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Par Amy Kamanah-Murday, Yvonne Stephen, Qadeer Hoybun, Elodie Dalloo, Stéphane Chinnapen, Christophe Karghoo, Rehade Jhuboo
9 mars 2025 12:24
Elles sont entrepreneures, directrices de compagnie, travailleuses sociales, sportives et autres… Certaines sont aussi mamans et épouses, en plus d’autres nombreux rôles avec lesquels elles jonglent du mieux qu’elles peuvent… À l’occasion de la Journée internationale, elles nous disent c’est quoi, pour elles, être femme aujourd’hui : être indépendante, écoutée (et entendue), prendre sa vie en main, occuper des positions auxquelles elles n’avaient pas droit auparavant, entre autres. La parole à ces super madam…
Jenssy Sabapathee, dans le domaine légal et travailleuse sociale : «Être indépendante…»
«Être femme en 2025, c’est avoir conscience de nos forces, c’est nous dire que nous pouvons nous débrouiller seules et c’est, avant tout, nous dire que nous sommes indépendantes. Les temps ont changé ; les femmes ne sont plus obligées de se marier ou de se trouver un partenaire pour subvenir à leurs besoins. Ce que je souhaite aux femmes, c’est d’avoir conscience qu’elles ont le choix. Je leur souhaite de savoir prendre les bonnes décisions lorsque cela est nécessaire et de tenir ferme. Il est important pour elles de ne plus se laisser dominer, de ne plus céder aux menaces, mais surtout de mettre tout en œuvre pour réaliser leurs projets. À travers le groupe Respectez Nous, j’ai croisé le chemin de plusieurs victimes de violences conjugales qui hésitent à quitter leur bourreau parce qu’elles pensent qu’elles ne pourront rien faire seules, mais ce n’est pas le cas. Avec le temps, le courage et la patience, nous pouvons toutes atteindre nos objectifs. Nos institutions devraient aussi pouvoir donner aux femmes souhaitant tout recommencer à zéro toutes les chances de le faire, que ce soit à travers des facilités de logement ou des opportunités professionnelles. Il est temps de changer cette perception qu’une mère célibataire ne sera pas apte à travailler parce qu’elle devra s’occuper de son enfant alors que, bien au contraire, ce sera sa motivation. Il est temps pour notre société de changer de regard sur les femmes divorcées ou les mères célibataires sans savoir ce qui les a menées là.»
Soorya Oogarah, Managing Director de Rogers Aviation : «Être actrice du changement, capable de façonner son propre destin»
«Être femme en 2025, c’est être actrice du changement, capable de façonner son propre destin tout en contribuant à un monde plus juste et équitable, avec une indépendance financière. Aujourd’hui, plus que jamais, les femmes doivent pouvoir s’épanouir dans tous les domaines et avoir accès aux mêmes opportunités que les hommes sans barrières ni préjugés. Chez Rogers Aviation, nous sommes fiers d’être une entreprise où les femmes occupent des postes clés et influencent activement notre stratégie et notre croissance. Nos équipes sont dirigées par des femmes talentueuses et engagées, qui apportent leur expertise, leur vision et leur dynamisme au service de l’innovation et du développement. Leur succès est une preuve indéniable que les compétences et le leadership ne connaissent pas de genre, mais sont avant tout une question de mérite, de détermination et de passion. Mon souhait le plus ardent pour la femme mauricienne est qu'elle ait accès à toutes les opportunités, qu'elle puisse réaliser ses rêves et que sa voix soit entendue. Je souhaite qu'elle soit reconnue et valorisée pour ses talents, ses compétences et sa contribution inestimable à notre société. À travers la promotion de l’égalité, nous devons encourager chaque femme à prendre la place qu’elle mérite et à bâtir un avenir où elle pourra s’épanouir pleinement.»
Kaajal Gunputh, pharmaciste et femme entrepreneure : «Beaucoup de femmes sont maintenant des "decision makers"»
«De nos jours, les choses ont beaucoup évolué dans la société, même s’il reste encore beaucoup de chemin à faire. Maintenant, les femmes font rouler des compagnies et entreprises, élèvent leurs enfants tout en prenant soin de la maison ou, comme beaucoup, préfèrent vivre tranquillement avec des chats. Mon point est qu’il n’existe pas une seule version de la femme d’aujourd’hui, et c’est ce qui est beau. Dans mon cas, je suis dans un secteur qui était très "dominé" par les hommes quand j’étais encore toute petite, mais la situation a beaucoup évolué, avec plus de femmes qui sont présentes dans les pharmacies et qui sont même des decision makers, ce qui ne se faisait pas plusieurs générations avant moi. C’est aussi, parfois, un peu contradictoire qu’on nous encourage à être indépendantes tout en nous rappelant que notre horloge biologique est en marche, mais bon…
Je voudrais surtout que les femmes s’encouragent plus entre elles, ce qui n’est pas le cas bien souvent. Dans notre société mauricienne, il faudrait aussi que nous célébrions notre diversité et que nous arrivions toutes à trouver et à faire entendre notre voix, à saisir toutes les opportunités qui s’offrent à nous, tout en développant notre personnalité, en nous fixant des objectifs sur ce que nous voulons être au fond, en nous aidant nous-mêmes, en mettant nos priorités en avant. Rendons fière la petite fille pleine de rêves qui sommeille en chacune de nous : Let her rise !»
