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5 mai 2014 15:44
Armée de courage, elle est déterminée à obtenir justice. Mirella Rabaye est convaincue d’avoir été victime d’une grosse négligence médicale et de non-assistance à personne en danger. L’expérience traumatisante de cette habitante de Flacq avait été relayée dans nos colonnes la semaine dernière. La jeune femme était sur le point d’accoucher de son bébé qui se présentait par les pieds, à l’hôpital de Flacq, le mardi 15 avril, lorsque le personnel soignant a fait appel au spécialiste qui était de garde ce soir-là. Mais le spécialiste s’est contenté de donner des instructions par téléphone et ne s’est pas présenté au chevet de Mirella Rabaye, dont le bébé n’a pas survécu.
«Je suis révoltée car je suis arrivée à l’hôpital vers 19h30. Le personnel soignant a appelé le spécialiste de garde à plusieurs reprises. Mais il n’est jamais venu à l’hôpital. Ce n’est que lorsqu’il a fallu m’opérer pour qu’on me retire le placenta qu’il est apparu. Où était-il, que faisait-il, pourquoi n’est-il pas venu ?» ne cesse de se demander Mirella Rabaye, déjà maman de trois enfants âgés de 22, 21 et 10 ans. Depuis, une enquête interne a été ouverte à l’hôpital de Flacq et le rapport sera ensuite remis au ministère de la Santé pour que des mesures appropriées soient prises. Mirella Rabaye, de son côté, sera suivie par un psychologue du ministère qui l’aidera à surmonter ce drame.
Mirella, soutenue par son époux Patrick Rabaye, bénéficiera d’un soutien psychologique pour surmonter la perte de son bébé.
Certaines sources à l’hôpital de Flacq montrent du doigt le fait que le spécialiste aurait également exercé dans le privé le jour du drame. Aurait-t-il été fatigué ce soir-là, ce qui expliquerait son absence de l’hôpital au moment de l’accouchement ? se demandent nos sources. Contacté, le médecin nous a fait la déclaration suivante : «Je ne commenterai pas là-dessus.»
Par ailleurs, selon une source, cette pratique qui autorise les spécialistes travaillant dans un hôpital à exercer aussi dans le privé cause parfois divers problèmes car ces médecins auraient tendance à oublier leur priorité qui est de travailler à l’hôpital. Selon notre interlocuteur, le ministère de la Santé est au courant de cette pratique. «C’est le ministère qui octroie la permission de travailler dans le privé, aux médecins qui sont déjà employés par l’État. Il faudrait plus de contrôle à ce propos et revoir le système pour que les patients ne soient pas pénalisés. Il faudrait par exemple, interdire à ces médecins de pratiquer dans le privé la nuit où ils sont supposés être de garde», suggère-t-il.
Le ministre Lormus Bundhoo confirme que cela se fait bel et bien : «C’est une pratique qui existe même si moi, je suis contre. Mais les médecins doivent être professionnels.» Concernant le médecin qui serait impliqué dans ce cas de négligence médicale alléguée, le ministre nous a déclaré qu’il ne pouvait commenter les allégations portées contre lui car il n’a pas d’informations en ce sens.
«Anti-dépresseurs»
À Belvédère, c’est Rajesh et Manisha Beeharry qui pleurent toujours leur petite Mansi. Un an après la douloureuse disparition de leur enfant, ils attendent toujours que justice soit faite. Pour cause, le 21 avril 2013, Manisha Beeharry a accouché d’une petite fille par césarienne, toujours à l’hôpital de Flacq, où le nourrisson avait subi de graves brûlures. Transféré plus tard à la Burns Unit de l’hôpital de Candos, le bébé avait subi neuf interventions chirurgicales avant de rendre l’âme. «À ce jour, nous ne savons toujours pas ce qui s’est réellement passé. Après l’accouchement, l’enfant a été placé dans un incubateur. D’autres disent que notre fille a été placée dans un autre appareil dans lequel elle a été brûlée. Bref, quoi qu’il en soit, elle a été brûlée entre les mains du personnel soignant qui était supposé veiller sur elle. Ma fille a subi le martyre depuis cet accident. On lui a amputé les doigts. Au final, elle est morte. Depuis, je ne suis plus le même homme. J’avale des anti-dépresseurs pour pouvoir dormir le soir», fait ressortir Rajesh Beeharry.
