Après chaque chute, il existe la possibilité de se relever, de recommencer et de vivre une vie nouvelle. Chaque erreur, chaque accident de parcours peut ouvrir la voie à la rédemption à condition de bénéficier d’une véritable seconde chance, de saisir cette opportunité à bras ouverts et d’être accompagné sur le chemin de la reconstruction. C’est justement la mission de l’association Kinouété.
Fondée en 2003, cette ONG œuvre auprès des détenus et des ex-détenus afin de les accompagner tout au long de leur parcours de réinsertion. À travers un encadrement adapté et des actions concrètes, elle favorise leur réhabilitation et leur réintégration dans la société de manière durable en leur offrant les outils nécessaires pour reconstruire leur vie.Il y a quelques jours a pris fin un programme de formation professionnelle en coiffure à la prison des femmes de Beau-Bassin. Un projet qui a débuté en mars et qui a été rendu possible grâce à une collaboration entre l’association Kinouété, la Mauritius Prison Service et la MITD. Ainsi, pendant 14 séances, neuf détenues ont été formées aux techniques professionnelles de la coiffure.
L’idée de leur proposer une telle formation est née d’un constat bien précis, explique Saoud Muthy, psychothérapeute et Liaison Executive de l’association Kinouété. «À leur sortie de prison, les anciens détenus sont confrontés à deux obstacles majeurs : l'absence de qualification professionnelle et les difficultés à décrocher un emploi en raison de leur certificat de caractère.» C’est pour répondre à cette double réalité que l’association propose des formations, dont ce cours en coiffure. «Nous avons identifié la coiffure comme un métier accessible, peu coûteux en matériel et permettant de travailler à son compte. La formation a donc été mise en place pour offrir aux détenues proches de la libération une compétence concrète et une autonomie financière, réduisant ainsi les risques de récidive. Cette approche rejoint d'ailleurs les recommandations du rapport de l'ancien juge Paul Lam Shang Leen sur la mort du détenu Andy Selmour à Melrose, qui soulignait la nécessité de "programmes modernes de réhabilitation, de formation professionnelle et d’activités structurées pour les détenus"».
Et l’impact sur les neuf bénéficiaires, explique notre interlocuteur, a été positif tant sur le plan professionnel que personnel. Afin de booster leur potentiel et de mettre toutes les chances de leur côté, l’association a aussi proposé des formations complémentaires afin de renforcer leur préparation à la sortie et leur retour à la vie active.
Se reconstruire
«Elles ont pu avoir accès à des formations de développement personnel, de compétences de vie (life skills) et de préparation à la sortie (pre-release). L'impact sur les neuf participantes a été significatif. Nous avons constaté une nette évolution de leur confiance en elles : d'abord timides et réservées, elles sont devenues plus ouvertes, fières de montrer leurs progrès et de parler de leur projet professionnel. Leur motivation a également augmenté, car la formation leur a redonné une perspective d’avenir et un sentiment d’utilité. Certaines ont même exprimé un sentiment de "libération" intérieure, voyant dans la coiffure une véritable chance de repartir à zéro et de subvenir à leurs besoins de manière légale.»
Forte du succès de cette formation, l’équipe de Kinouété souhaite renouveler ce genre de programme afin d’offrir à d’autres détenus la possibilité d’acquérir de nouvelles compétences. «Sans la collaboration constante du commissaire des prisons, des autorités pénitentiaires, des détenues et surtout de sponsors tels que l'Organisation internationale de la francophonie, l'Union européenne, et la National Social Inclusion Foundation, ce projet n'aurait pas abouti. D'autres programmes professionnels ont aussi été lancés pour les détenues femmes et dans d'autres prisons pour hommes. Pour la prison des femmes, nous avons mis en place des cours d'agriculture, de pâtisserie et de couture. Pour les hommes, des cours de coiffure et d'agriculture. Un grand merci au MITD ainsi qu'aux officiers des prisons du département Trade, qui ont dispensé les formations.»

Pour Saoud Muthy, ce genre de formation peut sans aucun doute faciliter la réinsertion sociale et réduire les risques de récidive après la libération. Surtout qu’une fois libérées, les détenues continueront de bénéficier de l’encadrement et l’accompagnement de Kinouété. «Cela inclut un suivi pour aider les participantes à créer leur propre micro-entreprise de coiffure, avec des conseils administratifs, la recherche d’un local à l’achat du matériel et la mise en relation avec des salons partenaires ou des réseaux professionnels pour faciliter l'embauche. L'objectif est d'assurer une transition concrète entre la formation en prison et une activité professionnelle stable à l'extérieur.» Pour Kinouété, une condamnation ne doit pas signifier la fin d’un parcours. Avec un accompagnement adapté et des outils concrets, chaque personne peut avoir l’opportunité de se reconstruire et de retrouver sa place dans la société.
Pour mieux réinsérer
Si elle a permis aux participantes d’acquérir les techniques de base de la coiffure, cette formation avait également plusieurs autres objectifs.Elle visait d’abord à favoriser leur réinsertion sociale et professionnelle en leur offrant une compétence concrète afin de faciliter leur retour à l’emploi ou de leur permettre de se mettre à leur compte une fois sortie de prison.
Le programme avait également pour ambition de lutter contre la récidive en leur donnant accès à une source de revenus légale et durable, afin de les aider à retrouver une stabilité financière et sociale. La formation représentait aussi une alternative face aux difficultés liées au certificat de caractère. Le métier de la coiffure offrant la possibilité de travailler à son propre compte, il peut permettre de dépasser les barrières auxquelles certains anciens détenus sont confrontés lors d’une recherche d’emploi.
Au-delà de l’aspect professionnel, cette initiative cherchait à renforcer l’estime de soi et la confiance des participantes en leur permettant d’acquérir un métier valorisant, porteur de dignité et d’espoir pour l’avenir.
