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Eva de Gersigny

100 ans, des peintures, des souvenirs et une vie pétillante

4 avril 2026

Une dame qui ne manque pas d'énergie, d'anecdotes, et qui ne fait décidément pas son âge.

Le 15 mars 2026, elle entrait dans le club select des centenaires mauriciens. Pourtant, s’asseoir avec cette femme, passionnée par la vie et par l’art, est un voyage des plus énergiques.

Elle nous le dit d’emblée : «Le président de la République m’a demandé lors de l’exposition : mais où est l’artiste centenaire ? Je lui ai répondu : mais c’est moi !» Ce n'est guère surprenant, car à la voir, on ne dirait jamais qu'Eva de Gersigny vient de souffler ses 100 bougies. C'était le 15 mars dernier, entourée de ses quatre enfants, neuf petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants.

En plus de cette belle célébration, elle vient d’exposer, et même de vendre, plusieurs de ses tableaux lors de la récente exposition de l’Atelier Art Pour Tous – au Hub de la zone industrielle de Phoenix – elle fait partie depuis environ huit ans. Elle a proposé des peintures de feuilles et de fleurs, entre autres, sur du papier de riz, dans un style très chinois. Toute une aventure pour notre interlocutrice qui est en très grande forme. On a rarement vu une centenaire avec autant d’énergie et qui ne fait pas son âge à ce point ! Souriante, elle nous regarde contempler ses peintures restantes. La question se pose : qu'est-ce qui l’inspire pour ses œuvres ? «Je regarde et je peins ce que j’aime. Et je remercie d’ailleurs toutes ces personnes qui m’ont acceptée dans le groupe d’artistes, j’apprends toujours énormément d’eux.»

Durant son siècle de vie très remplie, elle en a appris et vu des choses ! D’abord, elle évoque la Seconde Guerre mondiale, qui a été plus ou moins le déclencheur de son amour pour l’art : «C’était un moment très dur. Les gens, dont beaucoup que je connaissais, quittaient le pays en masse à cette époque. Et c’est là que j’ai commencé à apprécier l’art, c’était comme une échappatoire. C’est d'ailleurs un soldat français, paralysé d’un côté et qui était venu à Maurice pour sa rééducation, qui nous a introduits à la peinture. En même temps, j’étais fascinée et heureuse de découvrir des peintres d’ici comme Marcel Lagesse. Après je me suis mariée, j’ai délaissé les pinceaux, j’ai eu des enfants, j’ai beaucoup voyagé en Europe, en Afrique du Sud, etc… Par contre, je vous avoue que quand j’ai repris le pinceau il y a huit ans avec l’Atelier, c’est revenu tout seul, comme la bicyclette, tiens !»  

Et des anecdotes, elle a en a plein. Une lueur sombre lui traverse le visage quand elle évoque le cyclone Carole «qui a mis le pays à genoux» et ses yeux pétillent lorsqu’elle raconte «ce beau moment» vécu au Champ-de-Mars le 12 mars en 1968, pour la célébration de notre Indépendance. Tout comme elle a vécu les développements immobiliers à Curepipe où elle a vécu tant d’années ou encore l’avènement du smartphone : «Je m’en sers, mais que pour WhatsApp, pas autant que les jeunes (rires). C’est plutôt pratique, surtout quand on pense que dans le passé avec le courrier, les nouvelles mettaient du temps à arriver.» 

Et bien sûr, la question qui brûle les lèvres : quelle est la formule pour avoir cette énergie et cette forme des plus surprenantes ? «Je pense que c’est grâce au sport. Quand j’étais jeune, j'en pratiquais tellement, tennis, équitation... Je n’ai jamais arrêté de pratiquer, d'ailleurs, même après la naissance de mes enfants. Je faisais aussi beaucoup de bicyclette. Je me rappelle du temps où on allait voir les matchs de hockey sur gazon au Gymkhana. On rentrait ensuite en s’accrochant au train. C’était une sacrée époque !» On a surtout l'impression qu’elle a vécu plusieurs vies !

Eva de Gersigny, c’est aussi des mots de sagesse, où elle vise particulièrement les jeunes : «Mon conseil principal est simple : faites ce que vous aimez. C’est ça qui vous emmenera loin dans votre vie, qui vous épanouira. Les parents aussi ne devraient pas forcer les enfants à aller vers des secteurs, des études dont ils ne veulent pas.»  

Paroles d’une pétillante centenaire….

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