Manisha et Rajesh Beeharry attendent toujours que justice soit rendue pour leur fille Mansi.
Même si aujourd’hui il est l’heureux papa d’un petit garçon, Rajesh Beeharry veut par-dessus tout obtenir justice. «Mo latet rest fatigue, mo depresif», dit-il d’un air désolé lorsqu’il nous présente les nombreuses ordonnances de son médecin. «Ça fait un an que je ne travaille pas. Ma famille m’aide financièrement. Chaque mois je dépense plus de Rs 1 000 dans l’achat de médicaments. Qui plus est, nous n’avons reçu aucun soutien psychologique. Et c’est cette année, il y a à peine quelques semaines, que le dossier concernant ce cas de négligence médical alléguée a été envoyé au Medical Council.» Suite à cette affaire, le ministère de la Santé avait mis fin au contrat d’un médecin avec effet immédiat le 7 mai 2013 alors que deux jours plus tard, une commission d’enquête avait été instituée.
«Motus et bouche cousue»
À l’hôpital Jeetoo, à Port-Louis, il aurait fallu de peu pour que Noorrani Rannoo et son épouse Nafisa Jauffur perdent leur premier bébé. «Ma femme avait accouché par césarienne à l’hôpital Jeetoo, le 17 avril 2013. Mais lors de l’incision à l’aide d’un scalpel, le médecin a coupé la tête de mon bébé d’un centimètre et demi, suite à quoi on lui a posé plusieurs points de suture. Jusqu’à ce jour, j’attends toujours une réponse du ministère de la Santé à ma lettre datée du 7 mai 2013. Je ne sais pas où en est l’enquête sur cette affaire. C’est motus et bouche cousue», soutient-il. Sa femme Nafisa, elle, dénonce l’attitude du personnel soignant qui lui a caché l’état de santé de son bébé après la naissance. «Personne ne m’a dit où se trouvait mon bébé lorsqu’on m’a ramenée en salle. Personne ne voulait communiquer. Ce n’est que deux jours après que j’ai su ce qui s’était passé», explique-t-elle. Si Nafisa et son époux ne savent rien de cette enquête, le ministère, de son côté, l’a close. Pour cause, une enquête préliminaire a conclu que ce genre de complication peut survenir lors d’une césarienne et qu’il n’y a aucune preuve de négligence médicale dans ce cas précis.
Noorrani Rannoo et son épouse Nafisa Jauffur sont toujours en attente d’une réponse du ministère de la Santé.
Du côté de Bois-Marchand, Marie-France Bégué a toutes les peines du monde à subvenir aux besoins de sa petite-fille, orpheline de mère. Le 4 avril 2013, Franceska Bégué, 15 ans, avait accouché par césarienne à l’hôpital SSRN, à Pamplemousses. Toutefois, après sa décharge, sa plaie s’est infectée et elle a de nouveau été admise dans le même hôpital, le 12 avril. «On lui a fait des pansements et on lui a dit qu’un médecin allait venir après pour recoudre sa plaie. Mais rien de tel n’a été fait. Elle est morte sur son lit d’hôpital le dimanche 14 avril, avec la plaie toujours ouverte. Si ce n’est pas une négligence, je me demande ce que c’est», avance Marie-France, très en colère.
Et pour cause ! Après une enquête instituée par le ministère de la Santé pour faire la lumière sur ce cas, il a été conclu que la patiente a été prise en charge correctement à l’hôpital. La cause de son décès a été attribuée à un septic shock. «Nous sommes des gens très modestes. Nous n’avons pas les moyens de payer un avocat. Mais ma fille a bel et bien été victime de négligence et nous n’aurons jamais justice», hurle presque Marie-France.
Même si en matière de santé, Maurice a pris le dessus sur certains pays de la région, il y a encore du progrès à faire. Surtout dans la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés. Car un cas de plus est toujours un cas de trop.
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