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Amar Moonesamy, 17 ans, meurt d’une «overdose» de drogue synthétique | Veena, sa mère : «Nous voulons des réponses pour faire notre deuil»

Amar Moonesamy a quitté ce monde à la fleur de l’âge.

Malgré les nombreuses initiatives prises par la police et différentes instances afin de sensibiliser le public aux ravages de la drogue synthétique, cette substance illicite a fait un mort de plus ce lundi 10 février. Amar Moonesamy, 17 ans, a rendu l’âme après une dizaine de jours aux soins intensifs. Ses proches, qui se posent de nombreuses questions sur ce qui lui est arrivé, se confient.

Cela fait maintenant plusieurs jours que l’ambiance au domicile des Moonesamy, à Rivière-Sèche, Floréal, n’est plus la même. L’atmosphère qui y règne est aussi maussade que le temps qu’il fait habituellement dans la localité. Le lundi 10 février, le soleil de cette famille s’est comme éteint. Amar, 17 ans, s’en est allé brusquement dans des circonstances tragiques. Une overdose de drogue synthétique en serait l’origine, estime la police d’Eau-Coulée. À la tristesse et au chagrin que peuvent ressentir ses proches depuis son décès inattendu et tragique s’ajoute une multitude d’interrogations : qu’a-t-il consommé ? Qui sont ceux qui étaient en sa compagnie lorsqu’il a fait un malaise ? Comment a-t-il atterri à l’hôpital Victoria ? Admis pendant une dizaine de jours au département des soins intensifs de cet établissement, Amar n’a pu être sauvé malgré les soins lui ayant été attribués. Une autopsie pratiquée par le médecin légiste de la police, le Dr Maxwell Monvoisin, a révélé qu’il a succombé à un œdème cérébral.

 

Les traits tirés et les yeux cernés d’avoir trop pleuré, Veena, la mère de l’adolescent, raconte d’une voix cassée par l’émotion, que son Amar «ti tou le tan enn bon zanfan. Zame pa finn gagn okenn problem avek li». Étudiant dans un collège des Plaines-Wilhems, il devait prendre part aux examens du Grade 11 (ex-School Certificate) cette année. Même s’il n’avait encore aucun projet pour l’avenir et qu’il ne savait pas dans quel domaine il voulait se lancer plus tard, Veena avait fondé en lui beaucoup d’espoir.

 

Lourdes responsabilités

 

Pour cause, après le décès de son père des suites d’une longue maladie il y a sept ans, Amar était l’unique homme de la maison. Et l’adolescent était conscient des lourdes responsabilités qui pesaient sur ses épaules. C’est pour cela que durant les vacances scolaires, l’année dernière, il s’était trouvé un emploi afin d’aider sa petite famille à joindre les deux bouts. «Même si ses cours avaient repris, il travaillait encore durant les week-ends pour se faire un peu d’argent», confie Veena, le cœur lourd.

 

D’ailleurs, le samedi 1er février, il venait de rentrer du boulot lorsqu’il a reçu un appel téléphonique. «C’était chose courante. Ses amis l’appelaient souvent pour lui demander de venir les rejoindre. J’ai entendu son téléphone sonner et juste après, il m’a dit qu’il sortait et qu’il n’allait pas tarder. Je ne me suis pas inquiétée», se souvient Veena. Mais deux heures plus tard, un jeune homme est venu frapper à leur porte. Il leur ramenait le téléphone portable et les écouteurs d’Amar et a informé par la même occasion Urmila, la sœur aînée de l’adolescent, que «bann-la finn amenn li lopital». «Nous n’avons pas posé plus de questions à son ami, dont nous ignorons l’identité, et l’avons laissé partir. D’ailleurs, nous ne connaissions aucun de ses amis vu qu’il ne les ramenait jamais à la maison», regrette Urmila qui est aujourd’hui dans la confusion la plus totale.

 

Sans perdre une minute, les proches d’Amar se sont rendus à l’hôpital Victoria dans l’espoir d’obtenir des réponses à leurs questions. Mais les circonstances dans lesquelles il s’est retrouvé là n’ont fait qu’en apporter davantage. D’abord, parce que l’homme qui l’y a amené n’a pas décliné son identité mais aussi parce qu’il n’a pas donné aux médecins le véritable nom de l’adolescent. «Le personnel de l’hôpital nous a indiqué qu’un étranger l’avait amené et qu’il avait présenté mon frère, qui était inconscient, sous un faux nom», soutient Urmilla. Ce n’est pas tout, ajoute-t-elle : «Nous avons aussi appris de certaines sources que plusieurs personnes étaient en compagnie d’Amar ce jour-là et qu’ils se trouvaient à Allée-Brillant.» Les questions que se pose aujourd’hui la famille Moonesamy sont nombreuses. «Nous voulons savoir qui l’a conduit à l’hôpital. Avec qui était-il lorsqu’il a fait un malaise ? Comment une chose pareille a-t-elle pu lui arriver ? Ces réponses ne nous ramèneront pas Amar mais elles nous permettront peut-être de faire notre deuil», confie Veena avec douleur.

