Publicité

Le meurtrier et ex-mari de Sheena Buleeram condamné à perpétuité

Vishan, le frère de la victime : «Sa latant-la finn rann nou malad me lazistis pa finn desevwar nou»

14 décembre 2025

Ne supportant pas que Sheena ait tourné la page, Umaiir Nubbeebucus l'a assassinée.

La Cour Suprême de Maurice a condamné Umaiir Nubbeebuccus à la prison à vie pour le meurtre prémédité de son ex-épouse, Ganeshwaree Buleeram, alias Sheena, six ans après les faits ; une sentence qui marque un tournant dans la lutte contre la violence faite aux femmes à Maurice. Installé en Australie, son frère Vishan souffre toujours du vide émotionnel qu’elle a laissé. Il se confie.

La violence faite aux femmes est considérée par la communauté internationale comme l’une des violations des droits humains les plus répandues et systématiques à travers à travers le globe. Elle est donc fondamentalement liée à la Journée internationale des droits de l’homme, célébrée le 10 décembre chaque année. Ce mercredi, alors que le monde entier commémorait cette journée, c’est un signal fort que notre cour Suprême a envoyé : elle a condamné Umaiir Nubbeebuccus à la prison à vie pour le meurtre prémédité de Ganeshwaree Buleeram, plus connue sous le nom de Sheena, son ex-épouse ; une sentence qui intervient six ans après ce crime glaçant. En prononçant son jugement, le juge Mehdi Manrakhan a expliqué qu’«il est important que la voix de cette jeune femme soit entendue et que ses droits soient respectés». Arrachée à la vie froidement à l’âge de 24 ans par un homme dont elle s’était pourtant séparée trois ans plus tôt, le juge a souligné que «les femmes n’appartiennent pas à ceux ayant autrefois partagé leur vie. Leur autonomie n’est pas conditionnelle et leur refus de se soumettre au contrôle ne peut pas les condamner à la mort». Il a donc infligé la peine maximale à son meurtrier ; «la seule sentence à la hauteur de la gravité de son crime».

Lorsque Sheena avait fait la connaissance d’Umaiir Nubbeebuccus, elle n’était âgée que de 17 ans, et lui, de quatre ans son ainé. Aveuglée par l’amour qu’elle lui portait, c’est sous l’impulsion de l’émotion plutôt que de la raison qu’elle l’avait épousé sans informer les membres de sa famille en atteignant la majorité. La cérémonie s’était tenue lieu au domicile de la famille du jeune homme en présence de ses parents, choisis comme témoins, et d’un officier de l’état civil. Puisque les nouveaux mariés avaient continué de vivre avec leur famille respective, l’entourage de Sheena ne s’en était jamais rendu compte. C’était jusqu’en novembre 2015, lorsque son secret est devenu bien trop lourd à garder. «Elle était rentrée avec des traces de brûlures sur le ventre. Elle nous a raconté qu’Umaiir l’avait agressée parce qu’elle lui avait reproché de voir d’autres femmes et d’avoir mis enceinte d’une d’elles. C’est là qu’elle nous a avoué avoir fait la bêtise de l’épouser», confient ses proches. La douleur de cette épreuve avait été l’élément déclencheur de sa prise de conscience. Elle n’avait pas tardé à entamé les démarches pour le divorce, résolue à tirer un trait sur ses erreurs pour écrire un nouveau chapitre de sa vie.

La roue avait commencé à tourner dans le bon sens pour Sheena après sa séparation. Brillante et ambitieuse, elle avait terminé ses études tertiaires en Health and Safety Management, obtenu son diplôme, suivi des stages, et décroché un poste dans ce domaine dans un hôtel de l’est en août 2019. Son frère Vishan, installé à l’étranger, relate qu’«elle envisageait même de me rejoindre en Australie après avoir eu une expérience professionnelle d’un an pour y construire sa carrière». En attendant que ses projets se concrétisent, dit-il, «elle voulait décrocher son permis. J’avais prévu de lui envoyer de l’argent dès que ce serait fait pour qu’elle s’achète une voiture. Elle était la seule de notre fratrie à vivre avec nos parents ; cela lui aurait servi de conduire notre père malade à ses rendez-vous médicaux». Pour couronner le tout, elle avait aussi trouvé le bonheur dans sa vie privée. «Nous avions appris qu’elle avait fait la connaissance de quelqu’un d’autre et qu’elle nous l’aurait présenté pour les fêtes de fin d’année cette année-là», poursuit Vishan. Cependant, une épine invisible continuait de gâcher l’ivresse de son bonheur retrouvé.

Fixation malsaine

Après leur séparation, Umaiir Nubbeebuccus avait épousé la jeune femme qu’il avait mise enceinte ; une autre relation qui s’est soldée par un divorce à cause de son comportement, violent selon nos sources. Il s’était, depuis, lancé dans une quête obstinée pour reconquérir Sheena, même si elle ne voulait manifestement plus de lui ; une détermination qui s’est peu à peu muée en fixation malsaine. «Linn re rant an kontakt avek mo ser, fer fos kont pou koz avek li lor Facebook, sonn kot vwazin pou demann pou koz avek li. Linn plore avek li lor telefonn, dir li ki linn fer enn errer, ki li pa pou kapav viv san li. Ma sœur avait le cœur sur la main ; elle éprouvait de la sympathie pour lui. Elle l’avait même aidé à obtenir du travail dans le même hôtel, mais cela l’avait poussé à croire qu’il avait toujours une chance avec elle. Il ne l’a pas supporté lorsque Sheena lui a fait comprendre qu’elle ne reviendrait pas sur sa décision, qu’elle était passée à autre chose.» L’entourage de Sheena se souvient qu’en août 2019, Umaiir Nubbeebuccus aurait attendu la jeune femme après ses heures de travail et l’aurait agressée parce qu’elle ne voulait pas se remettre avec lui. «Sa grande sœur lui avait demandé de porter plainte mais elle n’avait pas voulu, ne voulant pas compromettre l’avenir professionnel de cet homme», dit Vishan. Progressivement, ses menaces et accès d’agressivité se sont multipliés. Craignant pour sa vie, Sheena s'était tournée vers la police cinq jours avant d’être tuée. Celle-ci aurait donné un avertissement au jeune homme, lui demandant de ne plus s’approcher de son lieu de travail, mais Umaiir Nubbeebuccus était obsédé par l’idée de savoir avec qui Sheena avait refait sa vie ; une curiosité le rongeant au point de le pousser à la folie.

