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11 avril 2026 19:00
L’affaire entourant le mufti Azhar Peerbocus continue de prendre de l’ampleur. Alors que la police intensifie son enquête sur de graves allégations de maltraitance visant l’ancien Acting Principal de la Twaha Academy Boarding School - qui aurait déjà quitté le pays - de nouveaux témoignages émergent, provoquant une véritable onde de choc.
«Nou ti fer li konfians». Cette phrase prononcée par l’une des victimes présumées du mufti Azhar Peerbocus est lourde de sens. Cet adolescent fait partie de ceux ayant porté plainte à la police pour maltraitance depuis l’éclatement de cette affaire. La ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, a confirmé que trois cas d’allégations de maltraitance physique font actuellement l’objet d’investigations formelles, après que plusieurs élèves se sont manifestés auprès de la Family Protection Unit et des services de soutien familial.
La ministre a lancé un appel aux parents et aux victimes potentielles afin qu’ils dénoncent tout abus subi au sein de l’établissement. Parallèlement, la police poursuit ses recherches pour retrouver Azhar Peerbocus, qui aurait quitté Maurice pour l’Afrique du Sud avec un billet aller simple au début du mois d’avril, alors même que les soupçons commençaient à émerger publiquement. Il aurait embarqué le 1er avril à destination de Johannesburg. L’un des éléments les plus accablants examinés par les enquêteurs est une bande sonore circulant sur les réseaux sociaux, dans laquelle une voix attribuée à Azhar Peerbocus proposerait Rs 1000 à un enfant en échange de son silence.
Dans cet enregistrement, l’homme demanderait à l’élève de nier certains faits et de ne pas confirmer qu’il aurait dormi dans sa chambre. Cette bande audio fait désormais l’objet d’une enquête spécifique de la police, qui la considère comme une pièce potentiellement déterminante dans le dossier. L’une des victimes confirme plusieurs faits troublants : «Linn deza blok enn kamarad ek mwa dan enn lasam ek obliz nou fim mass. Nou ti gagn nisa. Zame li pann tous mwa selman», avance l’adolescent. Les parents de ce dernier avaient déjà demandé son transfert vers un autre établissement privé peu avant que cette affaire ne soit rendue publique. Leur fils a passé un total de trois ans à la Twaha Academy.
«Mufti la ti kontan bate pou narnye ousi. Noun deza denons li ek nou bann paran me zot pa ti krwar nou avan. Zot ousi zot ti gard konfians dan li», ajoute l’adolescent, qui a officiellement porté plainte à la police le 8 avril. Une autre victime allègue que le mufti Azhar Peerbocus lui aurait fait porter un string. Les témoignages d’autres victimes présumées sont également accablants. Face à l’émoi suscité par cette affaire, plusieurs institutions ont pris position.
«Zéro tolérance»
La Jummah Mosque a notamment publié un communiqué condamnant fermement toute forme d’abus ou de mauvaise conduite envers des enfants, réaffirmant une politique de «zéro tolérance» face aux abus physiques, émotionnels ou sexuels. L’institution a également appelé toutes les structures religieuses et éducatives islamiques du pays à renforcer leurs dispositifs de protection de l’enfance, notamment via des contrôles d’antécédents pour les enseignants et des mécanismes de signalement plus rigoureux.
Les muftis sont des religieux spécialisés en droit islamique et généralement très respectés au sein de la communauté musulmane pour leur savoir et leur interprétation du Coran et de la Sunna. Le mufti Azhar Peerbocus est bien connu à Port-Louis. Il a suivi une formation religieuse approfondie et obtenu son diplôme de mufti dans le cadre d’un programme en Afrique du Sud. Il a ensuite participé à de nombreuses conférences et prêches religieux, tant dans des mosquées locales qu’à l’étranger. Ses activités étaient relayées via diverses publications associatives et sur les réseaux sociaux.
De son côté, le ministre du Transport, Osman Mahommed, a publiquement démenti toute implication dans le départ d’Azhar Peerbocus du territoire mauricien, après que des rumeurs sur les réseaux sociaux ont laissé entendre qu’il aurait facilité sa sortie du pays. Le ministre a rejeté «formellement» ces accusations. L’affaire trouve son origine à la fin du mois de mars, lorsqu’un élève de Grade 9 de la Twaha Academy aurait dénoncé des comportements inappropriés impliquant Azhar Peerbocus. Ces premières révélations ont immédiatement déclenché une enquête interne et conduit à son éviction de ses fonctions le 30 mars.
Le lendemain, la direction de la Twaha Academy a officiellement déposé une Precautionary Measure Statement à la police après avoir été informée des accusations pesant contre son Acting Principal. Cette démarche visait à signaler les allégations tout en se dissociant de toute responsabilité institutionnelle dans les faits dénoncés. La direction de la Twaha Academy a retenu les services de Me Assad Peeroo. Le Maulana Hussein Luckheea, porte-parole de l’établissement, assure collaborer pleinement avec la police et les autorités pour le bon déroulement des enquêtes en cours.
Le 2 avril, deux élèves de l’établissement âgés de 14 et 15 ans se sont rendus à la Brigade pour la Protection de la Famille afin de déposer plainte contre le mufti Peerbocus. Ils auraient dénoncé des faits de violences physiques et de maltraitance répétée. L’un des adolescents affirme notamment avoir été forcé à fumer du gandia par le religieux incriminé, tandis que d’autres accusations portent sur des actes de brutalité physique et de pression psychologique. Des allégations de nature sexuelle circulent également, mais n’ont pas été confirmées officiellement à ce stade.
Sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications et témoignages anonymes relaient des accusations beaucoup plus graves, évoquant notamment de possibles délits sexuels et comportements à caractère pédophile. Toutefois, à ce stade, la police indique n’avoir enregistré aucune plainte officielle pour délit sexuel, les investigations en cours portant formellement sur des allégations de maltraitance physique et d’abus sur mineurs. Les autorités appellent à éviter toute spéculation non vérifiée susceptible de nuire à l’enquête ou de compromettre d’éventuelles procédures judiciaires futures.
L’affaire Azhar Peerbocus dépasse le cadre de la Twaha Academy et soulève de sérieuses questions sur la protection des enfants dans les établissements confessionnels et internats privés à Maurice. Pour de nombreux observateurs, ce dossier pourrait constituer un tournant dans la gestion des plaintes liées à la protection de l’enfance au sein des institutions religieuses et éducatives.
Tandis que la police poursuit son enquête et tente de localiser le suspect à l’étranger, la pression s’intensifie pour faire toute la lumière sur l’ampleur des abus présumés au sein de l’établissement. L’enquête se poursuit.
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