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21 mars 2021 15:56
Des émotions en cascade. Depuis que le coronavirus règne sur le monde, les esprits et les cœurs sont troublés, entre tristesse, frayeur et attente. Et l’arrivée des remèdes anti-Covid n’arrange pas forcément les choses. Depuis qu’il est question de vacciner les populations pour faire face au virus, les courants de pensées s’affrontent, entre les pour, qui croient que c’est la seule arme pour faire chuter le nombre de contaminations, qui s’accrochent à l’espoir de voir bientôt la fin de ce cauchemar, et les contre qui sont sceptiques depuis l’avènement des vaccins ou qui pensent carrément «que ces produits administrés sont dangereux pour la santé», surtout par rapport aux effets secondaires. Et ces derniers temps, des doutes s’installent davantage avec des interrogations autour de l’usage d’un vaccin, l’AstraZeneca de l’Université d’Oxford, utilisé dans la prévention contre la Covid-19.
Au mardi 16 mars, plusieurs pays – dont l’Allemagne, la France et l’Italie – avaient suspendu les campagnes avec ce vaccin «par précaution», après de graves problèmes sanguins chez des vaccinés, sans que rien n’indique toutefois un lien entre les effets secondaires et le remède. La Norvège a rapporté, au courant de la semaine écoulée, le décès d’une soignante de moins de 50 ans, qui a succombé à une hémorragie cérébrale. La patiente avait été hospitalisée une semaine environ après avoir reçu le vaccin AstraZeneca, sans qu’un lien de causalité puisse être établi. Toutes ces informations ont intrigué davantage ceux qui sont contre les différents vaccins qui circulent et qui refusent de se faire vacciner à cause de tout le flou qui entoure ces armes anti-Covid.
Malgré tous les doutes exprimés, l’Organisation mondiale de la santé estimait, au lundi 15 mars, qu’«il faut continuer de vacciner contre la Covid-19 avec AstraZeneca». Et l'Agence européenne des médicaments (AEM) a conclu, le jeudi 18 mars, que «ce vaccin est une option sûre et efficace pour protéger contre la Covid-19».
Si certains pays ont voulu être prudents, d’autres n’ont pas reculé devant les dernières actualités autour du vaccin AstraZeneca. Par exemple, au Royaume-Uni où, au mardi 16 mars, 11 millions de personnes avaient déjà reçu au moins une dose de ce vaccin de conception britannique et qui nécessite deux doses, l’opération de vaccination se poursuit. «Le vaccin est sûr et marche extrêmement bien», a déclaré le Premier ministre britannique Boris Johnson en début de semaine. À l'heure où nous mettions sous presse, les conclusions de l'enquête de l'OMS étaient toujours attendues.
Une compatriote, Reezwana Kalloo, installée au pays de sa majesté, nous partage son expérience du vaccin qui était au cœur de bien des interrogations. Ayant reçu sa première dose d’AstraZeneca, elle se porte bien et ne rate rien des infos autour du produit qui lui a été administré. «Avant de recevoir le vaccin, j’ai fait des recherches approfondies sur les avantages et les inconvénients d’Oxford AstraZeneca et j’ai décidé que c’était la bonne option pour moi. Et comme pour tout médicament, il y a un risque d’effets secondaires. Mon mari et moi avons tous les deux reçu le vaccin car nous sommes des travailleurs de première ligne. J’avais certains symptômes mais j’ai suivi les instructions que l’hôpital m’avait données. J’attends maintenant ma seconde dose», nous confie la jeune femme qui habite à Londres. Elle est sûre d’avoir fait le bon choix : «C’est un risque que nous devons tous prendre. Je n’ai pas peur. J’attends avec impatience la prochaine dose...»
Un autre Mauricien, Jaswantrai Mahady, plus connu comme Jash, installé en Irlande où l’injection du vaccin britannique a été interrompue, a aussi choisi de se faire vacciner dans le but, dit-il, de se protéger et de protéger les autres. Il a reçu deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech mais suit avec attention les débats autour de celui d’AstraZeneca. Il fait partie de ceux qui croient dans l’utilité des vaccins pour gagner la bataille contre le coronavirus. «Travaillant dans le secteur de la santé, je suis exposé au risque d’attraper un virus à tout moment. Au cours des 12 derniers mois, il y a eu trois vagues de Covid-19 en Irlande, durant lesquelles les hôpitaux et les Nursing Homes ont été fortement touchés. Je travaille dans une maison de retraite et j’ai dû apprendre à m’adapter rapidement aux changements de notre routine de travail quotidienne», confie le jeune homme.
