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Par Cloé L'Aimable
9 mars 2026 09:51
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Media Trust, en collaboration avec le ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, a organisé, le jeudi 5 mars, un atelier destiné aux journalistes sur la couverture médiatique de la violence basée sur le genre.
Adriana Coutequel, Anna Muthoora et Sivanee Saminaden. Trois noms, trois femmes, trois vies brutalement interrompues sous les coups de leur conjoint. Derrière ces tragédies se cachent des familles brisées et une réalité qui interpelle chacun d’entre nous : la violence envers les femmes. Se souvenir d’elles, c’est aussi rappeler l’urgence de poursuivre la lutte contre ce fléau. Et cela passe aussi par la couverture médiatique. Encore faut-il que cela se fasse dans le respect des victimes et des familles. Un aspect qui était au coeur de l'atelier organisé par le Media Trust, en collaboration avec le ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Cet atelier réunissant des professionnels des médias était animé par Mme N. Jugnah, Senior Family Welfare and Protection Officer, qui a partagé son expérience de terrain ainsi que les réalités auxquelles font face les victimes. À travers des échanges interactifs et des discussions ouvertes, les participants ont également pu mieux comprendre le rôle et le fonctionnement de la Family Welfare and Protection Unit qui accompagne et soutient les victimes dans leurs démarches.
Cet atelier a permis aux journalistes présents de mieux saisir les codes d’éthique à respecter lorsqu’ils couvrent des sujets impliquant des victimes de violence. L’accent a été mis sur l’importance d’un traitement médiatique sensible, respectueux et responsable, afin d’éviter toute forme de stigmatisation ou de victimisation. Les participants ont également approfondi leur compréhension des différentes formes de violence, notamment les violences physiques, sexuelles, économiques et verbales, ainsi que le féminicide, un phénomène qui suscite de plus en plus d’inquiétude dans la société.
Mme N. Jugnah a également évoqué les cas de violence à l’encontre des hommes, un sujet souvent laissé de côté dans les discussions publiques. Selon les statistiques couvrant la période de janvier à octobre 2025, 944 hommes ont été victimes de violences domestiques, contre 5 614 femmes. Un écart important qui démontre toutefois que, si les femmes demeurent les principales victimes, les hommes ne sont pas épargnés par ce phénomène. Par ailleurs, en 2023, un total de 7 177 cas de violences de tous types ont été enregistrés auprès des services de la Family Welfare and Protection Unit.

La ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, Marie Arianne Navarre-Marie, était présente pour la remise des certificats aux participants. Lors de son discours, elle a insisté sur la nécessité pour les journalistes de veiller à ce que leur couverture médiatique contribue à sensibiliser la population, à soutenir la prévention et à aider à protéger les femmes et les filles.
La ministre a souligné que les violences basées sur le genre demeurent un problème sociétal grave qui touche de nombreuses familles mauriciennes et qui, dans certains cas, peut mener à des conséquences tragiques. Elle a appelé à une approche collective et coordonnée impliquant les institutions gouvernementales, la société civile, les autorités chargées de l’application de la loi ainsi que les médias, afin de lutter efficacement contre ce phénomène.
«Nous vivons à une époque où l’information circule à une vitesse vertigineuse. Des images de victimes sont parfois diffusées sans leur consentement, tandis que des familles endeuillées se retrouvent exposées au regard du public sans ménagement. Ce comportement ne relève pas de l’information, mais de l’exploitation, et cause un préjudice réel à la dignité des victimes, à leurs familles et à notre société», a affirmé la ministre.
Afin de lutter contre l’augmentation des cas de féminicide, la ministre a également évoqué un nouveau projet de loi actuellement en cours de validation : le Domestic Abuse Bill. Ce projet vise à renforcer les mesures de protection et d’accompagnement pour les victimes de violences domestiques. «Nous avons aussi d’autres mécanismes, notamment des programmes que nous mettons en place, comme le Parenting Empowerment Programme. Nous travaillons également sur le concept de masculinité positive en collaboration avec les jeunes du collège Bhujoharry», a-t-elle expliqué.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Marie Arianne Navarre-Marie a souhaité adresser un message d’espoir aux victimes. «Pa bes zot lebra. Ena lotorite ki la, ena bann organizasion ek bann zournalist ki la pou ed zot. Pa ezite denons tou form violans. Nou la pou ekout zot», a-t-elle déclaré. La ministre a aussi lancé un appel aux proches des victimes afin qu’ils n’hésitent pas à dénoncer ces actes de violence et à contribuer à briser les tabous qui entourent encore trop souvent ce phénomène.
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