A l'âge de 18 ans, Sheena l'avait secrètement épousé mais n'avait pas tardé à réaliser son erreur et demandé le divorce.

Le 8 novembre 2019, dans la matinée, Umaiir Nubbeebuccus avait, une nouvelle fois, pressé Sheena de questions sur sa vie privée ; ce à quoi elle avait refusé de répondre. D’après l’enquête policière, le jeune homme avait ensuite été aperçu dans les parages du supermarché Super U de Flacq aux alentours de 10 heures, où il avait acheté un couteau. Puis, dans l’après-midi, il a fait fi des avertissements de la police et attendu son ex-compagne sur son lieu de travail. Lorsque celle-ci a refusé de grimper à bord de son véhicule, il a suivi le van la ramenant à Sebastopol. Dès que Sheena en est descendue, il l’a agrippée, forcée à grimper dans la voiture, et l’a conduite dans divers endroits où il s’est acharné sur elle. Sheena a reçu des gifles, de violents coups sur tout le corps, et a parfois même été étranglée. Umaiir Nubbeebuccus a reconnu qu’à chaque fois qu’elle perdait connaissance, il l’aspergeait d’eau pour la réveiller, puis la tabassait de plus belle. Dans une ultime tentative d’avoir la vie sauve, Sheena a tenté de dévier le volant de la voiture dans les parages de Camp-de-Masque, mais lorsque celle-ci a terminé dans le fossé, son bourreau l’a sortie du véhicule et conduit dans les champs de cannes avec rage. Elle l’a supplié de ne «pa pike», mais il a fait abstraction de ses implorations désespérées et lui a infligé plusieurs coups de couteau. «Si to pa vinn pou mwa, to pa pou vinn pou personn», pensait-il. L’autopsie a révélé que Sheena a été poignardée pas moins de huit fois, le coup fatal ayant été porté au cœur. Tandis que des examens post-mortem ont révélé qu’elle a également été violée et sodomisée pendant son enlèvement.

Circonstances déchirantes

Six ans plus tard, le vide émotionnel qu’a laissé Sheena pèse toujours aussi lourd sur les membres de sa famille. L’attente a été longue, éprouvante, voire insupportable, mais bien que le verdict est venu marquer la conclusion de ce procès, ils reconnaissent que «cela nous a rendus malades d’avoir eu à attendre si longtemps pour entendre sa sentence. J’ai eu des problèmes de santé à cause du stress, tandis que notre père, déjà malade, a fait une deuxième attaque». Vishan lâche avec peine que le poids de l’absence de sa petite sœur est constant, ravivé à chaque fois qu’il repense aux circonstances déchirantes et inacceptables de sa mort. «Zame nou ti pou panse enn zafer koumsa pou arrive dan nou fami, ki nou pou retrouv nou dan sa sityasyion-la. Enn sel kout nou lemond inn boulverse.» Bien qu’il concède que cette souffrance incommensurable l’accompagnera jusqu’à la mort, il se dit tout de même «reconnaissant envers tous ceux ayant mis leur temps et leur énergie dans cette affaire, à l’instar de l’inspecteur Appadoo et son équipe, la procureure ayant représenté les intérêts de Sheena, et le juge, qui a reconnu la gravité de ce crime et montré l’exemple en infligeant une sentence pareille. Nous remercions tous ceux ayant contribué pour rendre justice à ma sœur. Kan sa dram-la finn deroule, li ti bien difisil pou nou kontrol nou bann lemosion. Par moman, nou finn ena bann panse negatif me nou finn azir kouma bann dimounn responsab. Nou finn gard konfians an lazistis ; lazistis pa finn desevwar nou». Il lance tout de même un appel au Premier Ministre «pour que les lois soient amendées pour mieux protéger les victimes. Dimounn nepli per pou fer bann krim ; ti bizin anvizaz remett lapenn de mor». Il est également d’avis que nos forces de l’ordre devraient être mieux équipées afin de pouvoir agir plus promptement.

Le juge Mehdi Manrakhan a souligné une tendance alarmante à Maurice où les agressions sur les femmes, perpétrés par leurs ex-partenaires, a connu une hausse au cours de ces dernières années. «When a young woman, after repeated reports of harassment and violence, is still hunted down, abducted, tortured and killed because she chose to live her life free from a former partner, the Court must give voice to the collective moral outrage that such crimes evoke.» Fustigeant la police, il a fait ressortir que «Sheena a fait tout ce la loi attend d’une personne qui se sent en danger. Elle a rapporté le cas, mais ses appels à l’aide ont été ignorés. Elle n’a pas été protégée». Bien que son meurtrier a plaidé coupable, a fait preuve d’un comportement exemplaire en prison jusqu’ici et fait part de son souhait de vouloir voir grandir son enfant, le juge Mehdi Manrakhan a estimé que «it is too little, too late» et imposé la peine maximale.

Publicité