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Économie, réforme et relance

2026, une année test pour le gouvernement

10 janvier 2026

Parvèz Dookhy, Manisha Dookhony et Faizal Jeeroburkhan passent à la loupe les enjeux de cette nouvelle année.

Après une année 2025 éprouvante en tout point, 2026 se dessine comme une année cruciale pour Maurice. Entre relance économique, pouvoir d’achat, dette publique, réformes structurelles et restauration de la confiance, le gouvernement est attendu au tournant sur tous les fronts. Pour les observateurs, l’heure n’est plus aux discours, mais aux actions pour un impact concret.

Bilan de 2025 et perspectives 2026

Nous avons tourné la page de 2025, une période éprouvante qui a mis à rude épreuve la résilience des Mauriciens, marquée par des promesses non tenues, des déceptions, une économie vacillante et un law and order grandement mis à mal. Place désormais à 2026, un nouveau chapitre porteur d’espoir, mais qui s’annonce aussi riche en défis, tant sur les plans économique et social.

Cette nouvelle année s’annonce décisive sur bien des points. Les regards sont bien évidemment braqués sur le gouvernement, attendu au tournant après avoir été la source de nombreuses critiques et déceptions. Car, pour beaucoup, l’heure n’est plus aux constats et encore moins au renvoi de responsabilités vers le précédent régime. L’attente est claire : agir concrètement, traduire enfin les promesses en réalités et jeter les bases d’un avenir plus prospère et plus serein pour la population qui attend un souffle nouveau.

Enjeux politiques et institutionnels : un vaste chantier

La somme de travail est colossale. Avec autant de défis à relever, 2026 sera une année-test pour le gouvernement, dont la crédibilité se mesurera à sa capacité à transformer les annonces et promesses en actions concrètes et visibles pour les Mauriciens. Outre la relance et la gestion efficace, durable et transparente de l’économie – où la population s’attend à un redressement des indicateurs macroéconomiques majeurs et une amélioration de leur pouvoir d’achat – le gouvernement devra, estime Faizal Jeeroburkhan, relever simultanément plusieurs défis sur le plan constitutionnel, politique, social, environnemental, technologique, institutionnel et juridique.

La priorité des priorités reste la relance de l’économie : «elle doit reposer sur un modèle de développement inclusif, durable et adapté aux défis du XXIe siècle, axé sur le renforcement des institutions, la recherche, l’innovation, la créativité, la formation continue des ressources humaines, le partenariat public-privé et la coopération régionale. Elle doit également encourager l’investissement public et privé dans les secteurs productifs, tout en réduisant les importations superflues et en augmentant les exportations ainsi que la productivité.»

Une tâche qui sera loin d’être une mince affaire, explique l’observateur politique. «La marge de manœuvre du gouvernement demeure limitée par plusieurs contraintes majeures, notamment une dette publique élevée, une balance commerciale largement déficitaire, l’essoufflement des secteurs économiques traditionnels, le vieillissement de la population conjugué à un faible taux de natalité, la fuite des cerveaux, la montée des fléaux sociaux, ainsi que les effets du changement climatique, entre autres.»

Pour redresser la situation, le gouvernement, poursuit Faizal Jeeroburkhan, doit faire preuve d’un leadership fort et d’une stabilité politique à toute épreuve. «Il lui incombe d’assurer une gestion efficace des affaires publiques, fondée sur l’utilisation optimale des ressources financières, humaines, logistiques et infrastructurelles, en intégrant la digitalisation et l’intelligence artificielle afin d’accroître la productivité et d’attirer les investissements. Cette action doit s’appuyer sur la bonne gouvernance, la transparence, la participation des forces vives du pays, ainsi que sur une lutte résolue contre la fraude, la corruption et les fléaux sociaux.»

Défis économiques : le grand test

Le premier gros défi sera de remettre l’économie mauricienne sur les rails. Véritable test pour le gouvernement, le challenge sera de relancer l’investissement en restaurant la confiance des investisseurs, de maintenir la discipline budgétaire, de contrôler la dette, de stabiliser la monnaie tout en améliorant la productivité, de trouver de nouvelles avenues de croissance tout en soutenant l’emploi.