Il est confronté au virus au quotidien : «J’ai vu des gens tomber très malades à cause de la Covid-19 et, malheureusement, certains ont perdu la bataille. En mars 2021, plus de 4 500 personnes ont perdu la vie à cause du virus en Irlande, dont 33 % étaient des résidents de maisons de retraite. Au cours de la dernière année, j’ai travaillé de longues heures de travail avec un EPI complet (équipement de protection individuel), couvert de la tête aux pieds. Ce n’est pas facile car cela devient très inconfortable. Le pire sentiment que j’ai eu était justement la peur d’attraper la Covid-19 sans le savoir, de le ramener à la maison et de contaminer ma famille.»
Bien qu’étant conscient des doutes qui existent et que chacun peut avoir son avis sur le sujet et faire le choix de se faire vacciner ou pas, Jash estime, lui, que le vaccin est une arme importante dans la lutte contre le coronavirus. «En tant que travailleur en première ligne, j’ai été parmi les premières personnes en Irlande à se voir offrir le vaccin. Après avoir reçu la deuxième dose, je n’étais pas au mieux de ma forme, je me sentais fatigué et j’avais mal au bras. Une fois que mon corps a accepté et s’est habitué au vaccin, j’ai commencé à me sentir mieux et en un jour, je me sentais à nouveau normal. C’est une sensation agréable de se sentir plus en sécurité qu’avant, avec une meilleure façon de voir les choses. Je fais toujours le même travail mais avec une meilleure perspective et énergie. La peur de ramener le virus à la maison est moindre. Cela me donne l’espoir et l’encouragement que, à mesure que de plus en plus de personnes prendront le vaccin, nous pourrons revenir à une certaine forme de normalité. Je suis optimiste que cela pourra se produire bientôt», poursuit notre compatriote qui a aujourd’hui davantage foi en l’avenir et qui, durant l’année écoulée, à cause du virus, est passé par une cascade d’émotions…
Le doute habite aussi les cœurs dans notre petite île. Alors que la campagne de vaccination avec l’AstraZeneca a repris le lundi 15 mars, selon de nouvelles modalités – confinement oblige –, les avis divergent concernant l’usage de ce produit. Les questions sont nombreuses, et les pour et le contre s’affrontent autour de cet exercice qui concerne principalement les employés des services essentiels, les détenteurs d'un Work Access Permit et ceux qui disposent d'une carte professionnelle. Malgré les infos qui circulaient à ce lundi, Kevin Boodhoo, du Lions Club International, n’a pas hésité et s’est fait vacciner cette semaine à la City Clinic, à Port-Louis : «Je pense que, malgré les spéculations en cours, il faudrait encourager un maximum de personnes à se faire vacciner pour arriver à la herd immunity. Étant moi-même Frontliner pour la distribution de vivres en tant que membre du Lions Club International, j’avais le devoir de me protéger ainsi que la communauté.»
«Sel solision, vaksinasion...» C'est ce qu'a déclaré le Deputy Prime Minister, Steven Obeegadoo, lors de la conférence de presse du National Communication Committee, le mercredi 17 mars. Il a parlé de l'importance de se faire vacciner dans la bataille contre la Covid-19 : «Benefis vaksinasion boukou plis ki so bann risk pou protez ou lavi, ou fami, ou travay...»
Yash Ramchurn, National Chairperson à Smart Mauritius, se pose, lui, des questions sur le vaccin utilisé dans l’île. «Je ne suis pas contre la campagne de vaccination pour immuniser la population. Mais je pense qu’on devrait attendre un peu. Le vaccin actuel est trop récent pour qu’on presse les gens à le faire. Au lieu de se fier à des vaccins qu’on a reçus par donation, on aurait pu identifier un budget et avoir ainsi les fonds nécessaires pour acheter ce qui se fait de meilleur sur le marché. Avec toutes les rumeurs autour du vaccin AstraZeneca, j’ai l’impression que nous sommes en train d’immuniser les gens contre la Covid-19 mais qu’on les invite à avoir des complications médicales plus tard. Je suis donc pour la vaccination mais avec ce qu’il y a de meilleur sur le marché.»
Pouba Essoo, citoyenne engagée, est, elle, en faveur de la vaccination. Selon elle, c'est le seul moyen de lutter contre la pandémie de Covid-19 à grande échelle. «Jusqu’à présent, les études menées dans plusieurs pays ont démontré que la balance bénéfices-risques est positive. Donc, nous devons faire confiance à la science et aux experts qui travaillent sans relâche afin de trouver une solution. Nous faisons face à une grave crise sanitaire qui nous mène vers une grave crise économique et sociale. Il est de notre devoir de contribuer à ce combat contre la pandémie. Même si au fond, nous avons peur et aurions souhaité éviter de se faire vacciner. Dans une telle situation, l’altruisme doit primer. Faisons abstraction de notre égoïsme afin de protéger nos proches et la communauté dans son ensemble. C’est une responsabilité citoyenne que je dois assumer. Sur un plan plus personnel, je vais faire ce vaccin pour obtenir ce fameux certificat qui me permettra d’aller voir mes deux filles qui sont à Perth dès que ce sera possible.»
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