificielle, la digitalisation ou l’économie bleue, le Budget ne présente pas de véritable plan de relance économique susceptible d’accélérer significativement la croissance à court terme. L’absence de mesures fortes pour encourager l’investissement privé, développer de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée ou attirer davantage de capitaux constitue l’une des principales faiblesses de cet exercice budgétaire. Le gouvernement a aussi mis l’accent sur l’assainissement des finances publiques, avec un déficit budgétaire qui devrait passer de 6 % du PIB en 2025-2026 à 3,7 % en 2026-2027, tandis que la dette publique devrait progressivement diminuer pour atteindre environ 80 % du PIB d’ici 2029. Cette discipline budgétaire est nécessaire compte tenu de la situation des finances publiques. Toutefois, l’essentiel de cet ajustement repose davantage sur une augmentation des recettes fiscales et sur une réduction significative des dépenses sociales que sur une véritable relance de la croissance économique.»
Par rapport à la pension : «La réforme de la pension constitue l’un des principaux leviers de cette consolidation. Selon les projections budgétaires, les dépenses liées à la pension passeraient d’environ Rs 65 milliards actuellement à Rs 42 milliards en 2027, puis à Rs 13 milliards à terme. Cette baisse représente une réduction de près de 80 % des dépenses consacrées à la pension universelle. En pratique, cela signifie qu’un grand nombre de Mauriciens pourraient ne plus bénéficier d’une pension d’État telle qu’elle existait jusqu’à présent. Certes, l’âge d’éligibilité est ramené à 60 ans, mais l’introduction d’un critère de revenu et d’un système de ciblage transforme profondément la philosophie du régime. On passe progressivement d’un modèle de pension universelle à un modèle d’assistance ciblée réservé à certaines catégories de bénéficiaires. Cette réforme marque une rupture historique avec le modèle d’État-providence mauricien. Si l’objectif de soutenabilité budgétaire est compréhensible face au vieillissement de la population, le risque est de fragiliser davantage la classe moyenne, qui contribue déjà largement au financement du système tout en voyant progressivement diminuer les prestations auxquelles elle pouvait s’attendre à la retraite.»
L’avenir : «Le principal risque demeure l’exécution. Le succès de ce Budget dépendra donc moins des annonces que de leur mise en œuvre effective.»
Conclusion : «Le Budget 2026-2027 est un Budget de transition. Il identifie correctement les grands défis structurels du pays : vieillissement démographique, dette publique, sécurité alimentaire, transition énergétique, digitalisation et compétitivité économique. Il présente une vision cohérente du Maurice de demain, mais apporte relativement peu de réponses immédiates aux préoccupations actuelles des ménages et des entreprises. En définitive, ce Budget est riche en ambitions mais encore pauvre en certitudes. Son succès dépendra entièrement de la capacité de l’administration à exécuter les réformes annoncées, à attirer les investissements privés et à transformer les objectifs affichés en résultats tangibles. Le véritable test ne sera pas celui des annonces, mais celui de la mise en œuvre.»
Les moins...
◗ «La réforme des pensions illustre parfaitement les contradictions du Budget. D’un côté, le gouvernement reconnaît la nécessité de réformer un système devenu difficilement soutenable en raison du vieillissement démographique. De l’autre, les modalités annoncées créent une certaine confusion et alimentent une véritable cacophonie dans l’opinion publique. La réforme est probablement économiquement nécessaire, mais son acceptabilité sociale reste loin d’être acquise.»
◗ «Malgré le discours sur la démocratisation de l’économie et la révolution des start-up, les mesures annoncées demeurent relativement modestes. Le Start-up Act, les exonérations fiscales et les programmes d’accompagnement sont des pas dans la bonne direction, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à transformer profondément la structure économique du pays ni à favoriser l’émergence rapide d’une nouvelle génération d’entrepreneurs.»
◗ «Le Budget identifie correctement les contraintes à l’investissement mais apporte peu de réponses immédiates aux entreprises. Les investisseurs continuent de faire face à : un coût élevé du financement ; des procédures administratives complexes ; une faible visibilité économique et des pénuries de main-d’œuvre qualifiée. Sans reprise significative de l’investissement privé, il sera difficile d’atteindre durablement des taux de croissance plus élevés.»
◗ «Le projet “Energy Secure Mauritius” fixe un objectif ambitieux de 60 % d’énergie renouvelable d’ici 2035. Cependant, les mesures restent essentiellement centrées sur le solaire, les batteries et les subventions aux ménages.
Le pays ne dispose toujours pas d’une feuille de route énergétique suffisamment détaillée pour réduire rapidement sa dépendance aux importations de combustibles fossiles.»
◗ «Il y a une pression fiscale qui continue d’augmenter car, même si le taux de TVA reste inchangé, plusieurs mesures fiscales viennent alourdir la charge globale. Le risque est que cette pression fiscale croissante freine progressivement la consommation et l’investissement.»
Les plus...
◗ «L’un des aspects les plus positifs du Budget est sa volonté de s’attaquer aux inefficacités de l’État. La fusion d’organismes publics, la rationalisation de plusieurs corps paraétatiques et la mise en place d’un comité chargé d’examiner les dépenses ministérielles constituent des signaux importants en faveur d’une meilleure gestion des fonds publics. Le gouvernement réduit également certains privilèges accordés aux élus et poursuit une logique de responsabilisation budgétaire qui était devenue indispensable compte tenu d’un niveau d’endettement proche de 88 % du PIB.»
◗ «Le Budget prévoit des investissements majeurs dans des infrastructures stratégiques.»
◗ «La stratégie numérique constitue probablement l’une des composantes les plus innovantes du Budget. Si ces initiatives sont correctement exécutées, elles pourraient améliorer significativement la productivité nationale.»
◗ «Il y a aussi l’intention de produire localement 25 % des besoins alimentaires du pays d’ici 2035. Elle est accompagnée d’un Food Security and Nutrition Bill, d’investissements agricoles, d’un renforcement des capacités de stockage et d’une diversification de la production agricole et aquacole.»
◗ «Le retour du programme NICE constitue une mesure importante dans un contexte où les enjeux de citoyenneté, de discipline et de cohésion sociale deviennent de plus en plus importants.»
◗ «La mise en place de la National Crime Agency ainsi que le renforcement des capacités d’enquête financière, de lutte contre la corruption, le blanchiment et la cybercriminalité constituent des avancées importantes pour la crédibilité internationale de Maurice.»