Caroline Jodun, chanteuse et artiste : «Plus de femmes indépendantes et bosseuses, sur scène comme dans le quotidien»
«Malheureusement, je ne fais pas autant de scènes qu’avant, mais la musique vit toujours en moi, elle est toujours ma passion, et j’arrive souvent à chanter et, bien sûr, à côtoyer tellement d’artistes, dont plusieurs femmes. Et justement, je constate qu’en 2025, il y a beaucoup plus de femmes qui sont très indépendantes, travailleuses et bosseuses, que ce soit sur scène ou dans la vie de tous les jours. C’est beau de voir des affiches qui sortent toutes les semaines, avec pas mal de chanteuses dessus, ce qui montre que ces artistes sont demandées et s’affirment, avec, souvent, beaucoup de succès, comme on le voit en ce moment avec des jeunes. À mes débuts sur la scène locale, il n’y avait pas autant de femmes, mais aujourd’hui, on voit que les femmes osent bien plus. Elles arrivent à sortir de leurs cocons, ce que je trouve formidable. Bravo à la nouvelle génération donc, et le seul conseil que je peux vous donner, c’est de toujours savoir vous faire respecter ! Pour des souhaits pour les femmes, je dirai qu’il ne faut jamais baisser les bras, on peut avoir le titre de femme mais il faut pas que cela nous limite à des choses précises, car rien n’est impossible pour les femmes, et tellement de femmes l’ont prouvé ! Alors, nou kontign manz ar li !»
Aurélie Halbwachs-Lincoln, championne de cyclisme : «Que les femmes puissent vivre leur potentiel»
«Mon souhait en tant que femme, serait de voir une société où toutes les femmes, indépendamment de leur origine, de leur statut socio-économique ou de leurs choix, puissent vivre pleinement leur potentiel sans être freinées par des stéréotypes ou des discriminations. Dans le sport au niveau mondial, on commence enfin à voir que les femmes ont autant leur place que les hommes. Par exemple à Paris 2024, on a eu autant de femmes que d’hommes comme participants et j'espère que ça va changer dans ce sens à Maurice aussi.»
Marie-Laure Ziss Phokeer, Manager de Small Step Matters.org : «Les femmes partagent des défis»
«Je pense qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’être femme en 2025. Il y en a une multitude, dépendant de nos conditions socio-économiques, de notre état de santé, de notre lieu de vie. Cependant, les femmes partagent des défis, certains en commun. Par exemple, elles doivent arbitrer des choix que les hommes n’ont pas à faire, comme s’arrêter de travailler pour donner naissance à un bébé (ou accueillir un enfant en famille d’accueil ou suite à une adoption), et donc donner plus ou moins de la place à leur vie familiale aux dépens de leur vie professionnelle et de leur indépendance économique. Car, en majorité, elles sont toujours moins payées en 2025 que les hommes, donc ce sont encore trop souvent les femmes qui sacrifient une partie de leur temps de travail pour garder les enfants. Cumulé à cela, le manque drastique de mode de garde abordable et de qualité pour les enfants à Maurice et le nombre de jours sans école (vacances, fortes pluies…), le tableau n’est pas très rose ! De plus en plus de femmes se retrouvent en situation de précarité, voire de dépendance économique, vis-à-vis de leur conjoint. Ce qui les place en situation de vulnérabilité et les expose à de la violence psychologique et physique. C’est la réalité que je côtoie lors des visites de terrain auprès des bénéficiaires des ONG pour Small StepMatters. J’ai plusieurs souhaits pour la femme mauricienne. La santé maternelle et reproductive est une urgence prioritaire, donc le droit de pouvoir choisir et mettre fin à une grossesse non désirée, le droit à l’interruption volontaire de grossesse est primordial. Ensuite, il y a le droit à l’adoption. Un droit qui existe dans les faits, mais qui repose sur une législation totalement bancale, qui doit être revue depuis plus de 10 ans pour répondre aux exigences de la Convention de La Haye. Le droit à la péridurale gratuite dans le système hospitalier public en 2025 me parait essentiel, ainsi que le droit de donner naissance en étant soutenue dans la salle de travail par son ou sa partenaire de vie. Enfin, des mécanismes de protection et d’accompagnement pour les femmes victimes de violence à toutes les étapes de leur vie (harcèlement scolaire ou sexuel, violences en milieu de soins ou dans les homes…) doivent être revus en concertation avec les acteurs de la société civile.»