Pour une économie plus durable et plus solide, estime l’économiste Manisha Dookhony, il faudra jouer aux équilibristes. «Le principal défi économique réside dans l’articulation délicate entre la consolidation budgétaire indispensable et la protection urgente du pouvoir d’achat. Cette équation est rendue plus complexe par un taux de croissance projeté autour de 3%, insuffisant pour opérer la rupture économique souhaitée ou pour réduire confortablement le fardeau de la dette publique. Il y a une urgence pour stimuler une croissance de qualité. Un taux de 3% perpétue la stagnation. Une relance ciblée doit passer par des investissements publics catalytiques dans la transition numérique, énergétique et logistique, conçus pour générer un effet de levier sur l’investissement privé. Cela implique de prioriser absolument les projets à haut rendement économique et social.»

Cette nécessité d’une croissance soutenue est d’autant plus pressante que la gestion de la dette se complique. «Le gouvernement comptait sur les fonds par rapport aux Chagos, mais les négociations risquent de prendre du retard et reportent indéfiniment ces revenus potentiels. Cet aléa impose une révision réaliste et transparente du calendrier de consolidation budgétaire. Le risque est réel : en l’absence de ces ressources anticipées et sans accélération de la croissance, les mesures d’austérité pourraient s’alourdir et s’étendre dans le temps, avec un coût social élevé.»

Pouvoir d’achat et réformes structurelles : une marge étroite

En face, il y a aussi le pouvoir d’achat des Mauriciens qui s’effrite de plus en plus et qui devrait, estime l’économiste, être davantage protégé. «Face au risque d’austérité élargie, il est crucial d’instaurer des mécanismes de compensation hyper-ciblés et temporaires pour les ménages les plus vulnérables, financés par la rationalisation de subventions inefficaces. Parallèlement, accélérer les réformes structurelles qui réduisent le coût de la vie (énergie renouvelable, transport public, concurrence dans les secteurs clés) est vital pour offrir un soulagement durable à la classe moyenne. Du coup, il faudrait réviser les prévisions afin de présenter un plan ajusté, reconnaissant explicitement le double choc d’une croissance trop faible et du report des revenus des Chagos.» Le gouvernement peut-il encore changer la donne ? Voici ce qu’en pense Faizal Jeeroburkhan : «l’Alliance du Changement s’est en partie retrouvée piégée par ses propres promesses préélectorales, souvent excessives, formulées pour assurer sa victoire. Elle a hérité, selon ses propres termes, d’une situation financière catastrophique qui l’a contrainte à renoncer à certaines promesses, alors même que les attentes citoyennes étaient à leur apogée. Si elle disposait encore d’une marge pour infléchir la trajectoire, elle a néanmoins échoué sur plusieurs dossiers sensibles (menaces de rupture, nominations politiques, absence de consultation, entre autres).»

Rétablir la confiance, un défi de taille

Selon Parvèz Dookhy, 2026 est difficile non seulement à cause de la conjoncture, mais parce que le gouvernement a perdu son capital de confiance. Avec des promesses électorales restées dans le tiroir, la sincérité et la volonté du gouvernement sont désormais remis en question. «Le gouvernement a-t-il réellement la volonté de répondre aux aspirations des Mauriciens ? Celles-ci sont claires : lutter contre la vie chère et stabiliser la roupie, aujourd’hui très faible, notamment face à l’euro. Pour y parvenir, il ne suffit pas de laisser agir la Banque centrale. Il faut une politique économique globale et cohérente. Or, il n’y a pas de ministre de l’Économie dédié ; le Premier ministre cumule avec les Finances, ce qui ne suffit pas. Les finances concernent la fiscalité, l’économie, elle, concerne le développement et la vision stratégique. Il faut une personnalité capable d’inspirer confiance au monde des affaires, et cela fait cruellement défaut à Maurice.»

La sécurité publique est un autre point noir : «c’est le grand dérapage actuellement. Il faut rétablir l’institution de la police, que ça devienne un corps indépendant et professionnel. Idem pour la lutte contre la drogue. Le gouvernement crée une organisation qui n’a pas l’expertise nécessaire. C’est pour la galerie. Il est crucial de donner enfin les moyens aux meilleurs de prendre les commandes.»

Pour Faizal Jeeroburkhan, rétablir la confiance du public ne sera pas une mince affaire : «redonner confiance à un public habitué à percevoir des bonus, allocations, subventions et services publics gratuits sans contrepartie constitue un défi majeur à court terme. Cela exige un changement de mentalité profond à tous les niveaux. Il faudrait inciter la population à produire davantage afin d’élargir le ‘gâteau national’ qui pourra ensuite être partagé de manière équitable au bénéfice de l’ensemble des citoyens.»

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