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Tué au Canada en septembre 2025, son corps a pu être rapatrié à Maurice

Un ultime et bouleversant hommage à Gaël Pierre, 16 ans

28 avril 2026

Les funérailles de l'adolescent ont eu lieu ce jeudi 23 avril.

Après sept mois d’un combat acharné contre la distance et les obstacles financiers, Olivier a enfin pu ramener la dépouille de son fils Gaël Pierre sur sa terre natale. L’adolescent de 16 ans, tué au Canada en septembre 2025, a reçu un dernier hommage émouvant le jeudi 23 avril à Quatre-Bornes. Endetté mais soulagé, le père de l’adolescent transforme aujourd’hui sa douleur en combat. Il s’exprime. 

Le voir une dernière fois, lui dire «adieu», lui offrir son dernier repos sur la terre qui l’a vu naître ; telle était la volonté la plus profonde des membres de sa famille. Sept mois après le décès soudain et tragique de Gaël Pierre au Canada, son père Olivier a mené un combat sans relâche face à d’immenses difficultés qui, aujourd’hui encore, ne sont pas terminées. Bien que le chemin reste difficile, il se dit soulagé d’avoir enfin pu exaucer le souhait des membres de son entourage en faisant rapatrier le corps de son fils à Maurice pour ses funérailles. L’émouvante cérémonie s’est tenue le jeudi 23 avril en l’église de Notre-Dame-du-Rosaire, à Quatre-Bornes, où chaque larme versée témoignait du soulagement de le savoir enfin à la maison.

Gaël Pierre était âgé de 10 ans lorsqu’il a quitté l’île pour s’installer chez son père, lui-même déjà établi au Canada. Hélas, en septembre 2025, il a quitté ce monde tragiquement à l’âge de 16 ans, victime d’une agression au couteau sur une aire de stationnement dans le 300 block Confederation Drive, à Saskatoon. «Se enn sel kout kouto ki finn touy li», nous avait confié Olivier. L’enquête a conduit à l’arrestation de deux individus : Osam Alhaj, 22 ans, et Adam Abdallah, 20 ans. Le premier a été inculpé pour meurtre au second degré et le second, pour homicide involontaire. Si, au départ, le père de Gaël Pierre avait entamé des démarches pour qu’il soit enterré au Canada, il s’est finalement ravisé, souhaitant donner aux membres de sa famille, notamment la mère de l’adolescent, l’opportunité de le voir une dernière fois.

En février dernier, alors qu’il tentait encore de réunir la somme exorbitante que ce transfert nécessitait, il a été informé par la Funeral Home que l’état du corps de son fils ne permettait plus une conservation prolongée. Il a frappé à plusieurs portes, notamment celle de responsables d’organisations, de politiciens et du gouvernement dans l’espoir d’obtenir une aide financière. «Certains m’ont promis ciel et terre, mais m’ont finalement laissé sur la touche. Malgré plusieurs relances, mes démarches n’ont pas abouti.» Il s'est alors retrouvé dans l’obligation de lancer un appel à l’aide et de mettre sur pied une cagnotte GoFundMe. «L'élan de solidarité des premiers jours a été d’un soutien précieux. Je m’étais dit qu’à ce rythme, je finirais par récolter la somme nécessaire à temps.» Hélas, la solidarité du départ s’est amenuisée au fil des semaines.

Urgence

Ses économies, ainsi que la somme récoltée grâce à la cagnotte, bien qu’insuffisantes, ont permis à Olivier de financer les soins nécessaires à la conservation du corps de son fils et de régler les frais administratifs. Le rapatriement du corps a, quant à lui, pu se faire grâce à la compagnie de pompes funèbres Valère, qui lui a offert une ligne de crédit pour pallier l’urgence. «Le responsable m’a contacté car il a été touché par ma situation et m’a permis de trouver une solution. Sans son aide, je n’y serais pas arrivé.» Même si les épreuves ne sont pas terminées et que sa situation financière demeure critique, il se dit soulagé d’avoir pu exaucer le souhait des siens en leur donnant la possibilité de voir le visage de Gaël une dernière fois.

Lors de la cérémonie, vibrante d’amour, l’entourage de l’adolescent lui a rendu un hommage poignant. Son oncle Daniel, frère de son père et qui a été une épaule pour celui-ci dans ces moments douloureux, a pris la parole durant la messe. «Li enn gran soulazman. Si li ti laba, nanye pa ti pou parey. Azordi, li kapav repoz an pe.» Il a continué avec émotion : «Gaël ti enn zanfan tirbilan, me nou finn partaz boukou moman inoubliyab avek li. Ena boukou kitsoz ki nou pa'nn fini partaze ousi. Avek kouraz lafami, nou pou resi sirmont sa eprev-la. Li pou mank nou boukou.» Sa cheftaine scoute, qui l’a connu alors qu’il n’était âgé que de 7 ans, a également évoqué le petit garçon turbulent «mais rempli de joie, de vie et d’énergie» qu’il était. «Lorsqu’il nous avait annoncé son départ pour le Canada, nous étions heureux pour lui, mais tristes de le voir nous quitter. La nouvelle de son décès a été comme une seconde séparation, mais définitive cette fois. Cette nouvelle nous est tombée dessus comme un ouragan. Je pense que même si sa vie s’arrête ici, une autre commence au paradis. Nous demandons à tous ceux l’ayant connu de ne garder de lui que le positif ; tout ce qu’il avait de bon, de vrai.» Profondément bouleversée, c’est en larmes, la voix brisée par l’émotion, que sa grand-mère a pris la parole à son tour. «Li finn pran boukou letan me mo tizanfan finn vini. Mo remersie lafami, sirtou so papa, ki'nn rann sa posib. Gaël ti koumadir mo zanfan mem. Mo sagrin li'nn kit mwa me Bondie finn fer so plas kot li. Mo pou kontign priy pou li, kontign dimann Bondie pardon si li ena bann pese. Mo dimann li ed nou fami pou sirmont sa kar li pa fasil.»

Si le pire est désormais derrière lui avec le retour de son fils, Olivier reste confronté à des épreuves financières et administratives persistantes qui continuent de l’oppresser au quotidien. Parce qu’il connaît désormais le poids de la solitude face aux démarches et aux dettes, il a mis sur pied la King JP Resilience Foundation, dont l’objectif est d’empêcher que des familles soient divisées par des frontières lors des adieux et de garantir qu’aucune famille ne soit abandonnée par le système en cas de drame international. La fondation compte aussi mettre en place des programmes de résilience pour les jeunes face à la criminalité.

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