 

Etat préoccupant

 

Les dix jours durant lesquels Amar a séjourné à l’hôpital ont semblé durer une éternité pour ses proches. «Nous lui avons rendu visite le plus souvent possible, même s’il était inconscient. Dès le départ, les médecins nous avaient prévenus que son état de santé était préoccupant. Zot inn dir nou ki so lizie ek so servo finn eklate et ki nou bizin atann nou o pir», relate Veena. D’après le personnel du poste de police d’Eau-Coulée, tout porte à croire que l’adolescent avait consommé de la drogue synthétique avec ses amis. Bien que les proches d’Amar ne l’aient jamais vu en prendre, ils n’écartent pas non plus cette thèse car le jeune homme n’en était pas à sa première admission à l’hôpital ces derniers temps. «En novembre dernier, il y avait séjourné pendant plusieurs jours, inconscient. À son réveil, il avait refusé de nous dire ce qui lui était arrivé. Il avait prétendu qu’il ne se rappelait même pas du lieu où il avait perdu connaissance et n’en avait plus reparlé.» Cette fois-là, il avait échappé de près à la mort.

 

Malgré l’état de santé critique d’Amar, le cœur de mère de Veena voulait croire à tout prix que tout finirait par bien aller pour son benjamin, jusqu’à ce que la terrible nouvelle tombe le lundi 10 février. Amar a quitté ce monde et depuis, ses proches sont dans la détresse et la confusion totales. «Li ti enn garson korek. Li ti pe al lekol ek travay pou ed nou. Pa kone ki finn arive enn kou», lâche sa mère, anéantie par cette perte inestimable. Afin d’en avoir le cœur net, Urmilla et elle ont consigné une déposition au poste de police de leur localité pour qu’une enquête puisse apporter des réponses à leurs questions. Elles lancent également un appel au public afin que ceux disposant d’informations pouvant les aider à faire leur deuil les communiquent aux forces de l’ordre.

 

Les funérailles d’Amar Moonesamy ont eu lieu ce mardi 11 février. Il a rejoint sa dernière demeure, laissant derrière lui toute une famille rongée par la tristesse, la colère et une montagne d’interrogations.

 


 

L’inspecteur Shiva Coothen : «Les campagnes de sensibilisation démarrent dès le début de l’année»

 

«Dès le début de l’année, les campagnes de sensibilisation aux drogues démarrent dans les écoles primaires et secondaires avec la Crime Prevention Unit, la Brigade des Mineurs et une équipe éducationnelle de l’Anti-Drug and Smuggling Unit», précise l’inspecteur Shiva Coothen du Police Press Office. «La police leur explique les conséquences de ces substances. Nous avons touché pas mal de jeunes.» Il explique que dans les écoles primaires, les campagnes se font dès les petites classes. «Nous sensibilisons les enfants sans entrer dans le vif du sujet», dit-il. Par contre, beaucoup plus d’explications sont apportées aux élèves de Grade 5 et 6. «Vu qu’ils entreront bientôt au collège et qu’ils seront amenés à faire face à de nouvelles situations, nous leur expliquons ce qu’il faut dire lorsque cela se produit et comment il faut agir.»

 


 

Leela Devi Dookun-Luchoomun : «Il nous faut toujours donner plus de soutien aux jeunes»

 

Sollicitée suite au décès tragique d’Amar, l’adolescent de 17 ans décédé le lundi 10 février après avoir consommé de la drogue synthétique, Leela Devi Dookun-Luchoomun, qui participait au lancement d’un programme de santé pour les jeunes le mercredi 12 février, a déclaré à la presse que son ministère dispose d’une Counselling Unit, de psychologues et de travailleurs sociaux pour accompagner les jeunes. Elle a ajouté qu’«il serait important de noter que les problèmes de drogue touchent le monde entier mais à Maurice, nous sommes assez proactifs. Le Premier ministre est lui-même allé vers les Nations unies et est revenu avec le programme Get Connected».

 

La ministre de l’Éducation assure que les mesures nécessaires sont prises. «Nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Avec le programme Get Connected, l’aide du ministère de la Santé, des professeurs et de la Counselling Unit du ministère, le travail se fait. Mais il nous faut toujours donner plus de soutien aux jeunes.» Elle explique qu’à chaque fois que son ministère prend connaissance d’un nouveau cas, le suivi est fait avec la police, la Crime Prevention Unit, la Brigade des Mineurs et le ministère de la Santé. «Nous avons pris connaissance de ce qui s’est passé. Nous obtiendrons des rapports des différentes instances pour le suivi.»

 

*NdlR : Get Connected est un programme de prévention contre l’usage des drogues. Cet atelier de travail a pour objectif de sensibiliser les jeunes de Grade 8 aux méfaits des substances illicites. Ce programme en 12 leçons a été lancé l’an dernier, à Maurice et à Rodrigues, et les cours sont dispensés par des travailleurs sociaux du ministère de l’Éducation.

 


 

Questions au Dr Ameenah Sorefan, consultante en psychiatrie

 

Quelles sont les conséquences de la drogue synthétique sur l’être humain ?

 

Les conséquences sont physiques, mentales, émotionnelles, sociales et familiales. Le sommeil est affecté, l’appétit diminue et cela provoque la perte de poids.

 

Sa consommation a-t-elle diminué ou augmenté au cours des dernières années ?

 

La consommation a augmenté. Comme nous pouvons le constater, le nombre de personnes qui viennent à l’hôpital est en hausse ; dans les hôpitaux régionaux et au centre de Brown Sequard. De 2015 à ce jour, le pourcentage d’admissions dues aux drogues synthétiques est passé de 35 % à 80 %.

 

Combien de consommateurs de drogue synthétique ont été admis à l’hôpital Brown Sequard depuis le début de l’année ?

 

Nous avons eu environ 50 admissions dues aux drogues synthétiques depuis le début de l’année. Les patients sont majoritairement des jeunes de 16 à 35 ans – hommes, étudiants et jeunes professionnels.