Irna Jafferbeg, directrice d'entreprise : «Que toute les femmes aient une vie où elles ont la liberté et le pouvoir de réaliser leurs rêves personnels»
«Pour moi, être une femme en 2025, c'est choisir son mode de vie et utiliser sa voix pour exprimer ses valeurs et ses besoins, et ne pas avoir à choisir entre carrière et vie personnelle. Être une femme active en 2025 signifie probablement apprendre à vivre avec le sentiment de ne jamais être au bon endroit au bon moment, de parvenir, néanmoins, à y trouver un certain équilibre. Être une femme en 2025, c’est faire preuve d’audace. C’est s’autoriser à prendre une place. En tant que femme, il faut pouvoir dire “non”, “j’ai quelque chose à dire, je ne suis pas juste une poupée, je me refuse à en être une”. Je pense qu’il est plus facile d’être une femme dans la société actuelle, mais des comportements sexistes persistent encore, malheureusement. Il y a encore des codes à changer pour faire avancer la société. Il y a des progrès à faire dans tous les domaines de la société : politique, économique, social ou culturel... Pour être honnête, je trouve qu’on évolue mais il y a quand même ces jugements qui restent assez présents car liés à des idéologies ancrées depuis des siècles dans nos sociétés. Mon souhait pour cette journée est que toutes les femmes aient une vie où elles ont la liberté et le pouvoir de réaliser leurs rêves personnels et uniques pour trouver le vrai bonheur, l'équilibre et l'épanouissement.»
Nelly Beg, fondatrice et responsable des structures de l’ONG AFED : «Prendre soin de nous, un cadeau, une faveur à s’offrir»*
«Être femme en 2025, ça donne parfois le vertige ! Nous sommes un peu équilibriste. Jongler entre le travail, la maison, les enfants, notre santé mentale et physique et nos projets ; tout doit coexister dans une harmonie parfaite. Il faut, constamment, trouver le bon dosage. On est femmes et, bien souvent, le monde ne tourne pas en notre faveur. Au travail, par exemple, on doit exceller pour être considérée à la hauteur. Être un homme tout simplement versus devoir toujours prove your worth en tant que femme : le match n'est pas égal. L’homme a son job, ses activités qui lui sont propres. La femme a son travail, le ménage, les repas à préparer, le repassage à gérer, les devoirs des gamins. Elle doit écouter les petits soucis des autres membres de la maison. Ce qui lui laisse peu de place à la santé qu'elle soit physique ou mentale. Et c'est là mon souhait aujourd'hui ; il est temps que la santé (physique et mentale) de la femme soit au cœur de nos considérations et de nos priorités. Car elle fait face à d’innombrables problèmes de santé comme l’endométriose, la périménopause, la ménopause, les cancers, l’accouchement, la dépression post-partum. Autant de maux qui sont tabous. Les maladies sont, souvent, prises en charge sur le tard. Alors en 2025, nous devrions dégager du temps pour que nous puissions prendre soin de nous. C’est un cadeau que nous devrions nous faire, une faveur que nous devrions nous offrir. Je souhaite aussi l’autonomie des femmes. L’indépendance est la clé à de nombreuses situations d’abus et d’emprise. Je rêve de centres d’écoute bienveillante afin qu’elles soient écoutées sans jugement, conseillées, aidées réellement. Super Journée internationale de la femme à toutes les warriors qui restent debout malgré la difficulté du combat !»
AFED : Association pour l'accueil des femmes et des enfants en difficulté
Sharonne Maulette, présidente de la Fédération mauricienne de jiu-jitsu brésilien : «Le rôle de la femme a évolué avec le temps»
«Je dirais qu’en 2025, le statut de la femme est très mis en valeur dans notre société. Il est placé très haut, au point d'être considérée égal à l'homme. Le rôle de la femme a évolué avec le temps et aujourd’hui, la femme occupe une place encore plus fondamentale dans la société et dans son développement. Elle brise les barrières et est présente dans tous les domaines comme en sport où elles sont de plus en plus nombreuses à pratiquer une activité physique mais aussi à occuper des postes importantes dans l’encadrement et l’administration. La femme mauricienne pratique les arts martiaux et les sports à haut risque comme l’homme. De nos jours, les athlètes féminines gagnent de plus en plus de visibilité et sont égaux en termes d’opportunités et de reconnaissance. Contrairement au passé, elles sont aussi de plus en plus jeunes à se mettre au sport et les structures d’encadrement leur sont beaucoup plus accessibles lorsqu’elles désirent s’adonner à n’importe quelle activité. Les grandes sportives mauriciennes ont contribué à cette émancipation de la femme comme dans tous autres secteurs. Leurs actions ont servi d’exemple à d’autres femmes. Mais cela ne veut pas dire que c’est le cas partout. Il reste encore du chemin à faire, des obstacles à surmonter, car il existe encore cette mentalité chez certaines personnes qui considère encore la femme comme étant faible et ne peut occuper des fonctions de hautes responsabilités.»
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